Paradoxe.

Terme qui désigne une idée surprenante voire choquante.

Dès sa présentation à Arles par le Maestro Sébastien Castella et la direction des arènes des Saintes Maries de la Mer, le concept de Corrida Provençale fut appréhendé paradoxal.

Alternative aux corridas picassiennes (en hommage à Picasso) de Malaga, ou Goyesque d’Arles, Bayonne, Dax, Ronda…

Un hommage particulier sera rendu à la culture provençale et camarguaise.

De prime abord, le port du costume de gardian par les toreros souleva l’ire de quelques «reboussié» (1) arlésiens et nîmois. Dans cette expression se mêlaient colère, crime de lèse-majesté, manque de respect, etc..

Le 1er mai 1968 (révolutionnaire de fait), la 6ème Reine d’Arles, Mme Françoise Calais (épouse de Robert Margé), fut élue le matin et torea à cheval dans l’amphithéâtre rhodanien l’après midi, en tenue gardiane (2). Elle était présente ce samedi 10 août dans les arènes saintoises.

Le traje corto utilisé lors des festivals taurins, est-il une injure aux mayorales qui le portent aussi ? De même la tenue des Forcados est celle des campinhos portugais, est-elle un outrage pour ces derniers ?

Je ne pratique plus la relation des courses (reseñas), je laisse cet exercice aux journalistes entendus (revisteros).

Quelques notes d’ambiance :

  • Qu’importe les quelques minutes de retard au paseo, qu’on attribua bien sûr au Maestro Castella dans certains sites !
  • Il est vrai que le toro d’Aimé  Gallon n’a reçu qu’une pique ( la monopique n’est pas l’apanage de la seule plaza saintoise ! ). 
  • Quel beau symbole craven que les deux oreilles symboliques de «Destocado» remplacées par des éventails d’arlésienne, lors de la vuelta avec les Gallon Brothers.

Trois toreros de l’Hexagone, six élevages français, un quasi-plein des arènes. Belle vitrine que n’aurait jamais imaginé les fondateurs du syndicat des ganaderos français en 1962.

Un callejon où se décline la toreria française d’hier (Alain Montcouquiol), d’aujourd’hui et de demain ,Tibo Garcia (futur torero d’alternative), dynasties Leal et Romero (première et deuxième générations).

La première (génération) avait connu dans ce même ruedo une célèbre espontaneada (3), la seconde fit une belle prestation dans la brega.

Sébastien Castella serein et «a gusto», Thomas Joubert, fulgurances et scories, Juan Leal, le guerrier patent !

La prestation et la présentation du bétail français furent d’excellente qualité. Quelques aficionados toristas ont parlé d’arènes de plage. Géographiquement, on pourrait faire au pied du Mont Blanc des spectacles et les qualifier d’arènes de montagne, voire de Maestros d’opérettes ! 

Le lendemain Sébastien Castella affrontait en mano a mano à Huesca une course d’Adolfo Martin. Il sortit sur les épaules avec Emilio de Justo !

On aurait pu conclure «les chiens aboient, la caravane passe».

Restons dans la note provençale, laissons les « roumegaires » rouméguer. (4)

Apostille : magnifique scénographie avant le paseo à la charge de l’artiste Goro, originaire de Lunel.

Belle après midi militante pour la cause taurine 

Jacques Lanfranchi «El Kallista»
(13 aout 2019)

  1. reboussiè : littéralement à rebours , toujours contre.
  2. le Marquis de Baroncelli Javon, que l’on nomme «l’inventeur de la Camargue», codifia le costume de gardian, descendant d’une famille florentine (Florence Italie).
  3. Pour la réunion annuelle des clubs taurins Paul Ricard aux Saintes Maries de la Mer le 3 juin 1984, le cartel proposé aux trois espoirs novilleriles de l’école taurine de Madrid : Joselito, El Fundi et El Bote, toros de Cobaleda, inspira la colère fondée de la toreria française. 
  1. rouméguer est un terme utilisé essentiellement en Occitanie et signifiant « ronchonner« .

Photos

  • 1 : concept affiche Claude Viallat.
  • 2 : photo Patrick Colleoni.
  • 3 : aquarelle Yves Brayer (1907-1990)