Mexique et tauromachie : la revanche des opprimés.

«Avec l’arquebuse, le cheval, la langue et le christianisme, le conquistador a amené la Fiesta Brava.» Leonardo Depostre.

L’apport des toreros aztèques a été une révolution dans l’art taurin, notamment lié à la noblesse du bétail dit créole ou ladino. (1) 

Certains auteurs ont nommé cette révolte «la revanche des colonisés». Antonio Ordoñez , après une belle faena, à l’encontre de César Giron, entrant au callejon, lui jeta à la figure : «Mira Indio como  se torea !»

La trajectoire personnelle et professionnelle de Manolete, la formation artistique de José Tomas ou celle de El Juli ont été impactées également par cette évolution et tant d’autres.

Dans le premier tiers, la bravoure relative du bétail n’a pas révolutionné son déroulement .

Ramon Mercado «Cantaritas», Juan Corona et plus près de nous Efrain Acosta, sont des piqueros mexicains célèbres.

Le toreo mexicain se décline à la cape, par sa variété, son inventivité, voire son romantisme ; les suertes sont multiples et infinies :

  • la «caleserina» de Alfonso Ramirez «El Calesero» (farol inversé).
  • la «fregolina» de Ricardo Romero Freg (gaonera inversée).
  • La «tlaxcaltera» du Pana (larga cambiada de rodilla, cape dans le dos).
  • la «gaonera» de Rodolfo Gaona «El Indio Grande» (al costado por detras).

Souvent la dépose du «brevet de la passe» n’est pas faite.

La «zapopina» de Angel Martinez « El Zapopa », devient la «lopecina» en Europe, exécutée par Julian Lopez « El Juli ».

La «fregolina» devint «orteguina» en Europe, par les mains de Domingo Ortega, qui la présenta en 1930.

«La marchenera» fut inventée par Luis Muñoz «El Marchenero» présentée à Tafalla (Espagne) par Nicanor Villalta, elle devient «tafallera» , une variante étant l’œuvre  du français Frédéric Pascal, elle s’appelle «pascalina».

Le deuxième tiers a son lot de découvertes.

Si la « Par de Pamplona » (8/7/1915) de Gaona à «Cigarrito» de Concha y Sierra, fut immortalisée dans le bronze par Mariano Benlluire, la célèbre «calafia» (al violin, banderilles dans le dos) est un autre joyau créée par Rodolfo Rodriguez «El Pana».

Le troisième tiers a aussi ses bijoux :

  • la «arrucina» de Carlos Arruza qui devint «el pendulo» dans les mains de Damaso Gonzalez. 
  • la «san juanera» de Luis Procuna (natif du quartier San Juan de Letran à Mexico) : statuaire bras croisés.
  • la «passe du Centenaire» inventée par Rodolfo Gaona pour les 100 ans de la Révolution Mexicaine, (manoletina à un bras).

Si Carlos Arruza joua avec John Wayne dans Fort Alamo, Rodolfo Gaona fut sacré «Pape des Toreros» mexicains avec une tiare en janvier 1923, à la Mexico, reflète l’hétérodoxie du caractère mexicain.

Les toreros mexicains ont une histoire personnelle avec l’Espagne. Comme toute relation sentimentale, elle fut tumultueuse avec les différentes pleitos (querelle, procès).

En 1932, Domingo Ortega fut très mal accueilli en terre mexicaine. Dès 1936, les mesures de rétorsion , quota dans les cuadrillas, interdiction de toréer des deux côtés du «Charco» (Atlantique), fleurirent.

En 1944, les alternatives octroyées en Espagne et dans la Monumental de Mexico sont reconnues bilatéralement.

Ces dispositifs, comme dans tous les conflits, persistent d’une manière sporadique, mais ont amené de beaux événements.

Le torero mexicain Fermin Rivera s’ennuyait dans la pension, propriété du Maestro Martin Aguëro, il y rencontre sa future femme, sœur du torero bilbaino.

La ganaderia San Miguel de Mimiha Huapan fut la première du Nouveau Monde à fouler le sable de Las Ventas le 22 mai 1971, le toro «Amistosa» fit une vuelta al ruedo ; nom approprié pour une réconciliation. Le bétail était arrivé en 1970.

Eloy Cavazos «El Pequeño Gigante» est le seul torero vivant dont la statue en bronze, orne la Mexico.

Il est le dernier torero mexicain à ouvrir la Puerta Grande à Madrid le 20 mai 1971 pour sa confrontation avec le toro «Azulejo» de Perez Tabernero.

En 1992 pour le 500ème anniversaire de la découverte des Amériques, quatre lots de toros mexicains furent lidiés à Madrid.

Le sud , mais particulièrement Arles, aura l’opportunité d’accueillir les toreros mexicains, victimes des pleitos (2). 

Parte facultativa : Luis Briones, suite à sa blessure à la Mejico en décembre 1944 par le toro «Rondanero» (ganaderia La Laguna), fut le premier mexicain traité par la pénicilline au Mexique. Il est l’inventeur de la «brionesa», pecho à une main avec le capote.

Je brinde ce texte au 68ème matador français André Lagravère « El Galo », confirmation d’alternative à la Mexico (photo ci-dessus), parrain Sébastien Castella, témoin Paco Ureña, Octavio Garcia « El Payo », toro « Capitan » de Xajay le 8 décembre 2019.

Jacques Lanfranchi « El Kallista »
(vendredi 13 décembre 2019)

  1. ladino : indien qui parle l’espagnol.
  2. Cf article Arles , Mexico y toros El Kallista.
  3. Photo du haut : Jorge de la Vega.