To fundas or not fundas…

En plagiant la célèbre réplique du Prince Hamlet (W. Shakespeare), the question : avantages et inconvénients de la pose des fundas sur les cornes du toro de combat.

Ce type de protection a vu son arrivée au campo dans le début des années 2000.

Les partisans et détracteurs s’affrontent sur le sujet depuis 20 ans.

La corne est composée :

  • un étui corné que l’on nomme phanère car identique aux structures des becs, des plumes, des cheveux, des ongles. Il est formé par une protéine fibreuse : la kératine (produit qui enrichit de nombreux shampoings type Kérastase).
  • un axe osseux  appelé cornillon à la naissance, très riche en vaisseaux sanguins (d’où hémorragie lors des fractures de cet axe). Il est composé par une protéine collagène (structuraire) : l’osséine. Cette armature permet la fixation des éléments minéraux (calcium) et forme l’os.

La croissance de la corne s’effectue de façon régulière jusqu’à 17 mois (1 cm par mois). La corne commence à s’infléchir à 6 mois. Le cornage finit de se développer entre trois et quatre ans.

Pour simplifier, la matrice de l’ongle humain correspond à l’axe osseux, elle développe des cellules qui se chargent en kératine et donne l’ongle  (étui corné), d’où la possibilité de cicatrisation.

«  C’est la corne qui fait la course de toros » (Ernest Hemingway).

Le problème majeur pour l’éleveur est la conservation de cette intégrité.

Dès 3 ou 4 ans, 30% des toros présentent une, voire deux cornes abîmées (généralement les plus beaux spécimens !).

Ces traumatismes sont liés aux bagarres, embarquement, manipulations, prophylaxie, le quotidien de l’élevage est lié à une législation aveugle et envahissante (prise de sang, vaccins, marquage).

Le vocabulaire lié à ces pathologies s’est enrichi de astillado (esquille) à descornado (corne manquante), en passant par escobillado (en balais) et mogòn (arrondi).

Pour l’éleveur, l’effet est inverse, les cornes lésées baissent  la valeur marchande et offrent des solutions peu intéressantes :

  • l’arreglado (arreglar : réparer) contraintes des articles 49 et 52 du règlement taurin.
  • lidia de l’animal, lors d’un entraînement privé pour un torero.
  • la boucherie en dernier recours.

La perte financière est obligatoire.

La pose des fundas jouerait un rôle de sauvegarde de la corne pour l’animal et de ses congénères ; l’équivalent en escrime du fleuret moucheté (1).

L’avènement et la facilité d’emploi des produits thermoplastiques ou polyester ont-elles permis de proposer une solution anti-casse ?

La réponse est plurielle :

  • le port des protections n’exclut pas les affrontements entre les toros pour déterminer le dominant, donc la hiérarchie du groupe. La durée du combat est plus longue. La nature des blessures est plus insidieuse, souvent sans effraction visible. Ce sont des lésions «envainadas» (en doigt de gant) (2). La gravité et la complexité des lésions internes (rate, appareil digestif, vasculaire) est moins visible que le coup de corne avec hémorragie. Tout cela diffère le diagnostic et la précocité des traitements, donc le pronostic .
  • la pose des fundas , autour des trois ans, nécessite l’assujettissement dans une caisse de soins (cajòn de cura), avec les risques de sur-accident : traumatismes divers, anesthésie) – idem à l’ablation du matériel (15 jours avant la course) et un risque de fragilisation de la corne sous l’étui. 
  • l’aficionado et son romantisme chronique mettra en avant l’inesthétique des toros «équipés» au campo. La perte de la précision de la corne (organe tactile), l’impact sur le moral, et la tentation évidente d’arranger une corne abîmée après le retrait des fundas. Les articles 8-1, 33-1, 47-1 du règlement taurin espagnol, souligne le vide légal lié à la pose des étuis. Les détracteurs les plus acharnés les appellent préservativos (condon) de cuerna.

Techniques de pose :

  • l’une avec extrémité fermé (cartouche de chasse)
  • l’autre avec extrémité ouverte (boulon avec ailette).

Voir la vidéo de TV Salamanca (Castilla y Leon TV) parue sur feria TV concernant la pose des fundas : VIDÉO.

L’Espagne a ses inconditionnels : Torrehandilla, El Pilar mais aussi les « ganaduros » de Saltillo, Cortijoliva, Fraile.

Dans l’hexagone : Jalabert frères, Jean-Luc Couturier, Robert Margé (liste non exhaustive).

Le 13 juin 2019 , l’aficion madrilène (tendido 7 inclus) acclame pour sa dernière tarde à Las Ventas Don Fernando Cuadri Vives. Le ganadero déclara en janvier 2017 au micro de Radio Tauromaquia Times :

«  El Toro, el tiempo que esté en la finca tiene que estar como vino al mundo y estar en absoluta libertad ».

Remerciements à Jean-Pierre Odet, mayoral de Valverde et De Concha y Sierra.

Jacques Lanfranchi « El Kallista »
(
26 février 2020)

  1. Arme d’entraînement à ses débuts, dont la pointe est protégée par un élément appelé Mouche- pour éviter les blessures
  2. le ganadero Joaquim Grave, propriétaire aujourd’hui de la ganaderia Murteira Grave, fut blessé au campo par un toro porteur de fundas, le 19/09/2014. La grave cornada fut compliquée par des esquilles de polyester dans la plaie. Fait médical relaté par le Professeur Jean-Pierre Clarac, chirurgien orthopédique.

Bibliographie 

  • Cornitologie Astas, Cuernas, Pitones El Kallista 2005
  • Fundas non fondées . Www.toro libre.fr El Farol juin 2013
  • La Voz de la Aficion (Madrid) n°55 octobre 2019 Roberto Garcia Yste