Golegã 2019.

Tous les chemins mènent à Golegã

Nous avons pour habitude d’y rencontrer Léa Vicens qui vient y faire son marché. Cette année, elle était trop occupée avec sa récente installation dans sa nouvelle propriété andalouse pour se disperser. Répondant à son invitation, nous avons programmé notre voyage différemment en passant par le sud de la péninsule ibérique.

Comme à son habitude la maîtresse des lieux nous reçut avec la chaleur humaine qui la caractérise. Dès notre arrivée, elle nous fit faire le tour du propriétaire. Aussitôt nous furent sous le charme, tant par la situation géographique de l’endroit que par l’architecture et la conception des installations.  

Pas moins de 70 ha en bordure du Parc de Doñana dont la pinède borde la propriété ainsi que par la proximité d’une voie d’accès importante. Les bâtiments sont discrètement protégés de la vue par un dénivelé et un contre-bas savamment exploité. L’aridité du sol, dont le sable raréfie la pousse de l’herbe, est en contrepartie idéal pour les pieds des chevaux.

Un joli patio permet la distribution des écuries qui, pour certaines, donnent sur la cour intérieure abritant les chevaux en devenir. Les stars se trouvent dans une écurie fermée, bien aérée et pourvue d’une isolation bien pensée.

Un privilégié, de robe crème et portant le fer de Manuel Braga, a la chance d’avoir vue sur la cuisine de la maîtresse de maison. Un petit manège, une jolie sellerie, une placita avec ses corrales complètent le tableau.

Léa nous proposa de voir les progrès d’une future vedette du ruedo devant une becerra : un alezan dont le sitio et l’aguante laissent pantois.

Le galop de quelques poulains nous distrait un instant alors que nous visitons la partie privative qui ne manque pas de charme non plus et qui permet de ne jamais être loin de la cavalerie.

Nous évoquons la superbe temporada de Léa qui termine cette fois encore en tête de l’escalafon.

Etait-il envisageable qu’un français, en l’occurence une cavalière française, se trouve à cette place lorsque les cavaliers de ma génération posaient leurs premières banderilles ? Etait-il pensable également qu’un français dirige les arènes de Madrid ?

Ne nous égarons pas dans nos pensées philosophiques… 

Continuons plutôt notre périple en bus cette fois à travers l’Extrémadura. Chênes-lièges et patanegras bordent une route parfois rapide et large, quelquefois plus sinueuse lorsque la desserte des pueblos l’impose.

Nous arrivons de nuit à Badajoz et nous ne verrons pas grand chose du trajet vers Lisbonne puis vers la capitale du cheval lusitanien.

Depuis cinq siècles se perpétue une foire qui, longtemps, ne se déroula que le 11 novembre, jour de la San Martinho, la nuit qui précède en étant le point culminant.

Depuis quelques années c’est sur deux week-end et une semaine complète que s’étend la manifestation qui reçoit et catalyse tous les éleveurs et les cavaliers passionnés du cheval des rois.

L’an passé, après sa réélection pour son 5ème mandat, le président de la Camara Municipal, le Docteur José Veiga Maltez, a entrepris de réglementer quelque peu le déroulement festif, estimant qu’il fallait mettre pied à terre à deux heures du matin afin de respecter la fatigue des chevaux. Ce genre de mesure courageuse ne s’applique pas sans faire grincer quelques dents. Le premier dimanche, il aura été nécessaire de faire intervenir les forces de l’ordre. Trois cavaliers récalcitrants furent contraints de descendre de leurs montures et furent conduits au poste de Police menottés.

Tout cela fut vite oublié, et la bonne humeur et la raison revenues permirent le bon déroulement de cette foire traditionnelle unique au monde.

En milieu de semaine, le jeudi, jour consacré au concours des chevaux de 3, 4 et 5 ans et plus, avait lieu un moment de recueillement dans la carrière centrale. Il s’agissait de deux hommages successifs. Le premier à Filipe Graciosa, le second au cavalier tauromachique portugais Joaquim Bastinha, tous deux décédés cette année.

Filipe Figueiredo Graciosa fut l’écuyer en chef de l’Ecole Portugaise d’Art Equestre.

Je garde un souvenir ému de ces deux personnages : Filipe, gendre de Fernando Palha, qui me fit durant plus de quarante  l’honneur de son amitié.

Quant à Joaquim Bastinha, j’avais partagé un cartel de tourada en Arles dans les années 80 en compagnie de Mestre Batista et de Gérald Pellen devant des toros de Pinto Barreiro.

L’émotion, la fête, les échanges, les transactions, se succèdent, les contacts se multiplient dans la bonne humeur, la convivialité, la générosité qui est la marque laissé par son Saint Patron.

Le titre de champion des champions 2019 a été attribué à Luar da Caniceira monté par Gilberto Filipe Silva. Véritable couronnement pour ce cavalier lusitanien qui a déjà gagné cette année la coupe du Portugal avec Iranio, l’équitation à la Portugaise avec Assuao et les Masters d’équitation de travail avec Zinque.

A propos des résultats des concours de modèles et allures, notons que chez les 3 ans c’est Moet das Lezirias qui remporte une médaille d’or. La seconde place avec une médaille d’argent est attribuée à Marialva da Broa de Manuel Tavares Veiga. Chez les 4 ans, la première place avec une médaille d’or est pour Luar da Caniceira devant Libre da Broa, médaille d’or également, et une 3ème place pour Levante da Broa (argent). Chez les 5 ans et plus, l’or est pour Hussen Vo devant Embaxador da Broa et Gitano du fer de Cordeiro avec une médaille d’or également. On peut retrouver les résultats complets sur le site de la Foire.

Le temps s’écoule, nous observons chevaux et cavaliers qui évoluent sur la carrière centrale. Joa Gonçalves longe Majestuoso, un bel exemplaire noir de l’élevage de Joao et Jose Veiga Maltez. Nous verrons ce même cavalier évoluer plus tard dans la soirée avec sous sa selle Imperator lors du spectacle avec une composition originale de Fandango. Devant le stand de Veiga, c’est Manuel Borba Veiga qui effectue, au pied levé, une présentation sans bride sur le macadam. C’est tout cela Golega et plus encore… une succession d’images qui se gravent dans nos mémoires. La magie opère à la vue du groupe d’amazones dont la chef de file n’est autre que Rola Palha Figuereiro.

Il fallut aussi sortir nos parapluies et nos manteaux, cette édition étant un peu fraîche et humide.

Dans les casetas l’agua pé et autres breuvages typiques ainsi que le fado réchauffèrent nos corps et nos cœurs. Au dehors, l’odeur et la fumée des châtaignes grillées s’imprègnent pour nous tenir en haleine jusqu’en novembre 2020.

Il est toujours très difficile de quitter le Ribatejo, ses traditions, ses gens dotés d’une grande sensibilité et cette ambiance à nulle autre pareille.

Freddy Porte.
(13 novembre 2019)