Dax. 8 septembre (tarde). Un final en cinq oreilles, Perera et Luque en triomphe.

Belle entrée aux arènes, soleil et fraîcheur en fin de course, deux heures trente de spectacle.

Six toros de Luis Algarra de 554 à 510 kilos, tous deux piques prises avec une certaine bravoure. Tous toréables à la muleta, les trois derniers supérieur en classe et en intérêt.

  • Miguel Angel Perera (blanc et argent), au premier, deux pinchazos, une demi-lame, cinq descabellos, avis, silence ; au quatrième une entière, deux oreilles.
  • Daniel Luque (moutarde et azabache) au deuxième, deux pinchazos, une entière, silence ; au cinquième, un pinchazo et une entière, deux oreilles.
  • Pablo Aguado (bleu marine foncé et or) au troisième, une entière, trois descabellos, silence ; au dernier, trois-quart de lame, une oreille.

On s’ennuyait fermement et on ne comprenait pas pourquoi avec, des Luis Algarra, trois figuras du toreo ne pouvaient faire mieux. Et soudain apparut «Inventor», superbe toro de 546 kilos qui rapidement se mit à jouer avec Miguel Angel Perera. Avec ce quatrième toro, la course était lancée… et suivit Luque avec deux nouvelles oreilles et Pablo Aguado qui dut se contenter d’un seul pavillon. Le dernière heure de la course fut passionnante.

Miguel Angel Perera après avoir partagé son ennui avec le public à son premier toro, sentit soudainement le doigt du destin. Après un bon moment à la cape, il s’engagea à la muleta comme pour se divertir sur la main gauche. Puis redevenant sérieux, il  cita de loin son adversaire et chaque fois l’entraîna dans de longues séries qu’il dessina sur un tout petit terrain. Il décida de faire monter la pression d’un cran et c’est avec des naturelles, qu’il inventa pieds joints, qu’il poursuivit sa démonstration. A chacune de ses passes le corps était relâché, prolongé par la muleta qui bougeait à peine mais captivait le Luis Algarra. Perera avait trouvé son grand moment. Il n’hésita pas pour estoquer. Le toro se coucha, le public éclata en applaudissements. Peut-être la meilleure faena de la temporada dacquoise.

Daniel Luque, qui s’était, lui aussi, copieusement ennuyé avec son premier adversaire, fut piqué au vif par cette réussite. Il voulait demeurer le grand Luque de Bayonne. Il y parvint parce que son toro avait une certaine classe et il ne se priva pas de terminer de petites séries à droite par de spectaculaires pechos. Mais chaque passe qui naissait des plis de sa muleta  était frappé du sceau de la grâce et de la lenteur. Quelques trincheras très sévillanes ponctuaient ces compositions. Il fit monter la pression d’un cran supplémentaire, pour le final, en jetant son épée, et dès lors en faisant virevolter le chiffon rouge d’une main sur l’autre avec beaucoup de classe et d’inventivité. On se rapprochait des rives du Guadalquivir. Comment lui refuser deux oreilles, à lui aussi, malgré sa petite hésitation à la mort ?

Pablo Aguado a suivi le registre de ses deux aînés. Rien à dire de sa première sortie. Il se retrouvait avec le dernier Luis Algarra, en commençant par lui offrir de fastueuses et lentes véroniques… Comme si le temps s’arrêtait soudainement. Lorsqu’il prit la muleta, il se rangea là aussi dans le royaume de la lenteur. A droite il s’offrit un luxe de trinchera à la sévillane avec chaque fois un corps relâché, détendu, comme pour narguer son adversaire qui déployait toute sa fureur. A gauche on sentait que le garçon se faisait plaisir. Il nous offrit un grand moment de tauromachie. Mais il y eut moins de rigueur dans sa faena aussi, et malgré une belle mise à mort, il n’obtint qu’un pavillon.

Mais quel final de la temporada dacquoise ! Un corrida qui restera longtemps dans la mémoire des aficionados.

Reseña et photos : Jean-Michel Dussol.
Diaporama : Jean-Pierre Souchon.