Nîmes. 19 septembre. La troisième Puerta Grande de la Feria pour Juan Leal.

Troisième corrida de la Feria des Vendanges et nouvelle Puerta Grande, cette fois pour Juan Leal qui, avec deux oreilles, quitte la plaza a hombros par la Porte des Cuadrillas.

Ça c’est pour l’info. Du côté du ressenti, on mettra plus de nuances concernant le triomphateur. Le public nîmois, toujours en manque de critères, et toujours prompt à s’enthousiasmer pour le clinquant, veut voir couper des oreilles. Il en a obtenu deux pour Juan Leal au terme d’une faena où le superficiel prit le pas sur l’essentiel. C’est navrant. On se serait cru dans un pueblo où la fête prend le dessus sur l’orthodoxie du toreo. Mais ne suis-je pas dans un combat d’arrière-garde ?

Venons-en au détail.

Si la veille nous fûmes agréablement surpris par la qualité du bétail, les Garcigrande et Domingo Hernandez du jour ont fait baisser la température. Des toros pour une bonne moitié indignes des lieux, justes de forces et sosos pour la plupart, à l’exception du troisième et du sixième qui ressortirent un peu du lot. Bref des bichos qui, par moments, nous ont laissé penser qu’une heure comptait 120 minutes. Quelle différence avec la veille !

Marcos, petit-fils du ganadero, est venu prendre à Nîmes une alternative qui ne restera pas dans l’histoire taurine de l’amphithéâtre. 

Face au toro de la cérémonie, il dessina quelques véroniques de correcte facture avant de laisser son picador à la manoeuvre pour deux rations de fer mal administrées. Quite du parrain venu s’échauffer par chicuelinas, tafalleras et larga. 

La première faena ambidextre du néo-matador fut, à l’image de la réception, d’un niveau moyen, sans guère de fond, finissant comme le cornu, a menos. Entière caida pour clore le débat et salut de politesse.

Comme pour marquer sa présence, face au dernier toro de la course, Marcos gratifia les étagères d’une larga de rodillas, puis après deux rations de fer sans histoires, d’une faena de portée équivalente à la première face à un bicho un poil plus intéressant. Final par luquecinas forcées et entière tendida au quatrième assaut. Silence. Je doute que dans quelque temps on se souvienne encore du garçon.

Daniel Luque, remplaçant José Maria Manzanares opéré d’urgence d’une lésion à l’épaule, a dû se demander ce qu’il venait faire dans cette galère. Comment exprimer son toreo quand la matière première fait défaut ? Ainsi il dessina quelques véroniques avant de laisser le lancier de turno mal faire son ouvrage en posant le fer bien en arrière du point d’impact idéal. Quite de Juan Leal par gaoneras, saltilleras et revolera. Brindée au conclave (on se demande pourquoi vu les possibilités offertes), la faena du torero de Gerena, un peu contrariée par quelques rafales, fut appliquée, faute de pouvoir prendre de la consistance, et achevée par la création maison, à savoir des luquecinas souvent très serrées. Entière en place après une paire de pinchazos. Salut.

Après quelques véroniques et deux piques (pompée la première), le bicho arriva dans les mains de Luque pour une seconde faena ambidextre où le garçon essaya (en vain) de faire abstraction de la soseria de son opposant. Peine perdue mais une faena à l’identique à la première, soignée, propre, mais hélas de portée quasi-nulle du fait du manque d’opposition. A nouveau des luquecinas serrées pour conclure avant une entière en pleine croix nécessitant usage unique du descabello. Salut.

Juan Leal eut la chance de tomber sur un premier toro qui réveilla un peu des gradins endormis par les deux premières lidias. 

En effet, après une paire de véroniques de réception, le bicho mit les reins lors de la première rencontre avec la cavalerie, envoyant celle-ci au tapis en la prenant par l’avant. 

L’animal mit aussi les reins lors de la seconde rencontre, mais cette fois sans déstabiliser la pièce montée. 

Brindée au public, la faena débuta de rodillas au centre par une alternance de passes cambiadas et de passes hautes, l’arlésien poursuivant par quelques bonnes séries de la droite. Mais hélas cela ne dura pas et le spectaculaire, pas du meilleur goût, prit le pas sur le fondamental. Cette faena, essentiellement droitière, et certes courageuse, sombra très vite dans un tremendisme proche de la vulgarité, abusant des circulaires inversées mais emportant cependant l’adhésion d’un public plus sensible à la forme qu’au fond. A noter toutefois une estocade spectaculaire portée en se jetant sur le toro, dans le style « ça passe ou ça casse » et qui coucha rapidement l’animal. Deux oreilles généreuses vu le style de la faena.

RAS lors de la réception du quinto qui prit une première ration de fer traserita avant de retourner dans le peto sans y être châtié. Après un quite par chicuelinas du nouveau promu, Juan Leal brinda au public une seconde faena débutée par cambios por la espalda au centre du ruedo et qui se poursuivit majoritairement sur la main droite par des muletazos d’inégale valeur, quelquefois contrariés par quelques rafales. Un ensemble sans grande consistance où l’on retrouva les traditionnelles (et imbuvables) circulaires inversées, le garçon insistant trop pour tirer de l’eau d’une pierre d’où une voltereta sans conséquences. Comme toujours de la volonté, du courage mais point de bon goût. A nouveau une bonne lame en place et une pétition que cette fois le palco eut la sagesse de ne pas valider. Salut.

Bref, une course à très vite oublier malgré le titre (informatif) de la reseña.

Reseña et photos : Patrick Colléoni « Paco« .