Nîmes. 13 septembre. Deux oreilles pour Daniel Luque lors d’une intéressante corrida de Margé.

Une corrida de Robert Margé intéressante dès son entame avec des toros de beau trapio, armés à faire frémir, et qui, avec leurs difficultés, ont donné un intérêt certain à cette tarde qui hélas a fini a menos.

Le premier représentant du fer des Monteilles explora le ruedo un bon moment, ne permettant à Curro Diaz que quelques capotazos sur le voyage. Après une première ration de fer prise sans s’employer et en jouant du couvre-chef, le Margé fut remis face à la cavalerie pour un second puyazo sans histoires. Joliment doublé genou fléchi, le bicho fut immédiatement soumis par de belles séries droitières souvent dessinées main basse, le passage sur le bord opposé se faisant avec tout autant de classe, l’ensemble ornementé par quelques savoureuses trincheras et autres trincherillas. Demi-lame delantera un poil latérale pour la conclusion, descabello et à peine un salut, le public un peu froid ne sortant pas les mouchoirs pour une oreille pourtant (à mon avis) méritée.

Le quatrième ne se fixa pas davantage dans le capote avant de faire des aller-retour entre le picador titulaire et le  réserve, subissant un premier puyazo pompé en carioca avant de se faire corriger plus légèrement par la suite. Le linarense le capta ensuite par des doblones autoritaires avant de se lancer dans des séries droitières où le bicho l’avertit à deux reprises en envoyant la corne vers son visage. Face à cet animal compliqué qu’il ne fallait pas douter, Curro Diaz se montra très professionnel et tint la position avant de conclure les débats d’une entière habile complétée par un descabello. Salut.

Daniel Luque accueillit le second par une bonne série de véroniques rématée par une superbe demie, le conduisant ensuite vers le lancier pour une première pique trasera assez courte qui fut doublée par un picotazo très en arrière après une mise en suerte par deux véroniques et une larga d’école. Luis David vint ensuite s’échauffer par deux chicuelinas et une demie. Le Margé mit ensuite le péonage en difficultés, les bâtonnets venant orner l’échine du bicho à l’unité. Brindée à Raphaël Chaubet, la première faena du natif de Gerena débuta sur la corne droite par des séries appuyées où Luque imposa très vite sa loi, signant quelques séries énormes de temple et de domination, la classe en plus, gommant les difficultés de l’animal qui finit par se livrer sur les deux bords, permettant au garçon de finir par circulaires inversées et luquecinas pas gagnées d’avance. Le Margé, qui finit bouche fermée, fut occis d’une quasi-entière un peu tendida et le public se contenta d’un pavillon. J’ai l’habitude de critiquer l’octroi abusif de trophées, là je serais plutôt tenté de dire qu’il en manquait au compteur après ce trasteo de deux oreilles. 

Le quinto fut aussi un toro intéressant que Luque salua par de bonnes véroniques avant de le présenter face au cheval qu’il souleva à deux reprises sans parvenir à le faire chuter. La seconde pique fut remarquablement amenée par un bon picador, El Patilla, et par un bon cheval qui fut manoeuvré de main de maître par le uhlan, le couple sortant sous une ovation méritée et en musique. Hélas, après une bonne première série droitière, le toro se cassa la patte avant droite, puis l’autre dans la foulée. Un bon coup de verdugo mit fin à l’existence de l’animal qui promettait une belle suite et qui fut applaudi à l’arrastre. Le palco choisit de faire sortir le réserve, alors qu’il aurait pu mettre fin à l’épisode, suite à un accident de lidia. C’est bien pour le public, mais alors pourquoi ne pas avoir remplacé ce quinto par un autre Margé pour respecter l’esprit de la course (il y en avait huit aux corrales si je me souviens bien).

Sortit en quinto bis un représentant d’El Torero dont le poids affiché était à mon avis très très optimiste. RAS au capote face à ce petit toro qui fut piqué deux fois à l’économie, puis qui fut toréé comme on torée un carreton dont il avait la façon de charge, le toro moderne bête et servile. Bref Luque nous gratifia d’une belle faena ambidextre, certes très aboutie mais sans la saveur que la présence d’un vrai opposant y aurait apporté. Entière au troisième assaut. Oreille, et nous restâmes avec la sensation de quelqu’un à qui on enlève une assiette de foie gras pour lui apporter une assiette de pâté. C’est bon, mais la saveur n’a rien à voir. Dommage !

Luis David Adame n’a guère convaincu ce jour. Face au troisième, RAS au capote face à un bicho qui freinait dans l’étoffe puis qui prit la fuite en voyant le picador de turno se mettre en place, rendant ensuite visite au réserve qu’il quitta dans la foulée après un picotazo, puis, se ravisant, revenant vers ce picador auquel il fit vider les étriers sur l’impact. Enfin ramené vers le titulaire, il fut piqué à deux reprises, quittant seul le matelas à chaque fois. Second tiers compliqué avec des peons qui clouèrent à la media-vuelta pour esquiver la difficulté. La faena qui suivit vit le mexicain toréer le manso dans sa querencia du toril, signant quelques séries ambidextres de correcte facture à un bicho devenu fade dans l’étoffe. Entière caida hémorragique foudroyante pour se débarasser de ce manso sin casta. Salut.

Le sixième fut reçu près des tablas par une larga afarolada de rodillas suivie de quelques correctes véroniques et d’une revolera. Une première pique beaucoup trop appuyée estropia le Margé qui fut ensuite atteint de problèmes de locomation, trébuchant et s’affalant à plusieurs reprises. Merci à l’assassin de service ! Une seconde ration de fer symbolique compléta ce lamentable premier tiers. Brindée au public (on se demande pourquoi), la seconde faena du mexicain consista à faire tenir debout le Margé qui, au final, fut difficilement expédié ad patres, le garçon échouant avec l’acier avant d’user du descabello sans avoir pu loger une lame. Silence.

Luque, qui pouvait prétendre à une sortie a hombros, refusa et quitta la plaza par ses propres moyens comme ses compagnons. Une course qui finit a menos, mais qui aura maintenu l’attention d’un public semble-t-il pas très au fait de ce qui se jouait en piste. Mais des Margé comme ça, on en redemande !

Reseña et photos : Paco.

Précision : dans ma reseña, je conclus « des Margé comme ça, on en redemande ». Non, les Margé ne sont pas bien sortis, souvent mansos et compliqués, mais voir lidier ce genre de toro par des professionnels capables est digne d’intérêt, et ce fut le cas pour Curro Diaz et Daniel Luque qui se sont sortis de cette affaire en grands professionnels.

https://youtu.be/skZUOk16h4g

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