Carnet de voyage : Feria del Arroz de Calasparra.

Cette année, les vacances en Espagne incluaient (comme il y a deux ans) les trois premières novilladas de la Feria del Arroz de Calasparra.

Calasparra, petite cité de la région de Murcia, qui compte un peu plus de 10 000 habitants, est connue pour sa production de riz, d’où la dénomination de sa feria programmée début septembre. Sa charmante plaza de toros, de 3ème catégorie, inaugurée en 1896, peut recevoir 4200 spectateurs.

Feria de novilladas avec des fers de renom, cette année Puerto de San Lorenzo, Valdellan, Prieto de la Cal, José Escolar, Cuadri et Miura, avec pour les combattre des novilleros figurant dans le haut de l’escalafon.

A Calasparra, l’orchestre qui anime les courses, fait un tour de piste en musique et salue le public avant de rejoindre sa place.

A Calasparra, on aime les novilleros et on les fait saluer à l’issue du paseillo. A Calasparra, quand un garçon a récolté un ou plusieurs trophées, on lui jette quelquefois un coq enrubanné, ce qui donne matière à s’amuser pour lui faire évacuer le ruedo.

Et à Calasparra, à la fin de la lidia du troisième novillo, on fait une petite pause d’un quart d’heure pour se restaurer, histoire d’attendre confortablement la fin de la novillada et l’heure du repas. A Calasparra, on va au toro en famille, toutes générations confondues, et les plus jeunes ne semblent pas traumatisés par le spectacle (comme voudraient le faire croire certains).

Et même le PSOE y fait sa pub !

Bref une placita et une ville où il fait bon vivre, et une petite feria des plus sympathiques, comme les habitants du lieu, et qui mérite d’être connue.


Mardi 3 septembre. Pas grand chose à se mettre sous la dent.

Première tarde de la Feria del Arroz de Calasparra avec des novillos de Puerto de San Lorenzo dotés d’une charpente correcte pour la catégorie de la plaza, souvent coiffés commodes, et très justes de race pour la plupart d’entre eux.

Diego San Roman a l’élégance des toreros d’outre-Atlantique. Il soigne la posture, et c’est souvent élégant quand ça passe, mais ses faenas manquent de construction, le garçon aguantant les charges sans jamais vraiment diriger les opérations. Face au mansote et faible premier, monopiqué, il lia une paire de bonnes séries droitières, se croisa sur quelques naturelles mais l’ensemble, a menos, résulta de note moyenne, la flanelle étant souvent accrochée. Entière contraire latérale au second assaut. Salut au tiers.

Quelques bonnes véroniques saluèrent l’entrée du quatrième qui ne fut lui aussi châtié qu’une seule fois et en arrière. Début par passes cambiadas au centre, la faena ne prit jamais son envol, le jeune mexicain se voyant obligé de garder dans sa muleta un bicho qui voulait rejoindre le toril. Quelques muletazos ambidextres pour aguanter la charge désordonnée d’un animal occis au final d’une demi-lame tendida complétée par deux descabellos. Silence.

Alejandro Mora fut le moins favorisé au sorteo et il resta plus ou moins inédit. RAS au capote face à un second plutôt faiblard qui reçut un puyazo correct après une vuelta de campana. Faena ambidextre dans les tons médiocres mais au final une lame delantera portée en s’engageant avec conviction (taleguilla déchirée au passage) et justifiant à elle seule le salut final.

Le quinto nous valut un premier tiers mémorable, non par le capeo du garçon mais par les fuites du picador qui abandonna par deux fois sa monture en se voyant en difficultés. Le lancier finit par piquer plus ou moins bien le manso dans le terrain du toril. Mora afficha alors un comportement plus guerrier en allant voler des muletazos sur les deux bords en terrain miné.

Juan Mora venu soutenir son neveu.

L’ensemble fut certes décousu et le bicho ne se livra guère, mais vu le nombre de capotazos distribués au premiers tiers, c’était assez normal. Demi-lame verticale au troisième assaut (que la cuadrilla transforma habilement en une entière), descabello. Salut.

La bonne surprise du jour fut la présentation en piquée de Santiago Espla, fils de Juan Antonio et neveu de Luis Francisco dont il a un peu le physique. Certes le garçon est encore vert, mais il y a matière à torero chez lui. Face au troisième il dessina quelques bonnes véroniques et deux demies avant de présenter son adversaire face au picador pour deux rencontres, la première sans châtiment, le uhlan ayant vidé les étriers, mauvaise la seconde en carioca. Quite par chicuelinas et navarras alternées.

Juan Antonio Espla venu soutenir son fiston.

Vint alors le meilleur de la prestation du garçon qui banderilla brillamment par trois fois un bicho qui levait la tête au moment de la rencontre. Hélas ce défaut s’accentua lors de la faena, le Puerto distribuant force derrotes qui désarmèrent souvent le jeune piéton, lequel s’arrima et laissa au final une belle série de naturelles pas gagnée d’avance. Quasi-entière contraire et tendida pour la conclusion. Salut.

Après quelques capotazos et une paire de véroniques correctes, le sixième prit une pique correctement posée mais carioquée, puyazo qui fut doublé de façon très honnête (picador applaudi à sa sortie). La seconde prestation d’Espla aux banderilles fut de moindre niveau, le garçon clouant les deux premières paires à cornes passées. Face à un bicho violent qui chargeait par fusées, et qui se dégonfla au final, quittant le combat, Santiago fut volontaire, mais privé de matière première, il ne put s’exprimer. Entière atravesada et tendida après pinchazo. Silence. Un novillero encore un peu vert mais à revoir !


Mercredi 4 septembre. Oreille pour Hector Gutierrez et El Rafi.

Un lot de Valdellan plutôt décevant, à l’excepté du bon second, et complété par un novillo de Prieto de la Cal (1°) invalide et plus que douteux d’armures comme le furent certains autres.

Antonio Grande hérita de ce remiendo dont il ne put tirer grand chose entre génuflexions et affalements. A peine châtié, ce pauvre utrero passa sa courte vie publique à essayer de charger, mais n’ayant jamais les moyens de ses ambitions. A peine aperçut-on dans la frisaille une paire de véroniques et quelques muletazos approximatifs. Silence après une demi-lame delantera et tendida. Arrastre sifflé.


RAS au capote face au quatrième qui le désarma d’entrée de jeu avant de recevoir un puyazo peu appuyé suivi d’une seconde ration de fer trasera administrée en carioca. Après quelques naturelles dessinées sur le voyage avec le pico, le bicho, borgne semble-t-il, se dégonfla et cessa le combat. Plus rien à en tirer. Quasi-entière en su sitio. Arrastre sifflé et salut pour le piéton qui resta inédit ce jour.

Hector Gutierrez gratifia le public de cinq jolies véroniques et d’une larga au centre avant de présenter son adversaire au lancier pour une longue pique prise en mettant les reins et en poussant la pièce montée jusqu’au centre du ruedo. Quite du jeune mexicain par chicuelinas et demie. Débutée par passes hautes pieds rivés au sol, la faena ambidextre s’étoffa très vite par de bonnes séries droitières, la main se baissant progressivement. A gauche le novillo s’avéra moins commode, se retournant très vite à l’issue des muletazos. Le garçon parvint au final à lui imposer une bonne série de naturelles avant de l’occire d’une bonne entière un poil en avant. Oreille avec pétition de la deuxième.

Face au quinto, Gutierrez se montra à nouveau élégant au capote par véroniques, certaines genou fléchi, et larga. Après une pique correcte prise avec fijeza, le Valdellan fut capté par deux séries de derechazos de bon soin, la seconde rématée par une trinchera de cartel. A gauche, même niveau dans la prestation avec de belles séries de naturelles, dont certaines de face, le natif d’Aguascalientes y ajoutant trincherillas et desprecios de bon goût. Hélas, après trois aidées par le haut, la mise à mort fut laborieuse : demi-lame dans les côtes, entière caida, demi-douzaine de descabellos en piquant vilainement le mufle du Valdellan, puis reprenant la rapière un bajonazo. L’entourage du garçon et le public poussèrent le novillero à un salut qui ne s’imposait pas, vu le final.

El Rafi débuta sa tarde par la lidia d’un Valdellan de petit format, armé (si l’on peut dire) brocho et très court, un utrero indigne de sortir dans une telle feria. Heureusement les qualités du bicho compensèrent l’indigence de la présentation. Après une bonne entrée en matière par véroniques, chicuelinas et demie, le nîmois présenta par deux fois le Valdellan au uhlan de service pour une rencontre où l’animal fléchit et passa sous le cheval, cassant le palo au passage, puis une seconde pique administrée dans les règles. Salut de Morenito d’Arles et David Sanchez pour un bon second tiers. Muleta en mains, Rafi composa une bonne faena ambidextre exempte de la brusquerie qui caractérisait ses trasteos lors des précédentes novilladas où je le vis toréer. Gardant la tête froide, il soigna le geste et conclut sa faena par un estoconazo qui lui valut de promener un pavillon, le public en réclamant en vain un second. Palmitas à l’arrastre.

Le sixième était tout le contraire du troisième. De forte corpulence, armé veleto, astifino, il s’avéra être un adversaire âpre, mansote et plus défensif qu’offensif. Après correctes véroniques et demie, il subit un châtiment très dur, le lancier appuyant très fort sur la pique et pompant. Brindée à Filiberto, natif du lieu, la seconde faena de Rafi fut de correcte facture sur la corne droite, mais manqua de fluidité sur le bord opposé, le Valdellan y accrochant souvent l’étoffe. Au final, face à un bicho a menos, le nîmois ajouta au trasteo ce que le bicho n’y apportait plus. Entière delantera complétée par demi-douzaine de descabellos. Silence.


Jeudi 5 septembre. La seule oreille pour Maxime Solera face à des Prieto de la Cal de peu de caste.

On attendait cette année le retour de Maxime Solera qui avait coupé en 2018 deux oreilles à des novillos de Prieto de la Cal donnant un bon jeu. Si le novillero fosséen a répondu présent, on ne saurait en dire autant des Prieto qui ont affiché un manque de caste flagrant et une présentation hétérogène en-dessous de ce qu’on attendait de la devise, armures fortement douteuses comprises.

Maxime Solera, chef de lidia du jour, avait pourtant la volonté de marcher sur ses traces. Il accueillit ainsi son premier par une larga cambiada afarolada de rodillas a porta gayola, une passe des plus serrées qui fut suivie d’une poignée de véroniques. Après deux piques correctes, Maxime débuta main sur les tablas une faena qui tourna vite court du fait de l’embestida courte d’un Prieo qui se défendait, jouant des cornes et cherchant l’homme derrière le leurre, à droite comme à gauche. Malgré une bonne volonté évidente, le garçon ne put rien tirer du bicho qu’il coucha en deux assauts. Salut.

Le quatrième visita le ruedo avant d’être fixé par le capote de Maxime qui le fit châtier assez durement à deux reprises. Brindée à une aficionada mexicaine, la seconde faena ambidextre fut volontaire et technique face à un utrero qui avait tendance à se serrer sur lui, à gauche surtout. C’est donc à droite que le garçon dessina les séries les plus abouties avant d’en finir d’une entière contraire caida. Oreille.

Daniel Barbero, après quelques véroniques et demie de réception, fit piquer son premier Prieto à deux reprises, la première rencontre rechargée sans mise en suerte comptant double. Quite a minima de Diego Garcia par chicuelina et demie. Débutée par doblones genou fléchi, la faena de Barbero, essentiellement droitière, fut limitée par le peu d’entrega d’un utrero vite éteint. Salut après entière contraire.

Bonne réception du quinto par véroniques et demie avant deux rencontres au cheval, la première en carioca, la seconde venant de loin. Après un quite quelconque de Diego Garcia, le novillero d’Avila signa une seconde faena ambidextre de bonne facture hélas gâchée par l’usage du descabello après une lame correcte. Silence.

Diego Garcia, qui a débuté quelques semaines avant dans la catégorie, est encore très vert pour ce genre d’affrontement et plutôt basto dans son toreo. Après accueil par véroniques, chicuelinas et demie, il fut châtier le troisième à deux reprises, le picador sortant sous les applaudissements après un travail propre. La faena qui suivit se joua dans un registre brouillon, le garçon se montrant très en-dessous des qualités de son opposant, sûrement le meilleur de l’encierro. Beaucoup de muletazos enganchés avant entière caida complétée par une kyrielle de descabellos. Silence.

RAS au capote face au sixième qui prit deux rations de fer, roulant au sol sur l’impact lors de la première rencontre. La faena qui suivit fut des plus médiocres, à droite comme à gauche, face à un utrero qui aurait mérité meilleur sort. Entière correcte au second assaut. Silence.


Résumé des autres novilladas.

Vendredi 6 septembre. Une oreille pour Javier Orozco.

Novillos de José Escolar, de présentation hétérogène et de jeux divers.

  • Juan Carlos Carballo : salut et vuelta.
  • Javier Orozco : oreille et silence.
  • Ignacio Olmos : sifflets et silence.

Samedi 7 septembre. Vuelta pour Cristian Perez.

Novillos de Cuadri, de présentation correcte et compliqués.

  • Carlos Aranda : silence aux deux.
  • Aquilino Girón : sifflets aux deux.
  • Cristian Pérez : vuelta et silence.

Dimanche 8 septembre. Deux vueltas pour José Cabrera.

Novillos de Miura, bien présentés et de jeux divers.

  • José Antonio Lavado : ovation aux deux.
  • José Cabrera : vuelta aux deux.
  • Fran Ferrer : silence aux deux.

Les prix de la Feria del Arroz.

  • Trophée Espiga de Oro : desierto ( à l’unanimité).
  • Meilleure pique : José María Tafalla “Remache”, de la cuadrilla de Santiago Esplá (au 6ème toro de Puerto de San Lorenzo).
  • Meilleur quite face au danger : José Luis López “Triviño” (au 3ème novillo de José Escolar).
  • Meilleure paire de banderilles : Rafael González, de la cuadrilla de Alejandro Mora (1er novillo de Puerto de San Lorenzo).
  • Meilleure estocade : El Rafi (3ème toro de Valdellan).
  • Meilleur novillo : Carburito, n° 4, de Valdellán, lidié par Héctor Gutiérrez (5ème de la tarde).
  • Meilleure novillada : José Escolar.
  • Détail pour le souvenir : JuanCantos, monosabio de la cuadra de caballos de El Pimpi, pour sa prestation au 3ème novillo de Puerto de San Lorenzo.