Mythes et légendes à Séville : les indultos.

La vitrine de la capitale andalouse est richement dotée : de la Giralda à l’Alcazar, de la plaza de España au Barrio de Triana, de Curro Romero à la dynastie Vazquez, sans oublier le voisin de la localité La Puebla : Morante.

L’inventaire des mythes et légendes, voire secrets, est pléthorique.

La Macarena dans sa basilique semble suivre du regard les visiteurs (expérience vécue avec Lucien « Chinito de Francia »), hallucination ou système électronique ?
Le visage du Christ del Cachoro est-il celui d’un gitan mourant après un coup de couteau, immortalisé par le sculpteur DF Ruiz Giron ?

La Real Maestranza de Caballeria possède ses propres fabulations dont certaines sont méconnues.

Tout aficionado «  a los toros » connaît les trois derniers indultos sur l’albero (1) de la piste :

  • « Arrojado »  de Nuñez del Cuvillo par José Maria Manzanares en 2011.
  • « Cobradiezmos » de Victorino Martin par Manuel Escribano en 2016.
  • « Orgullito » de Garcigrande par El Juli en 2018.

Le premier indulto en AOC (appellation d’origine contrôlée) fut le novillo « Laborioso »  du Marquis de Albasserada par Rafael Astola (2) le 13 octobre 1965 (il ne prit jamais l’alternative). 

Il fut piqué par Francisco Velasquez «El Beta». Le toro devenu semental s’éteignit le 6 janvier 1976 avec plus de quatre-cents héritiers .

Récemment, le journaliste Luis Rufino Charlo, après avoir consulté plusieurs hémérothèques (3), a «exhumé» le souvenir de six toros, qui, au 19ème siècle, auraient bénéficié du pardon de la vie (journal ABC, Séville, rubrique culture).

Un mano a mano opposant le sévillan Manuel Dominguez et le cordouan José Rodriguez «Pepete» à huit toros de Anastasio Martin. Les deux derniers toros sont à la charge de Manuel Fuentes «Bocanegra», qui fait office de sobresaliente, et lidie les septième et huitième toros. C’est le dernier «Zancajoso» : dix huit piques, neuf chutes et sept chevaux tués, plus une paire de banderilles. Il fut indulté le 9 juin 1861.

Le 19 juillet 1868, les toros sont de Ramon Romero de Balmaseda pour Manuel Perez, José Cineo «Cirineo» et José Machio. C’est ce dernier qui pardonna la vie (4) à «Mellizo», sorti en quatrième position : trente et une piques, six chevaux tués.

Manuel Mejias «Bienvenida I» et Joaquim Sanz «Punteret» affrontent six novillos de Don Sebastian Fina. Le cinquième «Jocicuo» : neuf piques, une demi paire (sic) et une paire de banderilles, fut indulté le 14 octobre 1893.

C’est «Manzanito» de Doña Dolores Monge (Veuve Murube) qui envoya, après huit piques, tous les piqueros à l’infirmerie. Salvador Sanchez Povedano «Frascuelo» le renvoya au campo le 9 juin 1887.

Il est à noter que ces quatre toros sont piqués et banderillés seulement (sauf le dernier) sans les palos…

«Nazareno» (Nazaréen) (5) eut la vie sauve le 29 mars 1891, un dimanche de résurrection ! Il appartient à la ganaderia Don Jose Adalid. Mano à mano  José Del Campo  «Cara Ancha» et Enrique Vargas «Minuto».  Il fut reçu «a porta gayola» sans cape par «Currinche» : trente-quatre piques, dix chevaux tués. 

«Playero». Le dimanche de Pâques du 18 avril 1897, les toros de Joaquim Murube seront lidiés par les sévillans Francisco Bonar «Bonarillo» et Antonio Reverte Jimenez.

Le troisième  «Playero» ne prit que quatre piques, mais il s’avéra noble, le public le fit indulter. Il fut lidié le 20 juin de la même année à Lisbonne (à cheval ?).

Puis vinrent le vingtième et le vingt et unième siècles et leurs multiples absolutions …

Jacques Lanfranchi «El Kallista»
(1er juillet 2020)


Bibliographie :

  • les Indultos en la Maestranza de Séville – ABC Séville – 2019.
  • Crono apuntes de toros indultados (1843-2010) – J. Zaldivar Ortega – 2019.
  1. Albero : teinte spécifique du sable dans les arènes de Séville : ocre jaune issu des carrières de La Algaba.
  2. Cartel : Paco Puerta, Rafael Astola et Pedrin Benjumea.
  3. Hémérothèque : lieu où les archives des journaux, magazines de la presse écrite sont conservés.
  4. Il avait été indulté l’année précédente, c’était une expérience sur la bravoure.
  5. Un toro appelé «Nazareno» fut indulté par Javier Conde en juillet 2012, chez le ganadero français Olivier Fernay.