Sébastien for ever.

Mars 1996, dans l’un des hauts lieux taurins nîmois : le Méditerranée, le maître de céans de l’époque : Marius, dont je salue la mémoire.

Une réunion de travail (1) , au cartel : Alain Montcouquiol, Curro Caro, l’avocat Roger Chaix, Lucien «Chinito» et moi-même. Durant ces quatre ou cinq heures voire six, de conversations entrecoupées de quelques verres pour la ré-hydratation.

Un adolescent taiseux au regard clair nous écouta, sans bouger, sans parler.

C’était le petit Sébastien (13 ans), le fils d’André Castellas «El Biteri». 

Seuls ses yeux interrogeaient les aînés ; Claude Naquer (2) et Philippe Gourou avaient découvert cette pierre précieuse.

Cette même année , au cœur de l’été, l’éleveur Louis Tardieu organisa la capea de Fontvieille.

En piste : trois becerristas, Rafael Caro « Garabato » (École Taurine d’Arles), Pierre Cantarutti (CFT Nîmes) et Sébastien Castellas (avec un s) de l’École taurine de Béziers. J’étais promu président de cette course nocturne.

Une coupe de cheveux à la « Playmobil » (3), une silhouette qui n’en finit pas. Des lances de capote aux muletazos : une gestuelle qui se facette progressivement comme un diamant sous la taille du joaillier…

Capea-Castella-Fontvieille

2016, le 2 février, 70ème anniversaire de la Monumental de Mexico. Dix-septième course de la Temporada Grande. Le cartel : Ignacio Garibay, Arturo Saldivar et El «Galo» : Sébastien Castella (sans s). Les toros sont de Manuel Martinez : La Estancia et La Joya.

J’étais un parmi 40000, sans compter la présence d’un plumifère français, cartésien avec les toreros français, voire discourtois…

Le Maestro français se fit blesser au premier toro. Infirmerie, intervention chirurgicale, il revient tuer le sixième – Tarde regular. Il offre le toro de réserve ou toro de regalo. «Seda de oro» de la Joya (la joaillerie est vraiment omniprésente). Pétition d’indulto – Refus du Maestro – deux oreilles – Puerta Grande.

Malgré la blessure, vuelta avec le drapeau français et le sombrero mexicain – Symbole de ses deux nations de cœur. Il assistera également à la despedida de Ruben Avila, banderillero et re-salut au centre.

L’image d’un autre torero français flottait dans l’arène, comme dans le discours des commentateurs… Grande émotion du vieil aficionado torista que je suis (j’avais fait taire le revistero gaulois).

Traversée de Mexico en taxi, pour féliciter le maestro à son hôtel (une grande première pour moi !). Après quelques minutes d’attente (le taxi était un Fangio), je vis le triomphateur blessé traverser le hall à peine claudiquant, me contentant de le suivre du regard avec respect jusqu’à l’ascenseur. Le Joyau brillait de mille feux.

Épilogue : quelques mois plus tard, lors d’une dédicace à Arles, je racontais l’anecdote au Maestro qui signait un ouvrage pour une œuvre caritative.(4). Un sourire discret et une tape amicale dans le dos scellèrent cet épisode Franco-Mexicain.

Sébastien Castella a arrêté les toros le 30 septembre 2020. Les diamants sont éternels.

Jacques Lanfranchi «El Kallista».
(30 décembre 2020)

(1) WE du 6 et 7 mars 1997 « un siècle d’alternative des TorerosFrançais » avec le retour en France du doyen de l’époque : Mr Pierre Schull.
(2) Trop tôt disparu, il participera à la création de l’École taurine de Béziers. Il porte Sébastien sur ses épaules l’azulejo est exposé dans les corrales biterrois.
(3) expression de Jacques Monnier , picador, en référence au célèbre jeu d’enfant ou coupe de cheveux à la «Beatles». 
(4) «Découvre la Tauromachie en t’amusant». Matthieu Vangelisti. Au bénéfice de l’Association Trisomie 21 du Gard.