Reflets de Cannes. Toros en playa.

Né en 1947, le Barnum mondial du cinéma voit cette année sa 73ème édition reportée.

Seule celle de 1968 avait été tronquée.

Celle de 1959 fut éminemment taurine.

La peña arlésienne Ricard au festival de Cannes

A la fin des années cinquante, un jeune quadragénaire François Chalais et son épouse France Roche créent à la Radiodiffusion Télévision Française (RTF) une émission intitulée «Reflets de Cannes» à l’illustration sonore «jazzi».

Une personnalité (un rien désabusée) entre Philippe Labro et Jean D’Ormesson, avec une voix près de la basse noble, le journaliste couvrira par sa chronique le festival de Cannes, dans un style novateur, que l’on appelait avant-gardiste.

Le 8 mai 1960, l’éleveur Aimé Gallon présentera ses novillos dans un arène au bout de la Croisette.

Arène sur la plage, pas de plage !

Le cartel initial était : Manolo Vasquez, Gregorio Sanchez, Victoriano Valencia, Rafael Ortega et Pierre Schull.

Ces deux derniers constitueront la base du deuxième cartel après défection des premiers cités, auxquels se joignirent Mario Cabré et Oscar Cruz.

Rafael et Pierre seront corrects et dignes- regular.

Mario Cabré, «El Torero de la suprema elegancia» (4ème torero d’alternative de Catalogne), souffrait du syndrome de l’acteur.

Torero à la ville, et à l’écran notamment dans «Pandora» et «Le Hollandais Volant» d’Albert Lewin. Il fut également le soupirant d’Ava Gardner, beaucoup à l’écran, peu à la ville.

Devant un novillo très noble, il jouera très mal sa partition.

Oscar Cruz, «le practico», acteur mexicain venu à Cannes, car il était la vedette masculine du premier film de Carlos Saura présenté au festival, «Los Golfos».

Il fut le plus en vue, avec notamment des séries de naturelles bien rematées.

Après une faena de plus de vingt minutes, le toro eut l’élégance (caméras obligent) de rester figé quelques instants après l’estocade factice. Car le spectacle se déroulait au simulacre de mort.

Daniel Schmit, qui vivait à Nice, assura le reportage pour la revue Toros. Il conclut son article par : «les novillos sortirent excellents, permettant chacun un travail très honorable pour qui voulait ou savait».

Cette année-là au festival de Cannes, le prix d’interprétation masculine ne fut pas attribué. 

Denys Colomb de Daunant (ci-contre) présenta officiellement pour la France son court métrage « Corrida Interdite » en 1959.

Oscar Cruz pouvait se consoler car son rôle taurin s’était déroulé devant Pablo Picasso, venu en voisin de Vallauris, Sofia Loren et Ava Gardner, entre autres …

Le reflet de François Chalais ne s’est pas estompé dans la cité cannoise, car chaque année un prix éponyme récompense un film voué aux valeurs du journalisme.

 Après Vallauris, Fréjus, Nice, Cannes eut son aventure taurine.

Jacques Lanfranchi «El Kallista» 
(17 mai 2020)


Bibliographie :

  • In Toros n°645 mai 1960.
  • Pierre Schull , le rêve brisé Jacques Lanfranchi (2002). 

Crédits photos collection privée.

  • Pierre Schull et la peña Ricard à Cannes (1960).
  • Affiche « los golfos » : Oscar Cruz de salon.