Istres. 18 octobre (tarde). Juan Leal coupe six oreilles pour son encerrona caritative.

Tarde d’automne ensoleillée à l’image de la matinale pour accompagner Juan Leal lors de son encerrona caritative istréenne au profit des associations locales impliquées dans la lutte contre la Covid-19.

Ainsi, après un paseillo sur l’air de Carmen interprété magistralement par le baryton Frédéric Cornille, habitué de l’exercice, et une minute de silence à la mémoire des victimes de la pandémie auxquelles fut associé Samuel Paty, le professeur d’histoire-géo odieusement assassiné en fin de semaine dernière, la municipalité, Juan Leal et les novilleros du matin, Maxime Solera et El Rafi, remirent aux différentes associations un chèque de 3000 €. 

Juan Leal avait auparavant reçu un cadre-souvenir pour son implication dans cette journée caritative, une vibrante Marseillaise clôturant cette remise de prix. Enhorabuena à Juan pour son geste !

Place alors à la partie taurine proprement dite avec la lidia (dans l’ordre de sortie) de six toros de Gallon, Pagès-Mailhan, Fernay, Jalabert, Fernay encore (remplaçant le Durand blessé au campo), et Margé, par Juan Leal, unico espada. Les deux sobresalientes, Jérémy Banti et Salvador Ruano, n’eurent pas à intervenir, ne serait-ce que pour un quite.

C’est donc un beau toro de Gallon qui eut l’honneur d’ouvrir cette tarde particulière. Joliment roulé et finement armé, il fut applaudi pour sa présentation lors de son entrée en piste. RAS  lors de la réception au capote et pas plus lors du passage par le cheval où le bicho afficha des forces justes, le châtiment se résumant à une courte et légère ration de fer. Après avoir brindé ce premier toro au public, Juan Leal débuta sa première faena (comme souvent) par deux cambios por la espalda au centre du ruedo, profitant ensuite de la noblesse de son opposant pour dessiner quelques séries ambidextres de bonne facture, les meilleures venant sur la corne droite du Gallon. Hélas le cornu réduisit la voilure et le diestro arlésien se lança dans ces circulaires inversées que j’abhorre (pas moins de 4 à la file) et qui sont (pour moi) ce que le Covid est à nos libertés (insupportables). Demi-lame suffisante portée en partant de loin. Oreille.

Le Pagès-Mailhan sorti avec le dossard n° 2 fut accueilli par d’esthétiques véroniques genou fléchi avant de fortement bouger la pièce montée lors de l’unique rencontre avec celle-ci. Signalons la bonne performance de l’équidé qui aguanta cette violente charge avec beaucoup de métier, ainsi que son cavalier. C’est à nouveau en ployant le genou que Juan débuta sa seconde faena par des doblones vite suivis de quelques bons derechazos et d’un pecho de rodillas. Suivirent des séries ambidextres de bon son, avec des séries souvent liées et templées, l’arlésien concluant face à ce toro noble et plein d’alegria par une ultime série droitière dessinée de rodillas. Ne manqua que l’épée au rendez-vous du succès. Une demi-lame tendida portée al encuentro, un pinchazo et une bonne entière réduisirent la récompense à un salut.

Le troisième cornu de la tarde était un cinqueño qui portait le fer d’Olivier Fernay y sus hijas. Après quelques capotazos, il s’échappa de l’étoffe pour une courte et unique ration de fer. Débutée par deux passes cambiadas de rodillas au centre du ruedo, la troisième faena de l’arlésien fut assez inégale car le bicho protestait, surtout sur la corne gauche. C’est donc par ce toreo encimista que personnellement je n’apprécie guère, mais qui porte sur les étagères, que Juan poursuivit son trasteo, positionnant son corps au plus près des cornes et dessinant à plusieurs reprises ces circulaires inversées (hélas) incontournables dans son répertoire. Entière caida et longue agonie du Fernay. Deux oreilles plus que généreuses.

RAS lors de la réception du Jalabert qui ouvrait la seconde mi-temps, lequel cogna dans le matelas lors de l’unique rencontre avec le lancier de service. Brindée au maire d’Istres, cette quatrième faena ambidextre fut de corte plus classique mais inégale dans son contenu, Juan y glissant une fois encore une paire de circulaires inversées avant manoletinas finales portant sur le conclave. Bonne entière après pinchazo et nouvelle oreille généreuse vu la consistance du trasteo.

Le deuxième Fernay de la tarde fut salué par une poignée de véroniques de rodillas avant d’être positionné face à la cavalerie par chicuelinas al paso. Courte ration de fer puis quite par saltilleras, revolera et brionesa précédant un second tiers partagé avec le cousin Marco Leal. Brindée au public, l’avant-dernière faena de Juan Leal, débutée de rodillas, fut un peu hachée par une paire de désarmés. Alternant les deux cornes, le garçon composa un ensemble inégal qu’il termina par … des circulaires inversées (une puis trois à la file); les dernières de rodillas. Demi-lame tendida, descabello et une fois de plus deux pavillons bien généreux à la demande d’un public peu regardant et avide de trophées.

Le dernier toro de cette journée arborait la devise de la famille Margé. Reçu par une larga afarolada de rodillas a porta gayola, il prit deux vraies rations de fer en s’employant, puis fut banderillé par Rafael Viotti qui signa deux belles poses qui lui valurent de saluer. Brindée a todos, la dernière faena fut de meilleur niveau que les précédentes car moins basée sur le tremendisme. De bonnes séries ambidextres templées en courant joliment la main et un final par luquecinas, un ensemble qui aurait pu être primé si l’usage du descabello avait été plus vite concluant. Entière delantera et latérale, trois descabellos. Silence pour le torero et applaudissements à l’arrastre.

Avec six oreilles en poche (sans commentaires), Juan Leal est sorti a hombros porté par son cousin Marco. Souhaitons maintenant que les arènes du Palio puissent voir leurs portes s’ouvrir l’an prochain pour la célébration des vingt ans de la Feria. On croise les doigts !

Reseña et photos : Patrick Colléoni « Paco ».