Béziers. 18 août (tarde). Triomphe de Juan Leal. Superbe encierro de Pedraza de Yeltes.

La dernière corrida de la Feria 2019 de Béziers a vu passer un superbe encierro de Pedraza de Yeltes, des toros comme on aimerait en voir plus souvent de nos jours.

Carrosserie et moteur étaient au rendez- vous pour une après-midi intense où on ne s’ennuya jamais. Le mano a mano entre Octavio Chacon et Juan Leal a tenu ses promesses avec une opposition de style, le premier un guerrier forgé à la dure école des corridas de pueblo de la Vallée du Tiétar, le second jeune coq qui revendique une place en affrontant toute sorte de cornus, souvent issus des ganaderias que bien d’autres prennent grand soin d’éviter. Bref, deux gladiateurs, confrontés dans l’arène à des fauves de Pedraza de Yeltes lourds ( de 585 à 640 kg) et armés à faire peur, et qui ont relevé le défi avec panache. 

Avec Chacon, on eut droit à un toreo mesuré, appliqué, classique et efficace, un toreo stratégique visant à la domination et quelquefois à la sauvegarde physique. Avec Leal, c’est tout autre chose, une tauromachie au feeling, qui peut tout aussi bien puiser ses sources dans le toreo classique que dans le baroque, une tauromachie imprévisible qui part souvent dans tous les sens. Le vieux sage contre le chien fou ! Pour l’un comme pour l’autre, ça fonctionne, même si pour Chacon la temporada est assez inégale en la matière. Peut-être l’usure des durs combats menés jusqu’alors commence-t-elle à se faire sentir ?

Bien capté par le capote autoritaire d’Octavio Chacon, le premier Pedraza partit de loin pour une première rencontre doublée à l’identique et déclenchant la musique, Tito Sandoval sortant sous l’ovation pour ce premier tiers savamment mené. Muleta en mains, pour aguanter la noblesse brute, le gaditano a des arguments, telles ces trois séries de derechazos puissants montrant au fauve qui est le maître. A gauche ça passe, mais avec plus de réticence, même si les naturelles sont techniquement abouties. Le retour à droite, tout aussi puissant, s’achève par une série de manoletinas. Et sur les gradins fusent les premières demandes d’indulto, mais Chacon n’y croit pas et les choses en restent là. Y avait-il matière à indulto ? Pour cela il aurait peut-être fallu présenter le toro au cheval une fois de plus, puis prolonger un peu la faena. Ne pas confondre comme on le fait trop souvent de nos jours un bon toro et un toro « indultable ». Et donc une conclusion par une demi-lame complétée par l’usage du descabello. Vuelta pour les deux opposants.

Quelques véroniques isolées saluèrent l’entrée du troisième qui renversa le cheval lors de la première rencontre, le picador continuant sa besogne malgré le cheval au sol. Le second puyazo fut administré en carioca. Quite de Juan Leal par saltilleras et revolera suivi d’une réponse de Chacon par tafalleras et demie. Brindée aux étagères, la seconde faena ambidextre de Chacon fut de moindre intensité, le Pedraza y déployant moins de fond et se serrant sur le piéton au final. Une entière delantera et caida mit fin à la vie publique de « Renacuero ». Vuelta.

RAS au capote face au quinto qui prit une correcte ration de fer en poussant la monture avant de revenir dans le peto pour un picotazo. Brindée à Robert Margé, la troisième faena du gaditano, débutée sur la corne droite en donnant du champ au bicho, fut de bonne facture, le garçon alternant les deux bords avant de réduire la distance pour des séries ambidextres remarquables de maîtrise. Entière delantera pour la conclusion et oreille au mérite, un mérite affiché tout au long de la tarde.

Le premier adversaire de Juan Leal, un camion de 640 kg, commença par couper le terrain. L’arlésien, un peu débordé d’entrée de jeu, prit les extérieurs pour ne pas se faire enfermer, et gagna le centre. La première rencontre fut longue et violente, et à la seconde le picador apeuré abandonna la monture à son sort sous les sifflets du public. Fort heureusement les monosabios veillaient au grain et tout rentra dans l’ordre (à noter que chevaux et personnels furent professionnels, chacun dans son rôle). Remis en selle, le lancier sortit sous la bronca. Débutant par une passe cambiada, l’arlésien fut obligé de rompre avant de revenir au combat, aguantant ensuite les charges sournoises d’un bicho cherchant l’homme derrière le leurre. Impossible à droite, Juan Leal parvient à lui voler quelques naturelles de bonne facture et des circulaires inversées avant de s’en défaire d’une lame horizontale et latérale portée en s’engageant. Salut.

Après quelques véroniques au tracé approximatif, puis une pique prise en cabeceant, le quatrième Pedraza revint dans le matelas sans y subir de châtiment. Brindée au public, la seconde faena du français débute par un désarmé alors que le garçon à genou au centre esquissait un derechazo. Peu importe, Juan poursuivit par une passe cambiada de rodillas qui sera suivi de conq derechazos et d’un pecho toujours dans la même position.Suivront deux séries sur la main droite en courant la main, compas ouvert. Le passage à gauche sera moins abouti et donc réduit à sa plus simple expression. Retour à droite mais en version brouillon avec un final encimista torchonné. Les bernadinas finales rattrapent un peu le coup et l’engagement à l’épée fait le reste. La fougue et le courage déployés vaudront une oreille que le public aurait voulu doublée, une pétition que le palco refusa de valider. Bronca à l’autorité et deux vueltas.

RAS au capote face au dernier toro de la feria qui poussera ensuite sur deux piques. Brindée au chanteur du désormais traditionnel « Se Canto » entonné à la fin du cinquième toro, la dernière faena de Juan Leal, débutée sur la main droite, fut d’inégale intensité, avant passage à gauche de moindre valeur, l’ensemble s’affichant plus tremendista qu’artistique mais portant sur le public. Le frisson finit par payer, malgré un chapelet de circulaires inversées pas toujours du meilleur goût. Entière delantera et caida en se jetant une nouvelle fois sur le bicho et tombent les deux oreilles convoitées. On aime, ou pas (personnellement ce n’est pas ma tasse de thé) mais ça porte indiscutablement sur le public. Vuelta avec José Ignacio Sanchez, représentant de la ganaderia.

Puerta Grande pour Juan Leal qui a su faire passer l’émotion dans les gradins et s’achever la Feria sur une bonne note. On y associera le grand lot de Pedraza. Si ça peut inciter les gens à revenir, c’est déjà ça de gagné !

Prix au meilleur picador (Peña Emilio Oliva) pour Tito Sandoval.

Reseña et photos : Paco.
VIdéo : feria TV