Le bonheur est dans le campo (4).

Chronique d'un stage dans le campo charro. Quatrième partie.

La Rad avec le logo en forme de muleta

Notre hôtel était devenu notre querencia pour la semaine. Le toque de queda fixé à 22h avait définitivement calmé toute velléité de vouloir sortir dîner en ville. Nous avions finalement opté pour la formule pension complète, qui pouvait avoir quelque avantage. Ana dirigeait son établissement avec beaucoup d’habileté : l’hôtel aux chambres confortables et chauffées, ce qui n’était pas une évidence dans ces zones de campagne, un immense bar où nous pouvions nous retrouver, masqués, et enfin, un comedor tout aussi imposant, prévu pour les noces, communions et banquets. Elle y proposait une bonne cuisine casera et, si on le lui demandait à l’avance, elle était capable de vous proposer de superbes côtes de bœuf, plus ou moins maturées, cuites à la perfection. Elle avait vécu plusieurs années à Saint Domingue et l’énorme télévision qui diffusait de la musique toute la journée en attestait.  

Mais, ici aussi, la véritable dueña se prénommait Dana. C’était une petite chienne cocker, assez rondouillarde, qui régnait sur tout son petit monde. Les nombreux habitués avaient tous une caresse pour elle. C’était un véritable petit phénomène !

Notre vie était rythmée : lever vers 7h, certains allaient marcher ou courir, puis petit déjeuner, la séance de tienta de 10h à 14h, le déjeuner, les plus courageux partaient pour un petit footing, vers 20 heures, un regroupement au coin d’un poêle qui livrait une jolie flamme oranger et vers 21h, un dîner bien mérité avant d’aller se coucher, car finalement, les journées étaient bien remplies.

Nous avions déjà séjourné dans ce lieu en juillet et commencions à avoir quelques habitudes : les 4eme et 13eme marches de l’escalier qui menait aux chambres grinçaient systématiquement, la minuterie ne nous laissait pas le temps d’arriver à notre chambre, située au bout du couloir, mais  le camarero avait bien retenu ce que nous prenions chacun au petit déjeuner. Ana savait quel fauteuil nous préférions, bref, nous étions comme à la maison. Certes, nous étions à 50km de l’élevage, mais vraiment, nous étions comme des coqs en pâte et n’avions nulle envie d’aller chercher ailleurs !

La maison vitrée du ganadero

Lors de notre arrivée à la ganadería, la surprise très agréable fut de découvrir que le ganadero avait eu l’excellente idée d’installer 2 modules préfabriqués, l’un sur l’autre, dont le plus haut était totalement vitré, ce qui permettait aux quelques privilégiés venus assister aux tientas de pouvoir avoir une vue du campo à 360°, totalement protégés du vent et du froid, avec une visibilité parfaite et totale de ce qui se déroulait dans le ruedo. Aussi, nous avons pu nous y installer tranquillement pour constater, jour après jour, l’évolution du niveau de chaque élève.

Le pupitre du ganadero

Don Andoni, pour sa part, était retranché juste en face, dans un petit refuge abrité, équipé d’un pupitre d’écolier, comme nous en avions à l’école primaire, afin de diriger les séances de travail.
 
A la fin du deuxième jour, il vint dire combien il était agréablement surpris de l’excellent niveau des élèves au Maestro Le Sur, qui éprouva une joie mêlée d’émotion qui faisait plaisir à voir.
 
Il nous fit l’honneur de venir déjeuner avec nous et cet amateur d’histoire, fin connaisseur du monde de l’élevage, nous raconta de jolies histoires sur les origines des ganaderias, mais aussi sur les arcanes de la politique agricole commune en Europe, car ce monsieur avait aussi eu une vie politique qui lui permettait de nous expliquer combien tout cela était compliqué et disait-il  » ce qui parait n’est pas toujours vrai … »
 
 
Ce déjeuner avait terminé fort tard et nous croisâmes les élèves qui revenaient pour le dîner au moment où nous sortions du comedor !
 
Les journaux télévisés déversaient toujours autant de mauvaises nouvelles et nous sentions de plus en plus que ce stage serait la dernière escapade au campo avant longtemps.
 
Au matin du troisième jour, une pluie de type crachin breton nous fit comprendre que la journée allait être humide. Dominique pensait être revenu en un instant à Pont l’abbé (Pont ‘n Abad comme on dit là-bas, 83% de taux d’humidité !) et se disait qu’il avait finalement bien fait, voici presque 20 ans, de venir vivre à Nîmes.

Le Maestro Juan Leal en pleine explication dans le ruedo

Les élèves étaient motivés, ils avaient chacun des problématiques différentes à résoudre, mais ils semblaient tous être heureux d’être là. L’ambiance était studieuse, calme et bonne. Chaque matin, le Maestro Leal et Augustín, son banderillero de confiance, partaient en éclaireur, pour préparer la séance, en triant les vaches, se transformant en vaqueros hyper efficaces.
 
Jean-Luc mitraillait tout ce beau monde pour fixer ces instants magiques. De temps en temps, on pouvait apercevoir des toros qui s’approchaient de la placita, entendant sûrement les vaches qui meuglaient depuis le ruedo. C’était vraiment un véritable privilège que d’être ici.