Uruguay. Eduardo Poggio, le torero oublié.

L’histoire de la tauromachie en Uruguay se décline de 1761 à 1941.

Avec son lot de grands événements, des plazas fixes ou portatives, de la plaza Fuerte à celle de la Union , en passant par El Parque central, la venue de toreros tel que Fernandez Gomez « El Gallo », le grand Joselito « Gallito », Luis Mazzantini, las Niñas Taurinas…

Ses malheurs comme la blessure mortelle du valencien Joaquin Sanz « Punteret » à Montevideo, le 26 février 1888, toro Cocinero de Felipe Victoria.

Ses dates, comme celle de l’alternative de l’espagnol Guillermo Martin, des mains d’un autre valencian Manolo Martinez, le témoin étant le péruvien Adolfo Rojas, en 1936. Mais il n’existe à ce jour qu’un matador de toros uruguayen.

Les souvenirs d’enfance sont toujours magnifiées par le temps, mais je n’ai connu qu’un seul cow-boy en Crau : Eduardo Poggio.

Il avait une facilité déconcertante pour attraper les chevaux au lasso. Certains l’appelaient « Pollo », comme il réussissait bien les paëllas, par analogie avec un des ingrédients du plat ou par difficulté de prononcer son nom à l’espagnole avec les G, par les Cravens ?

Il était très gentil avec le garçonnet de dix ans qui posait toujours la même question sur le lasso ; la réponse avec un fort accent sud-américain : « C’est facile, mon petit, tu verras plus tard ».

Eduardo  Poggio est né le 4 octobre 1914 à Poblacion, Rincon de la Bolsa (Tacuarembo), à côté de Montevideo.

Il dressera les chevaux dans la propriété  familiale (d’où le lasso), sera boxeur, chercheur d’or au Mato Grosso (Amazonie brésilienne).

Il sera banderillero au Pérou, sur les toros criollos, et il prendra une alternative à Guayaquil (Equateur) des mains de José Pastor. Voilà pour le Nouveau Monde.

Après une brève carrière de novillero en Espagne, il sera sacré matador de toros à Barcelone le 25 mai 1947.

Le parrain est Juanito Belmonte Campoy, le témoin est le péruvien Raul Acha «Rovira», le toro « Campolargo » de l’élevage Marciliano Rodriguez.

Regular au premier, il fut applaudi au second avec une blessure au visage à la clé.

L’histoire retiendra la présence de Melle Carmen Franco (la fille du caudillo), qui recevra trois brindis !

A dater de 1948, il renoncera à son titre de matador de toros, et commencera la dernière partie de sa saga taurine, en France, où son port d’attache sera Arles, voire Raphèle chez la famille Lapeyre.

En mai 1950, il officiera à Marseille, dans les arènes du Rond Point, en compagnie de Jaime Blanch-Torres et Pedro Romero, toros de l’empresa Sol.

En octobre, c’est à Arles des novillos de Bonnaud-Jalabert qu’il partage avec Jaime Blanch et José Vallés «Chato de Movera».

En aout 1951, l’empresa Pierre Pouly le fait défiler à Fréjus avec Joaquim Rodriguez, le gitan «Cagancho». Les piqueros étaient remplacés par les caballeros en plaza Lolo Raoux et Roger Cantaloup (bétail de Sol).

C’est au début des années cinquante qu’il sera chauffeur de Joseph Calais «El Gordo», inventeur du rodéo mexico-provençal (!) qu’il promène  dans tout l’hexagone. C’est d’ailleurs sur une note équine qu’Eduardo signera la fin de sa carrière taurine.

En octobre 1955, une novillada a lieu en plaza d’Arles au bénéfice des toreros espagnols. Quatre novillos pour Aguado Castro, Alfredo Martinez, Ramon Gallardo, et le caballero Manolo Del Campo. Un toro est monté par le cow-boy Eduardo Poggio.

Le bétail provient des ganaderias : veuve Lescot, Cartier, Pourquier, Ricard et Achille Pouly.

Le point d’orgue officiel « a los toros » se déroule le 28 juin 1959. Le bétail et l’organisation : Fernand Gidde. Deux pour le rejoneador Eduardo Poggio, quatre pour Tito Palacios et Gilbert Mistral.

Ce dernier fermera définitivement l’aventure tauromachique à Perpignan, de belle manière, 4 oreilles, 2 queues.

Après le lasso, les trastos, les rênes, Poggio prendra le volant pour Ramon Gallardo. Il a 46 ans. Il restera dans le mundillo français et les  spectacles taurins donnés dans les portatives des frères Martinez.

A ce jour, il est l’unique matador de toros uruguayen. Il repose à jamais dans sa deuxième patrie : Arles.

Poggio, je ne sais toujours pas «faire  le lasso» , pourtant c’est facile ! 
Abrazo muy fuerte Maestro !

Jacques Lanfranchi «El Kallista»
(
mardi 11 février 2020)