Orthez. 28 juillet (tarde). Les très dures réalités des Prieto de la Cal… six silences.

Fort belle entrée, proche du lleno, soleil, rares nuages, un légère brise, température chaude mais agréable, deux heures trente de spectacle.

Six toros de Prieto de la Cal, remarquablement présentés dans le type de l’élevage, tous jaboneros, bien armés mais sans excès. Tous trois piques à l’exception du troisième, deux châtiments. Ils ont été durs sous le fer, un seul, le quatrième est sorti seul à deux reprises. Par contre très compliqués à la muleta avec de violentes tendances assassines. Souvent intoréables pour ceux qui n’ont pas été initiés à cette caste.

  • Alberto Lamelas (bleu ciel et or) : au premier, une entière basse, silence ; au quatrième, une entière basse, silence.
  • Jésus Enrique Colombo (bleu foncé et or) : au deuxième, un pinchazo, une demi-lame, deux descabellos, avis, silence ; au cinquième, trois pinchazos, une demi-lame, silence.
  • Angel Sanchez (bleu ciel et or) : au troisième, trois pinchazos, une entière, silence ; au dernier, une entière, silence.

Apostille.

  • Jesus Manuel Vicente Garcia, de la cuadrilla d’Angel Sanchez a reçu le prix du meilleur picador de l’après-midi.
  • Ivan Garcia, toujours de la cuadrilla de Angel Sanchez a reçu le prix du meilleur peon de brega.

Durs… durs les Prieto de la Cal, toujours aussi compliqués et dangereux, mais peut-être moins brillants, moins mobiles et agressifs comme il y a une vingtaine d’années, peut-être une caste un peu vieillissante et sûrement moins présente. Dimanche à Orthez, à leur entrée en piste, ils ont ravi et emballé les aficionados… mais au fil et à mesure du combat, l’enthousiasme est un peu retombé, souvent même jusqu’à disparaître pour en finir avec six silences au terme de la course. On en vient alors à se poser la question : reste-t-il encore des matadors, et surtout des cuadrillas, pour toréer ces derniers vestiges de la grande caste du toro de combat ?

Alberto Lamelas est un courageux habitué à ce genre de rencontre, mais pas avec des Prieto. Aussi on l’a souvent vu débordé, à la cape pour sa première sortie avec un «Castañero» qui s’était cassé la corne sur le burladero. Sa faena ne fut qu’une suite de demi-passes, où il se jouait la vie sans efficacité, imposant çà et là des desplantes pas toujours de très bon goût. Il se racheta ensuite à la cape mais cafouilla très vite muleta en mains. Quelques fuite éperdues et il abrègera rapidement. Disons à sa décharge qu’il n’a guère été aidé par le niveau technique de sa cuadrilla.

Jesus Enrique Colombo est un excellent banderillero. Ce talent lui aura permis de se sauver du naufrage général, posant ses six paires chaque fois dans le berceau des cornes des Prieto. Avec son premier, il signe quelques bons muletazos sur la droite suivis par d’intéressantes naturelles. Par contre le toro n’a qu’une envie à chaque passe, accrocher la muleta ou l’homme, les coups de têtes se multiplient. Après que son second ait sauté dans le callejon, c’est un véritable vent de panique qui s’empare de sa cuadrilla. Cela va de la pagaille complète au total désordre… Et pour lui aussi, brillant fut-il aux banderilles, il se montre aussi pitoyable en chiffonnant et torchonnant de la muleta devant les cornes.

Angel Sanchez sera le seul à trouver, dans cette matière brute, sujet à une grande série sur les deux mains, un moment qui déclenchera la seule musique de l’après-midi. Mais ce ne sera qu’un bref instant et il recommencera très vite ses reculades devant le Prieto. Il atteindra le pire du renoncement avec le dernier toro qu’il liquidera rapidement.

Au soir de cette corrida, si l’on a vu des picadors assassiner des toros, on sait d’où venaient les ordres, mais pourquoi pas une seule passe de châtiment, pourquoi pas une seule tentative de casser le toro avec une muleta très basse ? C’est peut-être là l’un des fondamentaux de la domination d’un toro.

Reseña et photos : Jean-Michel Dussol.
Diaporama : Romain Tastet.