Les Saintes Maries de la Mer. 9 août. Sous les trophées la plage…

Une bonne entrée pour cette corrida mixte saintoise débutée sous le soleil puis très vite célébrée sous des entrées maritimes rendant la température agréable malgré un fond d’humidité. Au menu quatre toros et un sobrero de Gallon (5° bis) et deux erales de Roland et Rafi Durand pour une terna composée de Léa Vicens, Juan Leal et Lalo de Maria (fils de l’empresa Marie Sara) qui faisait ses débuts en France en costume de lumières.

Minute de silence à l’issue du paseillo en hommage au regretté Robert Barrachin (préposé au panneau disparu au printemps) et à toutes les victimes du Covid-19. 

Pour expliquer un peu le titre, et pour faire court, on dira qu’il y eut surcotation des prestations de Léa Vicens et de Juan Leal, et donc inflation de trophées. La mer toute proche, un public bienveillant et un palco qui le fut tout autant peuvent expliquer les choses.

Pour les prestations de Léa Vicens, je laisserai la plume à l’ami Freddy Porte qui portera un regard plus professionnel et donc plus avisé que le mien. Pour résumer, la jeune amazone vit ses deux passages respectivement crédités d’un salut et de deux oreilles, la seconde ne s’imposant pas.

Côté bétail, les Gallon de Juan Leal se sont prêtés au jeu malgré une baisse de régime en cours de faenas et des piques réduites à leur plus simple expression. Le quinto, qui semblait avoir plus de gaz, se cassa une corne contre un burladero et fut changé par un sobrero du même fer. Le premier de Léa Vicens signa une partition honorable. Son second, boiteux, fut maintenu en piste et compensa sa déficience par une alegria de tous les instants.

Les Durand, quant à eux, de gabarit modeste et de têtes commodes (gachos), manifestèrent un bon fond de caste et une entrega des plus agréables, mettant quelquefois Lalo de Maria en difficulté de par leur propension à enchaîner les charges. Ils se montrèrent en cela supérieurs à leurs ainés du jour.

Juan Leal débuta sa tarde par une réception très moyenne au capote suivie d’une mise en suerte approximative au cheval. Petite poussée du Gallon lors de l’unique rencontre puis un quite de l’arlésien par saltilleras et gaonera pas très abouties. Muleta en mains, la faena débuta par une passe cambiada de rodillas suivies de redondos dans la même position. Suivirent des séries ambidextres mêlant muletazos de bonne facture et suertes plus brouillonnes avant que le bicho ne se décompose, ne laissant au piéton que la solution d’un toreo encimista (que pour ma part je ne goûte guère mais qui porte sur les étagères). Entière caida d’effet rapide portée en s’engageant. Deux oreilles (locales).

Le beau quinto (chorreado) se cassa une corne contre un burladero et fut changé par un sobrero du même fer. Une paire de véroniques potables aperçues dans le capeo d’ouverture avant perte de l’étoffe, puis une courte ration de fer pour faire bonne mesure. Quite par chicuelinas très moyennes après un accrochage évité de justesse sur le premier capotazo. Brindée à Lalo, la faena débutée de rodillas fut de facture correcte, adaptée aux forces déclinantes du Gallon. Final par le toreo de proximité que j’affectionne tant avant demi-lame tendida qu’on dira concluante (pour ma part il me sembla que le bicho fut très vite puntillé après une rupture d’équilibre, mais bon, passons !). Oreille (sans commentaires). Quant au garçon, je pense qu’il lui faut des adversaires de plus de présence qui valorisent son toreo engagé et courageux. C’est dans une adversité plus conséquente que Juan se grandit. Les Gallon quant à eux doivent trouver sur leur route des toreros plus artistes susceptibles de les valoriser. Nous dirons que ce jour, en remplaçant Sébastien Castella par Juan Leal,  il y eut erreur de casting.

Lalo de Maria débuta sa première prestation par un maniement correct du capote, dessinant quelques véroniques de bon son puis poursuivant par tafalleras.  Doublant joliment genou fléchi, le garçon alterna le bon et le moyen sur la main droite, puis sembla plus à l’aise sur sa main gauche qu’il semble manier avec plus d’aisance. Les naturelles furent douces et templées et donc bien plus abouties que les derechazos. Une main gauche prometteuse à ce niveau et qu’il sera peut-être judicieux de suivre. Certes l’ensemble fut entaché d’imperfections bien compréhensibles à ce niveau, mais il y a, je pense, de la matière chez ce jeune homme. Il lui manque encore de la sûreté avec l’estoc, d’où des mises à mort un peu longues. Palmitas.

RAS au capote face au dernier puis une faena débutée de rodillas pour chauffer le conclave.  Pour la seconde prestation qui fut conduite un peu à l’identique de la première, on fera les mêmes remarques sur les phases droitières et gauchères. Sans une mise à mort à rallonge, comme la première fois, les deux sorties du garçon auraient pu se solder par l’attribution d’un trophée. Silence.

Comme disait Nicolas Boileau dans « L’art poétique » : « Hâtez-vous lentement ; et, sans perdre courage, vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage : polissez-le sans cesse et le repolissez ; ajoutez quelquefois, et souvent effacez ». A méditer…

Léa Vicens et Juan Leal sont sortis a hombros…

Reseña et photos : Patrick Colléoni « Paco ».