Le rejoneo de la Feria des Vendanges de Nîmes vu par Freddy Porte.

Pour des raisons indépendantes de notre volonté, la parution de cette chronique a dû être décalée.
Voici donc l’analyse du rejoneo de la Feria des Vendanges de Nîmes par Freddy Porte.

Jeudi 17 septembre. Triomphe de Léa Vicens.

Léa sort à hombros en coupant une oreille à chacun des deux toros de Fermin Bohorquez qui lui étaient opposés.

De trapio et de poids respectables les deux exemplaires de l’éleveur Jerezano portaient les numéros 85 et 56 pesant respectivement 540 et 535 kg.

Le paséo se mit en place et l’on put apprécier le beau et brillant piaffer de Diamante et l’élégance de la cavalière.

Léa reçut son premier opposant répondant au nom de « Sincera » avec sa jument Guitarra avec laquelle elle posa deux castigos, le second légèrement trasero, posé à bout de bras sur un toro un peu distrait, tardo et décrochant souvent. Ceci explique cela. Il fallut la morsure du fer pour que ce bicho s’intéressa au cheval.

S’ensuivit deux passages sombrero en main pour templer et évaluer la charge de « Sincera ». Bético entra en piste pour lidier avec la croupe et déplacer le toro dans le ruedo avant de poser trois bâtons sur un Bohorquez noble mais de peu de transmission et économe de ses forces.

Deux courtes et une rose seront ensuite clouées avec Deseado, agrémentées de terre-à-terre et de jolies levades.

Une entière trasera efficace sur Espontanéo provoqua une légère pétition, quelque peu contestée, lui permettant de couper la première oreille de la tarde.

C’est avec Bach que Léa revint pour lidier son second adversaire sorti en quatrième position. Deux
castigos cloués légèrement de côté, « Ligon » s’avérant un peu plus intéressant que le précédent pensionnaire de Bohorquez.

Avec Gacela la nîmoise cloua deux banderilles citées de face. La seconde au plus près des cornes fut la meilleure.

Diluvio prit la suite pour trois bâtons dont nous retiendrons la qualité du troisième, ainsi que les expressions du cheval lors des rencontres, et également l’aisance de ses déplacements hanches en dedans . Ceci devait faciliter et rendre plaisant la manière d’embarquer le cornu pour un voyage à travers la piste.

Mon coup de cœur fut pour Diamante dont le fort potentiel et la toreria nous semble sans limites et hors du commun. De plus, c’est un cheval vibrant qui transmet beaucoup aux tendidos. Ce gris s’engage très fort sur le piton contraire mais sort encore un peu trop tôt. Léa posa avec lui deux banderilles citées de face.

Deseado revint pour deux courtes avant de laisser la place à Espontanéo pour une entière précédée d’un pinchazo, l’ensemble terminé pied à terre par un coup de descabello porté avec décision : une oreille.

En sortant triomphalement a hombros, Léa signe un bon galop d’entraînement préparatoire pour la matinale de dimanche.

Dimanche 20 septembre (matin). Leonardo sort a hombros.

C’est toujours un réel plaisir d’assister à la détente sur le parvis des arènes de Nîmes où est aménagé une carrière de sable pour le confort des chevaux. Ceci est tellement rare pour être souligné.

Sous la présidence de Daniel Jean Valade, le paséo s’ébranle avec trois bai brun en piste. Léonardo Hernandez et Léa Vicens encadrent le jeune Mendoza. Beau passage de Berlin. Léa et Guillermo sortiront du ruedo au changement de pied au temps.

Les toros de Bohorquez, bien présentés, formèrent un lot homogène. Ils donneront un jeu intéressant pour la plupart d’entre eux, affichant une incontestable noblesse.

Léonardo ouvre les hostilités en tant que chef de lidia et signe deux belles faenas. Ses deux adversaires pesaient respectivement 540 et 522 kg marqués des numéros 115 et 55.

Son toréo sincère et très engagé, s’exécutant toujours de face jusqu’à la suerte suprême, touche le public connaisseur qui communie volontiers avec lui.

Lors de son premier combat, il perdra les trophées aux aciers malgré une très belle prestation dont je retiens la pose de courtes al violin avec Xarope après avoir fixé l’attention du toro par trois courbettes face aux cornes.

Pourtant c’est d’une entière après deux mete y saca qu’il vint à bout du bicho. Seuls quelques applaudissements le récompensèrent.

Le succès vint avec son second (55) à qui il coupa deux oreilles suite à une faena bien construite et menée rondement dans les règles de l’Art d’un toréo frontal. Deux pavillons en mains, il fit une vuelta très applaudie en compagnie du mayoral de Bohorquez.

Léa a été malheureuse lors de la suerte suprême tout comme le jeune Mendoza. Ils perdirent l’un et l’autre ainsi des récompenses que leurs prestations méritaient.

Les deux toros de la nîmoise portaient les numéros 1 et 66 pour un poids de 535 et 534kg. Malgré leur noblesse évidente, les deux Bohorquez donnèrent un jeu limité n’aidant pas toujours la cavalière.

Je veux retenir un grand moment au second toro avec Diamante avec qui Léa cloua une banderille de grande qualité avec beaucoup d’aguante. Léa sut contenir la fougue du gris en reculant pour aspirer et recevoir la charge et clouer à étrier. Elle confirme ainsi sa capacité à maîtriser l’énergie de ce cheval au fort potentiel qui n’a pas fini de faire parler de lui. Ceci valait bien un triomphe.

A retenir également les courtes et les roses posées avec Deseado à chacun de ses opposants agrémentées de terre-à-terre et levade, l’agileté de Diluvio dans ses déplacements latéraux ainsi que ses expressions face au toro, Guitarra, Bach, Gacela, Bético sans oublier le fidèle Espontanéo pour conclure deux belles faenas.

Les troisième et sixième Bohorquez étaient opposés au jeune Mendoza. Ils portaient les numéros 64 et 93 et pesaient 535 et 521 kg.

On eut le plaisir de revoir Alquimista, Berlin, Disparate, Jibaro…. que l’on connaît sous la selle de Pablo et qui sont les piliers de la cuadra de Guillermo. Ce dernier s’en sert bien et en tire le meilleur parti.

Alquimista de salida pour recevoir son premier toro répondant au nom de « Aradecido ». On retiendra Berlin qui fut l’auteur de très bonnes banderilles de face, toujours lors du premier combat, mais aussi Indico, un bel alezan, qui permit un bon bâton à l’étrier, Corsario pour le troisième tercio (ce fils de Pirata est un excellent collaborateur pour les roses et une paire à deux mains).

Le sixième Bohorquez, appelé « Noblecito », fut lidié par Jibaro, puis Disparate entra en action pour un festival de déplacements latéraux allant jusqu’à une ébauche d’hermosina et trois bonnes banderilles de face bien clouées. Vinrent Ecuador pour un bel écart, Arsenio et Escurial. La mort laborieuse priva le jeune réjonéador de trophées.

A la sortie des arènes j’eus le plaisir d’échanger quelques mots et un souvenir avec Pierre Durand, le champion olympique de jumping, qui s’illustra en son temps avec le fameux Jappeloup. En effet, nous avions participé ensemble à une émission pour TF1 animée par Jean-Claude Bourret. Il montait Jappeloup, moi un lusitanien (Silver). Nous avions l’un et l’autre plus de cheveux qu’aujourd’hui…

Le champion olympique venait de remporter la médaille d’or à Séoul (1988) et le présentateur vedette de la première chaîne avait imaginé un sujet pour mettre en valeur la réussite du Champion dans le cadre du Salon du Cheval de Paris où je me produisais en spectacle. Ce même Pierre Durand m’avouait être un aficionado assidu de Léa dont il apprécie particulièrement la bonne équitation.

La course venait de se terminer sur la sortie triomphale a hombros de Léonardo Hernandez.

Reseñas : Freddy Porte.
Photos : Patrick Colléoni « Paco ».