Andaluz met en lumière ses costumes.

J’ai connu Amor lorsqu’il était novillero, autant vous dire que cela ne date pas d’hier…. mais qu’importe !

Nous avons même fait le paséo ensemble notamment à Pont Saint Esprit et dans d’autres placitas en vogue à l’époque, nous permettant de satisfaire notre aficion.

Amor Antunez, de son vrai nom, est né à Nîmes de parents andalous du côté de son père, sa mère était de Zaragoza.

Pour pouvoir toréer, il a commencé à retailler certains costumes puis à fabriquer les siens. C’était avant tout une nécessité financière. Curieux de nature, il a toujours aimé savoir comment fonctionne ceci ou cela, n’hésitant pas à démonter pour comprendre. Plus tard, il se paiera le luxe de se présenter à la Sastreria Fermin, à Madrid, en osant se faire passer pour un étudiant  préparant sa thèse afin de recueillir le maximum d’informations du célèbre tailleur. Il fera même les poubelles de la grande maison en quête d’un bout de tissu, trésor on ne peut plus estimable pour ce « touche à tout » ambitieux.

A cette époque, les novilleros se prêtaient les costumes mais quelques retouches étaient nécessaires. Andaluz prenait l’aiguille et en avant. Lorsqu’il confectionna ses premières œuvres, afin de multiplier sa panoplie, il les teignait. Cela lui permettait d’afficher une belle garde robe. Cela se passait dans la baignoire familiale, au grand dam de sa mère. Un costume bleu pâle prenait des tons turquoises, un rose pouvait aller jusqu’au violet. Par contre, lorsqu’il atteignait le noir, cette dernière était définitive.

Dieu sait s’il en a démonté des costumes, pièce par pièce, pour comprendre. Un jour, il s’est fait un costume jaune citron qu’il a brodé de fleurs noires, certainement par goût de la provocation. Doit-on rappeler que cette couleur est maudite par la profession et que, par conséquent, les autres novilleros se tenaient loin de lui ? Ce costume « porte malheur » il le porta aux côtés de Chibanga et de Roberto Piles. Pour la petite histoire, il faut savoir que pour Dominguin, c’est le violet qui faisait l’objet de superstition. Certainement à cause d’une blessure ou d’un échec cuisant avec tel ou tel costume, et ce dernier n’est plus porté…

A présent, à la retraite, Andaluz consacre son temps à sa passion afin d’aider la jeune génération à laquelle il n’hésite pas à offrir son travail. Mais il faut faire preuve de patience car ce ne sont pas moins de deux mois de labeur à raison de dix heures par jour. Quand on aime, on ne compte pas…

En 2018, il a réalisé le costume de Rafi pour sa présentation à Nîmes. Bleu marine avec dans le dos le symbolique crocodile cher à la cité d’Auguste. Il est fort probable que ce costume aille, tôt ou tard, rejoindre les collections du Musée des Cultures Taurines. L’histoire nous le dira. 

Andaluz a aussi réalisé le costume gris de Tibo Garcia ainsi que celui de Thomas Dufau pour son mano à mano avec Juan Bautista en 2016.

Il n’est pas rare non plus que les toreros rapportent leur costume déchiré au couturier après avoir été bousculés ou sérieusement accrochés par un toro. Si l’accroc est important, il faut refaire la partie déchirée.

Tout autant d’attention et de travail méticuleux sont nécessaires pour la cape de paséo. Le torero choisit une couleur en accord avec celle de son costume et des broderies  importantes rehaussent la beauté de l’ensemble.

Andaluz fait aussi des costumes de picador et des trajes cortos…

Il fut novillero de 1970 à 1978 à l’époque de Christian « Nimeño II ». Il est passé ensuite à l’argent de 1979 à 2009 et a été le banderillero de Richard Millan pendant 22 ans. 

Jugeant qu’il manquait quelque chose à l’aboutissement de sa carrière, il décida de prendre l’alternative à l’âge de 50 ans le 6 juin 2004 à Mauguio avec pour parrain Julio Aparicio et pour témoin Swan Soto. Les toros étaient de la ganaderia Sampedro.

Jamais Andaluz ne s’éloigna des toros. De multiples manières il n’a de cesse de cultiver son aficion…

Freddy Porte.
(30 juillet 2019)

Photos : Martine Clément et collection privée Andaluz.   

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