Dax. 18 août (tarde). Ginés Marin triomphe devant de bons Santiago Domecq.

Cinquième et dernière corrida de feria, arènes pratiquement combles, temps couvert, température agréable, deux heures vingt-cinq de spectacle.

Six toros de Santiago Domecq bien présentés et bien armés, de 520 à 505 kilos, tous deux piques prises avec une  belle bravoure. Vuelta pour le dernier. Tous compliqués, même dangereux à la muleta. La moindre erreur était interdite. 

  • Juan Ortega (vert et azabache) : au premier, une entière, palmitas ; au quatrième, un pinchazo, un quart de lame, avis, silence.
  • Alvaro Lorenzo (rouge et or) : au deuxième, une entière, une oreille ; au cinquième, quatre pinchazos, une demi-lame, trois descabellos, avis, silence.
  • Ginés Marín (rouge et argent) : au troisième, un pinchazo et une entière, silence ; au dernier, une entière, deux oreilles, vuelta au toro et sortie en triomphe.

Parlons clairement ! «Hablaclaro», c’était un grand toro, et Ginès Marin, un immense torero. Le couple parfait qu’il fallait pour terminer la feria et lui donner un immense point d’orgue. Cet « Hablaclaro » on l’attendait depuis la première corrida. Mais, aficionados de peu de foi, il fallait patienter, et vous voilà récompensés. Certes en prenant la muleta pour ce dernier combat, Ginès Marín avait un air de conquérant, mais de là à penser…

Ginès Marín, en effet, attaquait de façon spectaculaire en citant d’assez loin ce toro qui parlait peut-être clair mais qui ne tolérait pas la moindre erreur. Il avisait aussitôt. Mais le torero, très clair dans sa tête et ses gestes, poursuivit avec deux ou trois cites de plus, puis ouvrit une longue série sur la main droite avec une muleta qui caressait le sable. Il entraînait «Hablaclaro» dans des ronds complets, une faena qu’il entrecoupait de quelques trincheras afin de changer le rythme ou prendre une autre main. A gauche il fut particulièrement convainquant en toréant sur un rythme particulier,  une sorte de sorcellerie taurine qui enflammait les gradins, et à chaque mouvement grandissait le toro et le torero. On aurait voulu ces moments éternels. Mais le rêve se brisa sur un magistral coup d’épée. Au palco le président Lanati n’hésita pas un instant pour sortir trois mouchoirs, deux blancs et un bleu. Dax avait trouvé les triomphateurs de sa feria. L’afición explosait de joie. Avec son premier adversaire Ginés Marín avait tenté d’imposer ce rythme, mais l’animal était un dur à cuire. Il n’a jamais permis d’insuffler un rythme agréable à ces moments… Mais en fait ce n’était pas un toro mais un triste spadassin.

Juan Ortega avait ouvert l’après-midi avec un intéressant tercio de cape. Il parvint à la muleta à dessiner quelques belles séries à droite. Mais cela ne dura pas. Il fut avisé. Il tenta la main gauche, ce fut pire encore, et dès lors, le torero sera constamment en difficulté et reculera à chaque passe, terminant dans un cafouillage total. Malgré de splendides et très efficaces passes de châtiment, pour affronter son second adversaire, Juan Ortega ne trouvera jamais le bon sitio. Il servira quelques muletazos sur le voyage et se mettra souvent à reculer. Toutefois sur la fin il trouvera une certaine sérénité.

Alvaro Lorenzo, excellent capeador, parviendra à signer de très belles séries à droite, obligeant le toro à humilier après chaque cite. Tout naturellement il s’impose et peut offrir un ensemble agréable qui séduira le public au moment des récompenses. Il fut loin d’être désagréable à sa seconde sortie. Mais sa mise à mort catastrophique le privera de tout espoir.

Par contre les trois toreros ont pu mesurer toute la difficulté qu’il y a d’affronter des Santiago Domecq. Toros agressifs, dangereux, revenant sans cesse sur la muleta, ne laissant jamais de répit à l’homme. Ajoutons à cela la présentation… Ce fut un grand lot de toros qui a terminé la Feria de Dax.

Reseña et photos : Jean-Michel Dussol.
Diaporama : Jean-Pierre Souchon.