Céret. 14 juillet (tarde). L’essence même de la corrida.

Une vraie tarde de toros que nous ont fait vivre les Saltillo en cette dernière corrida de l’édition 2019 de Céret de Toros.

N’en déplaise aux toreristas qui cautionnent le jeu des figuras consistant à se mettre devant des ersatz de toros qui ne sont que des faire-valoir de par leur présentation et la complaisance de leur comportement, nous sommes allés ce dimanche à Céret désaltérer notre aficion aux sources de la Fiesta. 

En piste, de véritables toros qui ont vendu chèrement leur peau, des combattants aux jarrets d’acier et au caractère bien trempé qui ont été les protagonistes majeurs d’une corrida qui justifie la passion qu’on lui porte. Loin des paillettes et des dorures, le ruedo fut un champ de bataille dont sortent grandis ceux qui acceptent le contrat et relèvent le défi. Et même s’ils ne sont pas à la hauteur des espérances des aficionados, le seul fait de leur présence mérite le respect.

Et donc je ne brûlerai pas celui que j’ai aimé, Fernando Robleño, qui nous a donné de bien belles tardes par le passé et dont on peut comprendre que les combats qu’il mène au quotidien l’aient usé. Ceci dit, personne ne l’a forcé à venir et le fait de signer son contrat l’engageait au moins à tenir son rôle de chef de lidia, ce qu’il ne fit pas. Il avait pourtant engagé son premier combat par de bonnes véroniques, menant son opposant vers le centre pour l’y fixer par une demie. Deux rations de fer plus tard, le madrilène brindait au public une faena ambidextre où il développait un toreo prudent, fuera de cacho et souvent livré avec le pico, ce qui indisposa nombre d’aficionados qui le lui firent savoir. Vexé, le garçon prit l’épée de mort et occit ce premier Saltillo d’une lame entière portée au troisième assaut. Salut.

Le quatrième, après réception quelconque, fut mal piqué en trois rencontres pompées et carioquées. Sortie du picador sous les sifflets. Panique au second tiers avec banderilles posées à une main et à la media vuelta. Seconde faena identique à la première, sans engagement, avec un Robleño qui fit des passes mais sans jamais vraiment toréer de verdad. Demi-lame pour la conclusion et un bicho encore vif qui compliqua le travail du puntillero, lequel fut hué lorsqu’il tenta d’achever lâchement l’animal par derrière. Bronca. Je doute qu’on revoit Robleño à Céret lors des prochaines éditions de la feria. 

Javier Cortes a assuré son poste lors de son premier passage mais il a séché lors du second. Et s’il veut assurer sa place, il ferait bien de changer sa cuadrilla qui fut ce jour, comme celle de Robleño, en-dessous de tout. Celle de Gomez del Pilar leur montra ce qu’était le pundonor en piste. Face au second, Javier débuta par un bel enchainement véroniques-demie-revolera avant de confier son adversaire aux bons soins du lancier de service qui ne brilla guère los des trois rencontres. Sifflets. Panique au second tiers avec bâtonnets posés un à un à la media vuelta et sifflets également pour les banderilleros. Le madrilène tenta courageusement d’aguanter les charges désordonnées de ce second Saltillo, mais la tâche était compliquée, voire impossible. Pinchazo hondo pour essayer d’en finir et une lame que les banderilleros essayèrent d’enfoncer en passant avec le capote. Cortes reprit l’épée pour loger ensuite une entière tendida suffisante. Salut.

Le quinto mesura les planches à sa sortie mais il n’alla pas jusqu’à les franchir. Ce cinquième Saltillo mit tout d’abord le torero de Getafe en échec avec le capote, l’obligeant à rompre avant d’être durement châtié par le varilarguero de service (première ration de fer trasera et repositionnée à deux reprises, seconde et troisième tout autant en arrière et pompées. Sortie du picador sous les huées du public. Nouvelle panique de la cuadrilla au second tiers puis une faena ambidextre où le madrilène tenta vainement de faire baisser la tête à son opposant. On en retiendra quelques naturelles aidées acceptables. Entière desprendida en quatre assauts. Silence.

Gomez del Pilar fut l’homme de la course. Il salua ainsi le troisième par quelques bonnes séries et deux demies avant de le confier à Tito Sandoval qui, bon professionnel doublé d’un bon cavalier, assura le seul premier tiers de correcte facture de cette tarde. Trois bons puyazos et ovation à la sortie. Enfin un second tiers dignes de ce nom avec Pedro José Cebadero et Ivan Aguilera appelés à saluer. deux subalternes qui ont fait honneur à leur costume ! Bien doublé genou fléchi, ce maître-toro fut toréé avec beaucoup d’aguante et de professionnalisme par le madrilène qui fit front face à la difficulté. Demi-lame atravesada puis entière traserita pour la conclusion. Salut après deux avis.

Le garçon se fit enfermer d’entrée par le sixième qui chassait et freinait dans le capote, et qui s’avéra être un véritable manso face au picador, lequel dut se déplacer à plusieurs reprises pour arriver à châtier cet animal qui fuyait dès qu’il sentait la morsure du fer. Il y parvint tant bien que mal avant de laisser place à Pedro José Cebadera et Raúl Ruiz qui assurèrent un digne second tiers, le public les appelant à saluer. De dernier tiers il n’y eut point car le bicho se mit sur la défensive, empêchant toute faena. Gomez del Pilar le prépara à la mise à mort par des passes de châtiment avant d’en finir d’une entière delanterita complétée par deux descabellos. Arrastre sifflé et ovation pour le piéton.

Notes.

  • Pourquoi ne pas avoir appelé le mayoral à saluer ? (à moins que je ne l’ai pas vu).
  • Le club taurin de Bruxelles et l’ADAC déclarèrent le prix au meilleur picador « desierto ». Le club taurin La Muleta d’Arles remit le sien à Tito Sandoval.

Souhaitons que les Saltillo reviennent l’an prochain et merci à l’ADAC pour cette tarde d’un autre temps (elles sont si rares !). Une corrida de Saltillo qui a permis de faire un peu oublier l’erreur de casting de la veille. Et vive Céret de Toros 2020 !

Reseña et photos : Paco.
Vidéo : feria TV.