Miuras, avec ou sans cornes.

Nous avons évoqué récemment la technique des fundas pour diminuer les traumatismes et fractures des cornes au campo.

Ce type de risque est également présent lors des transferts et débarquements…

Henri Reure est l’empresa des nouvelles arènes de Marseille dites «Arènes du Rouet», la deuxième plaza dite «Arènes du Prado» était à la charge de M. Desfonds.

M. Reure sera également le directeur des arènes d’Arles (1899-1908).

Du fait de la concurrence entre les deux organisations phocéennes, le 23 juillet 1905, il offre une corrida historique, cinq toros de Miura et un de Luis Flores à charge de Rafael Molina Martinez «Lagartijo Chico» (neveu du grand Rafael  «Lagartijo») et Rafael Gomez Ortega «El Gallo» (frère du grand Joselito).

L’histoire retiendra un gigantesque fracaso du «Divino Calvo» devant le toro «Solitario» de Miura.

«C’est un nom vraiment anxiogène pour l’imaginaire d’un gitan» écrira le Dr Paul Casanova.

Le toro tua sept chevaux et l’histoire ne dit pas s’il fut tué par « El Gallo ».

J’ai eu en mains dernièrement ce cartelito (21×50) concernant un spectacle pour le 29 octobre 1905, dans les arènes d’Arles.

La direction propose une corrida espagnole (soit un spectacle piqué) et un mixte hispano- provençal.

Pour cette seconde partie, le bétail est croisé (espagnol, Camargue) de Mr. Desfonds de l’Eyselle (origine Yonnet, Calais, Anjouin).

Ce monsieur précédemment cité est aussi éleveur !

Les deux toros pour la lidia sont pur sang espagnol, un Espoz y Mina – un Miura.

Pour ce dernier, une explication occupant plus d’un tiers de l’affiche, donne un bémol.

« Le toro était tellement vigoureux qu’il s’est cassé les deux cornes dans les broladères (sic), au débarquement dans les corrales marseillais. Quoique privé de ses défenses, le fauve fournira une course supérieure et sensationnelle par sa curiosité et sa vigueur ».

Antonio Ortega Ramirez «El Marinero» (natif de Cadix !) a 49 ans, il est matador de toros, il tuera le Miura.

Miura-cornes-3

Pouly II (dit Pouly fils : Amboise) coupe une oreille au toro du Comte Espoz y Mina, il est novillero (29 ans). Les deux toros sont piqués par Colito et Mariano, banderillés et mis à mort. 

Le 1er et 2ème croisés furent toréés au simulacre sans mise à mort, le 5ème toro raseté par les professionnels, le sixième réservé aux amateurs non professionnels, précise l’affiche.

La course commence à 14h30 et le prix est minime, compte-tenu des explications concernant le Miura.

Autres temps, autres mœurs (1).

J’ai narré cet épisode taurin hétérodoxe au ganadero Antonio Miura Fernandez qui l’ignorait et ce qui l’amuse beaucoup.

Je brinde ce texte à notre copain Charles De Turck dit «Charlie», marseillais, aficionado a los toros et membre du staff de l’Ecole Taurine d’Arles, il y a quelques années . Il a quitté le ruedo de la vie ce dimanche.

Jacques Lanfranchi «El Kallista».
(
24 mars 2020)

(1) le dimanche 9 septembre 2014, lors de la Feria du Riz, « Reineto », toro de Miura qui s’était échappé aux corrales pendant la feria pascale, fut raseté ainsi qu’un pupille du Curé de Valverde.

Bibliographie :

  • Toreros français d’hier et d’aujourd’hui UBTF 1979
  • Deux siècles de Tauromachie à Marseille Dr Paul Casanova UBTF 1990

Photos DR