« Merveilleux » et son histoire.

Vicente Jorda, empresa des arènes de Marseille (dites du Parc Borely, ou Bonneveine, du nom du quartier) inaugurées en 1955, programme une corrida le 12 mai 1957.

Les toros sont de la ganaderia de Don Dionisio Rodriguez Garcia (Santa Coloma- branche Buendia) ; l’ancienneté date de juin 1947. La finca se trouve à Villanueva de Yeltes (Salamanca).

Le propriétaire est apparenté à la famille Perez-Tabernero.

Dans cette portative le cartel sera : 

  • Antonio Chenel Albaledejo « Antonete ». La temporada 1956 fut une grande année pour lui, notamment en France.
  • Guillermo Carvajal Garibay, l’aztèque est hétérodoxe, son surnom officieux est Carnaval. Il tue quelquefois avec un mouchoir en guise de muleta !
  • Ramon Solano, « Solanito », est le seul à défiler avec montera (1), les deux premiers maestros blessés, Solanito lidiera quatre toros. Il triomphe avec deux oreilles, le sixième « Azafranero » fera une vuelta al ruedo. En fait, il sauve l’après midi, les cinq premiers toros sont lourds et mansos. Le sobrero est plus petit (asaltillado?) dénommé Maravilloso (merveilleux) ou Maravilla (merveille) (2). Il reste en vie jusqu’à la fin de la temporada 1958. Ces quinze mois le feront entrer dans la légende.

Est-il resté dans les corrales phocéens ? A t-il bénéficié d’une villégiature, en charmante compagnie dans les marécages de la Crau ? Le secret reste entier.

Seul le concierge des arènes marseillaises, l’ancien novillero Emilio Lopez Aranda dit « Puerta Moro »  aurait pu répondre.

Son surnom a une origine officielle, il est né près de la place madrilène «Puerta moro».

Officieusement, il est lié à des jambes torses (arquées) dites « séchées sur un tonneau ».

Cette anecdote fut contée par le torero Pierre Schull, Emilio faisait partie de sa cuadrilla. D’où le rappel architectural du cintre des portes mauresques.

Notre homme établira une relation privilégiée avec ce toro.

Le 12 octobre 1958 (3), Mr Jorda organise à Marseille un spectacle mixte. Une novillada pour Emilio Redonda d’Albacete, Manuel Carra (Cordoue) et Francisco Arellano Suarez « Curro Montes » natif de Valencina de la Concepcion (Séville).

Le bétail est d’origine Veragua ; propriétaire Ortega Casado. Deux toros issus des corrales seront lidiés par le rejoneador Charles Fidani en quatrième et septième position.

Le premier corralero fut un Prieto de la Cal (version revue Toros) ou un Perez de la Concha (Dr Paul Casanova), corralero venu de Bordeaux !

Il fut illidiable et retourna aux corrales avec le simbeu.

Le second fut notre «Maravilloso». Il rentra sans la devise rouge et jaune, « Puerta Moro » refusa de le blesser en la posant.

Le toro sortit avec une bravoure extraordinaire. Les cornes en pointe (sic). Il blessa la première monture de Charles (une jument blanche) après une chute impressionnante.

Charles Fidani lidiera sur son deuxième cheval. Il obtiendra les deux oreilles et la queue du toro, et celui-ci fit une vuelta al ruedo accompagné par les larmes d’Emilio.

Le point d’orgue de cette épopée fut posée par «Paquito», le directeur de la revue Toros : « aujourd’hui la noble fête avait retrouvé son visage ».

Apostille :

A la création de son élevage, Dionisio Rodriguez acquit quelques vaches de Gamero Civico.

Cette origine est également celle du toro «Civilon» qui eut une saga similaire à Maravilloso.

Elle inspira Munro Leaf pour «l’histoire  du toro Ferdinand» et donna lieu au célèbre dessin animé de Walt Disney en 1939 et tant d’autres…

Jacques Lanfranchi « El Kallista »
(vendredi 3 avril 2020)

  1. il a pris son alternative à Marseille le 17/06/1956 (non reconnue). Parrain : M Vazquez. Témoin : J Huerta. Toro : Cantaor de Oliveira Irmaos (Portugal).
  2. Un toro nommé «Maravilla», berrendo en negro, alunarado (croissant de lune), d’origine Alipio Perez Tabernero, est connu dans l’élevage français (1925). Il fut acquis par Ambroise Bresillon Pouly (Pouly fils) pour être étalon.

 « Il est l’aïeul de tous les berrendos de Crau et de Camargue ». Pierre Dupuy, in « Histoire de l’élevage du toro de combat en France » (p 225).

  1. Collusion de programme ! Ce jour là, alternative de Pierre Schull à Arles dont l’empresa et apoderado était Pierre Pouly…

Bibliographie.

  • Revue « El Ruedo » 1958
  • Deux siècles de Tauromachie à Marseille. Paul Casanova. UBTF 1990
  • Revue Toros N°1576

Crédits photos.

  • 1,2,3 : Henry Régis Dumoulin (journaliste et photographe).
  • 4 : droit réservé.