Arles. 12 septembre. « Afortunado » de Salvador Domecq et Adrien Salenc, lauréats de la corrida-concours.

Arles a tenu son pari d’organiser une feria malgré une situation sanitaire en constante évolution qui fit craindre l’annulation à tout moment.

Mais finalement l’application de mesures strictes et une jauge fixée à 4000 billets permit la tenue de l’événement. Les cloches de l’église Saint Trophime et l’orchestre Chicuelo II lancèrent simultanément le paseillo de cette première corrida de la Feria du Riz version Covid-19 qui, on l’espère, restera unique dans l’histoire.

A l’issue du défilé, une minute d’applaudissements rendit hommage aux victimes de la pandémie avant qu’El Juli soit appelés à saluer, salut auquel il associa ses collègues du jour. 

Première corrida donc qui prit la forme d’un concours entre six ganaderias, cinq espagnoles et une française. Bonne organisation de cette corrida avec des premiers tiers orchestrés à l’opposé du toril, un panneau présentant le nom du picador et celui du cheval, et des piques fournies par Alain Bonijol et marqués sur le dessus pour signaler le bon montage du fer sur le palo. Ne manquait que d’annoncer le nom du toro et l’ancienneté de la ganaderia.

Côté règlement, pour être éligible au prix du meilleur toro, chaque cornu devait aller au moins trois fois au cheval. Mais différencions rencontres et piques, car s’il y eut 18 rencontres, il y eut un peu moins de « vraies » piques.

El Juli, chef de lidia du jour, affronta en premier un Victoriano del Rio et en second un Garcigrande, deux ganaderias qu’il aime bien et dont on peut penser qu’elles ne furent pas choisies par hasard pour accéder aux désirs du diestro madrilène.

Pour Paco Ureña un Jandilla et un Alcurrucen, et pour Adrien Salenc un Salvador Domecq et un Pagès-Mailhan.

1 – « Jilguero » n° 66  de Victoriano del Rio (ancienneté du fer 1942) – né en mars 2016 – 545 kg – negro mulato.
Lidié par El Juli et piqué par Salvador Nuñez monté sur « Destinado ».

Joliment reçu par véroniques et demie, le bicho s’élança trois fois vers le cheval pour une pique et deux picotazos, la première fois en soulevant un peu la pièce montée, la deuxième et la troisième fois en partant de plus loin avec une certaine alegria mais sans être châtié. 

El Juli signa ensuite une faena ambidextre autoritaire, de mas a menos du fait des forces déclinantes de l’animal, et dont les meilleures séquences furent droitières. Passage à gauche moins convainquant et en usant souvent du pico avant final encimista et estocade plus ou moins sincère complétée par un descabello. Salut.

2 – « Salalimpia » n° 90 de Jandilla (ancienneté du fer 1951) – né en septembre 2015 – 515 kg – negro bragado.
Lidié par Paco Ureña et piqué par Pedro Iturralde monté sur « Quasimodo ».

RAS lors de la réception au capote pour ce Jandilla qui cogna à trois reprises dans le peto sans s’y employer, freinant spectaculairement des quatre pattes en arrivant sur le cheval lors de la troisième rencontre avant de « poussoter » dans le matelas.

Au dernier tiers, le bicho s’avéra brusque et de peu d’humiliation dans l’étoffe que lui présenta Paco Ureña qui composa un trasteo appliqué mais un peu trop long et répétitif, la main gauche signant la meilleure partition. Trois-quart delantera et contraire pour le final. Salut.

3 – « Afortunado » n° 54 de Salvador Domecq (ancienneté du fer 1961) – né en janvier 2016 – 505 kg – colorado.
Lidié par Adrien Salenc et piqué par Carlos Perez monté sur « Ulysse ».

Accueilli par deux largas cambiadas de rodillas, le Domecq s’engouffra ensuite dans le capote du jeune diestro nîmois pour une belle série de véroniques rématée par deux jolies demies. Bon tercio de varas avec trois piques bien citées et prises de plus en plus loin, la dernière en s’élançant depuis le toril. Quite du titulaire par chicuelinas et revolera.

Brindée au conclave, la faena d’Adrien fut de bonne note avec des séries plus liées sur la corne gauche, le bicho demandant plus de sollicitations sur le bord opposé où les naturelles furent dessinées à l’unité mais de façon très propre. Entière tendida concluante après une dernière série droitière proposée à un animal s’éteignant progressivement. Oreille de ley pour le premier combat de matador d’Adrien dans l’amphithéâtre des bords du Rhône. Ovation à l’arrastre.

4 – « Despensero » n° 127 de Garcigrande (ancienneté du fer 1986) – né en novembre 2015 – 510 kg – negro. 
Lidié par El Juli et piqué par José Antonio Barroso monté sur « Destinado ».

Abanto de salida, ce quatrième toro de la tarde ne permit guère au madrilène d’user de son capote, à peine put-il dessiner une véronique et une demie. Le Garcigrande mit les reins lors de la première rencontre, l’intensité baissant sur les deux suivantes, le dernier puyazo étant orchestré du centre.

Faena identique en qualité à la première, puissante et autoritaire, parvenant à allonger par moments la charge de l’animal sur la corne gauche. Le bicho réduisant très vite la voilure, final par un toreo dans un petit périmètre avant le traditionnel « julipié » n’empêchant pas l’octroi d’un pavillon, un de plus mais qui ne marquera pas l’histoire.

5 – « Barbita » n° 121 d’Alcurrucen » (ancienneté du fer 1989) – né en avril 2016 – 550 kg – negro mulato.
Lidié par Paco Ureña et piqué par Oscar Bernal monté sur « Quasimodo ».

RAS au capote face à un toro manso attentif à tout ce qui se passait en piste et sur la défensive dès son entrée en piste. Trois rencontres avec le lancier prises en cognant dans le matelas, s’échappant en ruant lors du dernier face à face.

Face à un bicho toujours sur la défensive, le torero de Lorca composa une faena ambidextre de combat où il imposa sa loi au récalcitrant, prolongeant tout de même un peu trop le débat, les dernières tandas sans l’épée venant (à mon avis) trop tardivement et n’apportant rien de plus à l’affaire. Demi-lame dans les côtes suivie d’une entière contraire un peu latérale. Oreille pour la volonté.

6 – « Rebueno » n° 169 de Pagès-Mailhan (pas d’ancienneté) – né en février 2016 – 530 kg – negro. Lidié pa Adrien Salenc et piqué par Nicolas Bertoli monté sur « Ulysse ».

Ce dernier toro de la tarde ne permit pas à Adrien de river ses pieds au sol d’où une entrée en matière par un capeo de fixation du camarguais qui prit ensuite trois rations de fer sans vraiment s’employer. Salut d’Angel Gomez Escorial et Diego Valladar pour un second tiers rondement mené. 

Face à ce toro bronco, Adrien, avec entrega, chercha les clés sans jamais vraiment parvenir à les trouver, concluant cette faena ambidextre inégale par une lame caida. Oreille protestée et donc une sortie a hombros qui ne fit pas l’unanimité (une belle vuelta aurait pu suffire). Mais bon, au-delà des trophées, le garçon a affiché beaucoup d’envie et tenté de bien faire les choses. Tant mieux si ces deux oreilles peuvent lui apporter un plus en ce début de carrière dans la catégorie supérieure.

Le prix au meilleur toro fut logiquement attribué à « Afortunado » de Salvador Domecq (prix recueilli par Alain Bonijol pour le ganadero). 
Le prix au meilleur picador fut tout aussi logiquement attribué à Carlos Perez qui piqua « Afortunado ».

Reseña et photos : Patrick Colléoni « Paco« .

Un diaporama de la corrida paraîtra dans les jours à venir.