Miura et alternative : un tandem impossible.

Lors de l’annonce des cartels de la feria pascale 2020, une course a focalisée l’attention des aficionados : l’alternative du français Maxime Solera avec l’élevage Miura.

Quelques «docteurs es tauromachie», dont la ville regorge, ont déclaré d’une manière péremptoire : «Impossible, il n’y arrivera pas !»

Il est à noter que si l’encaste choisi avait été Domecq ou apparenté, la sentence des mêmes maîtres aurait été «bien sûr , c’est facile».

L’herbe est toujours plus verte ailleurs, dit le proverbe.

L’alternative donne l’ancienneté à celui qui passe le doctorat avec échange des trastos au premier toro, et reprise de l’ordre de lidia au deuxième toro.

La première semble être celle du chiclanero José Candido Esposito le 25 mai 1756 à Madrid des mains de Diego Del Alamo et de Juan Esteller ; le toro s’appellait Capitan (encaste Jijon).

La ganaderia de Miura fut créée en mai 1842 (origine Gallardo-Cabrera), son ancienneté à Madrid date d’avril 1849.

Les alternatives et les confirmations sont peu nombreuses avec les toros de cet élevage.

19ème Siècle

Le 19ème siècle voit cinq alternatives avec la célèbre devise :

  • Vicente Garcia «Villaverde» le 13 juin 1864, à Madrid des mains de Francisco Arjona «Cuchares» – Toro : « Corneta ».
  • José Lineo «El Cirineo» le 30 mai 1869 à Séville. Au cartel Antonio Carmona «Gordito» et Manuel Fuentes «Bocanegra».
  • José Negron «El Negri» le 31 mai 1872 à Marchena (Séville). Parrain « Gordito » (mano a mano).
  • Antonio Arana Carmona «Jarana» le 12 octobre 1890 à Séville par Fernandez Gomez «El Gallo» (père de Rafael et Joselito) et Antonio Moreno Fernandez «Lagartijillo». Le toro de la cérémonie s’appelait «Pascual».
  • Angel Garcia de la Flor «Padilla» le 19 septembre 1897 à Madrid, par Luis Mazzantini et Francisco Bonar «Bonarillo». Toro : « Rabituerto ».

20ème Siècle

Ce dernier maestro clôture le siècle, le vingtième sera plus prolifique :

  • Antonio Moreno «Moreno de Alcala» le 1er septembre 1907 au Puerto Santa Maria par Rafael Molina Martinez «Lagartijo chico» (neveu du grand Lagartijo) et Diego Olivé Rodas «Morenito de Algeciras».
  • Joaquim Calero y Verdejo «Calerito» le 14 octobre 1910 à Zaragoza par Vicente Pastor «El Chico de la Blusa» et «El Gallo». Toro : «Vinatero».
  • Jaime Noain Gonzales le 17 août 1931 à Bilbao de Nicanor Villalta et Jésus Solorzano (Mexique). Le basque coupera quatre oreilles, certaines sources annoncent également deux queues !
  • José Gonzalez Lopez «Carnicerito de Mexico», l’aztèque deviendra matador de toros le 13 septembre 1931 à Murcia, Domingo Ortega, le témoin Jaime Noain (sic).
  • Melchor Lladò Capmany « Melchor Delmonte», natif de Palma de Mallorca. Dans sa ville, il prend le doctorat le 3 juillet 1932 de Fuente Bejarano et Manuel Martinez. Le toro se nomme «Prendero», il ne fut pas tué par le mallorquín blessé. (1)
  • Antonio Mejias Jimenez «Antonio Bienvenida» (Bienvenida VII), le 9 avril 1942 à Madrid , mano a mano avec son frère Pepe (Bienvenida VI). Toro  « Cabileno ».
  • Rafael Vega Humares «Gitanillo Chico». Sa parenté avec Rafael et Curro Puya lui attribue aussi l’apodo «Gitanillo de Triana  chico». La cérémonie se déroule à Caranbanchel Vista Alegre des mains de Jeronimo Pimentel et Octavio Martinez «Nacional» le 10 août 1952.
  • Fermin Murillo Paz «Fermin Murillo», à Zaragoza le 21 avril 1957. Parrain : Manuel Jimenez Diaz «Chicuelo II». Témoin : Jaime Ostos. Le récipiendaire coupe deux oreilles. Le toro s’appelait «Bonito».

Confirmations à Madrid

Les confirmations à Madrid sont au nombre de neuf : 

  • 1874 : Manuel Hermosilla y Llanera. Toro : « Espejito ».
  • 1889 : Juli Aparici «Fabrillo».
  • 1906 : Manuel Mejias Rapelo. Toro : «Jabato».
  • 1920 : Ernesto Pastor Lavergne (portoricain).
  • 1923 : Enrique Cano «Gavira».
  • 1929 : Heriberto Garcia (mexicain). Toro : «Viñadero».
  • 1940 : Diego Leon «Lainez».
  • 1946 : Luis Mata  Fransoy. Toro : « Carteremo ».
  • 1948 : Cayetano Ordoñez Araujo (frère d’Antonio). Toro : « Aguilito ».
  • 1994 : Domingo Valderrama. Toro : « Bandolero ».

Ce Panthéon, ce hall of fame, est une réponse cinglante et implacable à notre aficionado professeur.

Le devise Encarnada y Verde pour les toros de Miura hors de l’arène madrilène représente la Passion et l’Espérance, ce qui caractérise bien Maxime Solera !
(photo ci-contre)

La suerte de rigueur pour l’alternative qui, j’espère, sera seulement différée.

Souhaitons qu’un jour le Noir se joindra au Vert (Negro y Verde) et  lui permette une confirmation madrilène avec le «A con asas» (le A avec des anses).

Une idée peut-être pour l’empresa de Madrid…

Jacques Lanfranchi «El Kallista»

(1) il en fut de même pour Lionel Rouff «Morenito de Nîmes». Blessé, il ne put tuer son toro « Ratero » de Viento Verde.

Bibliographie :

  • El Cossio – José Maria de Cossio (1943).
  • « La fiesta brava en Mexico y en España » – Heriberto Lanfranchi (1978).
  • Miura – Jean-Pierre Darracq «El Tio Pepe» 1991.
  • Site Associacion Toreo en red hondo 2020.
  • Site Revista Grada 2020.

Photos DR

  • photo 2 : « L’alternative » de Léo Lelée 1913, in Impressions de Toreros de J de Hermoso.