Mont-de-Marsan. 19 juillet. Le triomphe d’Alberto Lopez Simon et les beaux gestes de Pablo Aguado.

Troisième corrida de feria, arènes combles, grand soleil et forte chaleur, à peine un fond de brise d’ouest, deux heures vingt de corrida.

Six toros de Fuente Ymbro, bien présentés, bien armés, tous deux piques, la première toujours prise avec force et bravoure. Le deuxième, « Pijotero », récompensé d’une vuelta posthume. A la muleta, toréables, avec parfois un fond de noblesse. 

  • Miguel Angel Perera (vert bouteille et or) : au premier, une entière, avis, une oreille ; au quatrième, un pinchazo, une entière, avis, silence.
  • Alberto Lopez Simon (noir et or) : au deuxième, trois-quarts de lame, deux oreilles et vuelta au toro ; au cinquième, une entière, une oreille.
  • Pablo Aguado (bordeaux et or) : au troisième, trois pinchazos, un quart de lame, salut ; au dernier, une entière et deux descabellos, silence.

Bon sang ne saurait mentir ! C’est ce que l’on peut affirmer après voir vu dans les arènes du Plumaçon, «Pijotero», dont le père est le célèbre «Jazmin», indulté sur ce même sable en 2012 par Matias Tejela.

Alberto Lopez Simon lui a présenté une muleta dans laquelle il  n’a cessé de charger et de répéter les passes. Lopez Simon, qui s’est montré sous les traits d’un gladiateur intraitable, bien décidé à ne pas perdre son combat. Dès la cape il ne s’est pas laissé impressionner et a fait face sans jamais baisser la garde. Muleta en main, il part au centre de l’arène, se met à genoux et cite le toro pour une série de cinq muletazos de valeur. Il se relève pour deux ou trois naturelles et dès lors il maîtrise l’animal, avec une muleta très basse qui court lentement sur le sable. Il asphyxie quasiment son adversaire. Il multiplie les séries sur les deux mains, toutefois sans trop faire durer. Il se sait porté par le public lorsqu’il va chercher l’épée, c’est rapide et propre. La grande porte est ouverte, mais d’abord vuela à « Pijotero ». La seconde sortie n’aura pas le même rythme et la même alegria. Ici le danger du Fuente Ymbro, c’est la façon dont il secoue la tête et joue des cornes. Sur une naturelle, Lopez Simon, accroché au niveau de la cuisse, est envoyé durement au sol. Il repart avec courage au combat, décidé à laisser l’impression d’un gagneur. Là aussi il ne sortira qu’une fois la rapière. Le succès était au rendez-vous.

Miguel Angel Perera a ouvert la course avec un excellent tercio de cape ponctué par quatre grandes véroniques. Il brindera sa faena au public et attaque un toro compliqué qui joue vilainement de la tête et des cornes. Sur une naturelle, il sera violemment touché au bras, contraint de s’arrêter quelques instants. Il construit, parfois laborieusement, série après série, une faena intéressante. Il terminera d’un grand coup d’épée. Son dernier adversaire manquait nettement de nerf et il dut se contenter d’une faena, doucereuse, sans la moindre émotion, malgré l’agitation des dernières passes. 

Pablo Aguado aura laissé une belle saveur dans la bouche des aficionados, une tauromachie très artistique, quelques sortilèges andalous et des manières que l’on ne trouve qu’à Séville. Après un beau final de son tercio de cape, il attaque sa faena, finement, dans le registre de la douceur. Sa muleta hésite souvent entre la trinchera ou la naturelle suave. Une tauromachie toute en finesse. Une faena qui va d’une main sur l’autre, dessinée avec un corps relâché et sur le visage le sourire du bonheur. Un vrai artiste qui, malheureusement, ne saura pas conclure. Pour terminer les choses seront plus difficiles avec un animal de plus de cinq ans, auquel il devra arracher les passes une à une. Un animal d’une rare violence, mais il fera face avec courage. Là aussi triste final… mais Pablo Aguado a montré ses grande qualités d’artiste.

Reseña et photos : Jean-Michel Dussol.
Diaporama : Romain Tastet.