Pierrette Le Bourdiec : l’improbable parité.

Originaire des Côtes d’Armor, Pierrette Le Bourdiec naquit le 21 juin 1934 à Paris.

Les vertus celtiques que sont volontariat et opiniâtreté amènent la Blonde Demoiselle, en 1954, à la porte de l’école taurine d’Arles. L’ETA avait été créée en 1950 par le torero Luis Muñoz, les professeurs : Pedro Romero, Pepe Calabuig (ce dernier lors de la création de sa propre école à Fontvieille en 1956 enseignera aussi notre torera bretonne).

Le directeur, un peu réticent, initiera Pierrette à l’Art de Toréer. Un de ses plus célèbres initiateurs, mais ponctuel, est Pablo Picasso.

Pierre Schull et Antonio Montiel sont les vedettes de l’époque, mais la demoiselle est une élève prodige, elle se présente en public le 27 juin 1954 à Mallemort au simulacre de mort avec un toro de Salioux.

Le 14 novembre, c’est sa première épée à Saint Gilles (30) en duo avec José Moreno «Morenito de Zaragoza», elle banderille de fort belle manière (1). 

Le début avec picadors se fera le 9 octobre 1957 à Aigues Mortes, les compagnons au cartel : Ramon Gallardo et Pepe Luis Roman, les toros de Etienne Pouly.

Luis Muñoz, le professeur, jadis réticent devant les progrès de son élève, deviendra son fondé de pouvoir.

De l’Afrique du Nord (Oran), au Portugal et ses comptoirs : Mozambique, Açores, Macao, de Marseille à Lisbonne, «elle va voir du pays». 

C’est le 26 avril 1959 avec des toros de Netto hermanos qu’elle fait sa présentation à Campo Pequeño (sans mise à mort).

L’Espagne lui est interdite. La loi promulguée en 1908 par Don Juan de Cierva, ministre de l’Intérieur, proscrit le toreo à pied pour les femmes (loi abrogée en 1973) (2). Beaucoup de personnalités du milieu taurin approuvent cette prohibition, le maestro Martial Lalanda est moins léger que sa passe de mariposa, dans ses déclarations :

  • prise de risques pour les futures maternités.
  • résultats artistiques et historiques aléatoires pour le sexe faible.
  • risque de se retrouver nue, pendant la lidia par l’action d’un novillo «desnudador».
  • protocoles médicaux (parte facultativa) verront apparaître des termes anatomiques nouveaux spécifiques aux femmes.
  • en cas de triomphe féminin lors d’un spectacle taurin, risque de jalousie pour les hommes au cartel.

Une synthèse laconique par Don Antonio, journaliste à «El Ruedo» : «c’est être païen de voir une fille blonde dans les cornes d’un toro».

Martial Lalanda avait fait de la péruvienne Conchita Cintron, la déesse blonde, Pierrette Le Bourdiec deviendra rejeonadora en tant que «Princesse de Paris».

Après un long apprentissage équestre chez Mestre Batista et Miguel Vega, elle se présentera en Espagne le 9 septembre 1965 à Moguer (Province de Huelva) avec Rafael Astola et Francisco Rivera «Paquirri», les novillos sont de Jose Maria Soto de la FuenteUn de ses chevaux se nomme Pigalle !

En 1968, elle sera 3ème de l’escalafon des cavalières derrière Antonita Linares et Lolita Muñoz.

Elle sera la première rejoneadora française à se présenter à Las Ventas, le 12 octobre 1969, jour de la fête nationale (Dia de la Hispanidad). (3)

Elle poursuivit sa carrière jusqu’en 1978. Elle se consacra au dressage des chevaux dans la localité de Morata de Tajuña (Madrid). Le 9 juillet 2011, Pierrette quitte brutalement le ruedo de la vie. La Princesse de Paris ne devint jamais « Pedrita de Bretaña ». 

A méditer en ces temps de parité à marche forcée.

Je dédie ce texte à Jean Louis Lopez, dont la voix et l’élégante plume ont accompagné le milieu des toros durant plusieurs décades.

Jacques Lanfranchi «El Kallista»
(
mercredi 2 octobre 2019)

Notes. 

  1. cette photo est à comparer à la célèbre «Par de Pamplona»  au toro «Cigarrito» de Concha Y Sierra par Rodolfo Gaona le 8 juillet 1915.
  2. cette loi s’applique seulement en Espagne.
  3. Sept cavaliers : Francisco Bedoya Hueso «Curro Bedoya», Silvestre Navarro Orantes, Antonio Ignacio Vargas, Fernandez de Estrada, Adelina Muñoz Texeira «Lolita Muno », Rocamora Andreu «Paquita Rocamora», Pierrette Le Bourdiec «Princesse de Paris».  Toros El Pizarral, Pio Halcon, Alonso Moreno, Jaral de la Mira.

Photos : Archives Dumoulin

Bibliographie : 

  • bulletin n°7 CTPR Février 1959
  • El Ruedo N° 912 décembre 1961
  • El Ruedo n°1321 octobre 1969