AccueilActualitésActualités 2017Jerez de la Frontera. 19 mai. Les trois toreros a hombros, Morante au sommet de son art.

Du baroque le plus décevant à la tauromachie dans la plénitude de sa pureté, la deuxième course de la feria de Jerez a balayé ce large éventail. D’un côté Padilla prêt à tout pour conquérir une reconnaissance, Morante dans la pureté, et Manzanares dans un classicisme parfait… Le tout avec des Nuñez del Cuvillo parfaits, toujours mobiles et d’une grande noblesse.

Arènes bien garnies, plus des trois-quarts, soleil et chaleur, ciel bleu d’une pureté irréprochable, deux heures trente de spectacle.

Six Nuñez del Cuvillo de 510 à 465 kilos, quelques têtes faciles. Tous une pique, le troisième renverse le cheval. A la muleta, des collaborateurs parfaits.

  • Juan José Padilla (noir et or), au premier, un mete y saca, trois-quarts de lame, un descabello, salut et applaudissements; au quatrième, une entière, deux oreilles.
  • Morante de la Puebla (rouge et or), au deuxième, un mete y saca, un pinchazo, une entière, salut ; au cinquième, une entière, deux oreilles.
  • José Maria Manzanares (bleu marine et or), au troisième, un pinchazo et une entière a recibir, une oreille ; au dernier, un mete y saca et une entière, une oreille.

 

Juan José Padilla était heureux, il pleurait, accompagné dans une interminable vuelta par son fils et ses neveux. Il venait de couper deux oreilles, chez lui, devant ses amis et son public, mais pour autant, l’esthétisme n’était pas au rendez-vous. Ce fut brouillon, même pour les banderilles. Des séries sur les deux mains, totalement superficielles mais avec des desplantes pas toujours du meilleur goût. Avec son premier, la faena avait été de cette même veine, sans grande imagination,mais avec de meilleurs moments, notamment un début de quatre passes à genoux, pour mater son adversaire. Des figures un peu curieuses, mais toujours porté par son public. Il y a à la fois de l’amour et du respect pour l’ancien Cyclone de Jerez. Mais enfin, même si l’on n’aime pas, on lui pardonne car tout vient du fond du cœur.

Morante, à l’opposé, qui était entré dans le jeu avec cinq ou six véroniques et quelques trincheras, s’était contenté de déboucher le flacon avec ce premier adversaire. Mais les choses prenaient rapidement une autre dimension avec le deuxième toro… Il y eut quelques muletazos pour le rêve, mais lorsqu’il attaqua une série de naturelles, on entra aussitôt dans une autre dimension. Le corps immobile, la muleta qui volette à peine, juste pour l’essentiel. Une sorcellerie douce et entraînante avec ces passes interminables qu’il va chercher on sait où. Puis vient le point d’orgue. Une passe par le haut aussitôt suivi d’une trinchera, l’animal est asphyxié par tant de beauté. Trois pas, l’homme prend l’épée, cadre un instant, s’élance… Le toro n’a plus que quelques secondes à vivre. Deux oreilles que les plus fidèles attendaient depuis longtemps. Voilà de quoi réconcilier à jamais avec la tauromachie. Mais comment composer et réaliser un tel rythme… C’est le secret de Morante. C’est pour cela qu’on l’aime !

Manzanares n’a pas encore cette inspiration naturelle, ces trouvailles instinctives… Mais quelle classe ! Dans les deux cas , une parfaite maîtrise à la cape. Puis avec le premier, quatre derechazos lents et profonds et la musique qui se met à jouer. A gauche il ne trouve pas le bonheur. Qu’importe ! Comme s’il se réservait pour le deuxième combat, car là, sur les deux mains, il va être fantastique de lenteur et de profondeur. C’est une véritable leçon de temple et de maîtrise. Ne serait-ce les petit cafouillages à la mise à mort, il était en mesure de repartir avec quatre oreilles.

Reseña et photos : Jean-Michel Dussol.

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