Mexico, Torero y Gringo.

Natif de Chicago, universitaire dans l’Ohio, il est difficile d’échapper à une carrière de footballeur américain, de surcroît si vous avez une pointe de vitesse excellente.

Sa carrière de receveur éloigné (wide receiver) sera de courte durée. Notre ailier aura un genou endommagé pour ses quatorze ans, et Oscar Boetticher Junior partira en convalescence au Mexique.

En terre aztèque, notre Oscar va gagner un apodo « Budd ». Un solo, dans la Mexico, du maestro Lorenzo Garza lui donnera l’envie de toréer : le gusanillo.

El Americano rubio, un « gringo » (1), apprendra l’Art de Cuchares avec Lorenzo. Ses compagnons seront Fermin Espinosa « Armillita chico » et le jeune Carlos Arruza.

Il va toréer beaucoup de festivals, et récoltera une blessure abdominale gravissime. Un rapatriement sanitaire express est mandaté par ses parents adoptifs (il est orphelin) qui apprennent le fait par voix de presse !

Il intègre l’univers du cinéma à la célèbre Twentieth Century-Fox. Ses connaissances de l’art taurin le propulsent comme conseiller technique sur le film « Arènes Sanglantes » (2) réalisé par Rouben Mamoulian en 1941.

Budd passera rapidement à la réalisation. Il co-produit avec John Wayne (« the duke») le film «  La Dame et le Toréador » 1951. Le héros est Robert Stack, blond et pas incorruptible comme on pourra le juger.

Le film est noir et blanc pour éviter la couleur du sang (censure oblige). Le grand John Ford dans un magnifique « mete y saca » coupera quarante minutes du film notamment les plans de corrida.

Le prix de la trahison : une nomination aux Oscars en 1952 et un contrat de sept ans à Universal studios.

Budd offrira à James Dean la cape de Sydney Franklin (3) , premier yankee à prendre l’alternative à Madrid. Elle servait d’accessoire sur le plateau de tournage.

En 1961, trente films et deux divorces accomplis, il retourne au Mexique pour réaliser l’œuvre de sa vie, « Arruza ».

Carlos Ruiz Camino Arruza dit « Carlos Arruza » alias « El Ciclon Mejicano », natif de Mexico,  fit une belle carrière en Espagne notamment, en competencia avec Manolete et Luis Miguel Dominguin.

Inventeur de l’arrucina (derechazo, main dans le dos), il la présentera en avril 1945 à Barcelone. Cette année-là, il sera premier de l’escalafon.

Fait exceptionnel, ce grand banderillero verra en juin 1944 à Madrid une pétition majoritaire d’oreille, après la pose de trois paires de banderilles.

En 1956, il commence une carrière de rejoneador. En 1960, il incarne le lieutenant Reyes dans « Fort Alamo » après le refus de la réalisation par Budd (c’est John Wayne qui la fera).

Budd, avec plus de 18 corridas filmées du « Ciclon », pense que le film sera aisé dans son montage.

Sa création sera digne des frères Coen pour la complexité de l’intrigue, de Quentin Tarentino pour l’esthétique et la violence extrême, de Cecil B de Mille pour la démesure du tournage proche d’un peplum.

Rappel des faits :

A l’arrivée du Gringo réalisateur et de l’équipe professionnelle, un défaut de financement apparaît, puis une grève des techniciens mexicains.

Budd trouve un traitement anxiolytique local : la tequila coule à flots. Son épouse Debra Paget (qui devait tenir le rôle de l’épouse d’Arruza) le quitte. Il engage une jeune starlette locale, Elsa  Cardena, pour reprendre le personnage. Elle deviendra rapidement sa fiancée.

Une dépression l’amène en hôpital psychiatrique. Puis la prison dont il s’évade de manière rocambolesque.

Le 20 mai 1966, Carlos Arruza se tue dans un accident de la circulation à Toluca.

Budd contracte une pneumonie qui manque d’être fatale. Le traitement médical et le toreo de salon (sic) le sauveront.

La Saga a pris une connotation psycho-tragique entre Shining (Stanley Kubrick), Psychose (Alfred Hitchoch) et Hanibal Lecter (Thomas Harris) .(4)

Une fin heureuse dans la lignée des œuvres de Walt Disney se profile.

Le réalisateur John Sturges (« Les sept mercenaires », « Bagarre à Ok Corral ») couvre les dettes de Budd et finalise le long métrage.

Treize ans se sont écoulés depuis les premiers tours de manivelle. Il existe trois versions (celle de Sturges), celle narrée par l’ami Antonio Rodolfo Quinn Oaxaca dit «  Anthony Quinn » et une mexicaine commentée par l’écrivain Pepe Alameda. C’est Carlos Arruza qui sera doublé, sa femme jouera son propre rôle !

Budd le rouquin finira son existence à Ramona (Californie) près de la frontière mexicaine. Éleveur de chevaux lusitaniens, il est secondé par sa cinquième épouse Mary Chelde. Sa dernière vuelta sera le 29 novembre 2001 dans son ranch. Il a 85 ans.

« Les films taurins sont le premier amour et l’obsession principale de Budd » (Martin Scorcese) (5)

Jacques Lanfranchi « El Kallista »
(8 juin 2020)

  1. gringo : mot argotique pour désigner l’étranger, en Amérique centrale, sud, généralement l’américain.
  2. D’après le roman de Vicente Blasco Ibañez. La distribution du film : Rita Hayworth, Tyrone Power et Anthony Quinn.
  3. Le 18 juillet 1945 : Parrain El Estudiante, témoin Morenito de Talavera, toro Tallealto (Sanchez Fabres), l’impétrant a 42 ans.
  4. Personnage inspiré du chirurgien mexicain Alfredo Bolli Trevino incarcéré dans les années 1960, pour meurtre et cannibalisme.
  5. Taxi driver, Casino , Les Affranchis…

Bibliographie 

  • « Les années Arruza » – Emilio Maillé – Canal + DVD 1997.
  • « Le torero blond de Chicago » – Guy Suire – Gazette UBTF 2017.

Les toreros aztèques au générique :

Jesus Solorzano « El Rey del Temple », Felix Briones, Rafael Rodriguez « El Volcan de Aguascalientes », Jorge Aguilar « El Ranchero », Antonio Martinez Velasquez « Corazon de Leon », Nacho Treviños Garza, Joachim Rodriguez « Cagancho » : le gitan devenu mexicain.