Boujan. 29 juin. Tarde de découvertes.

Programmer des novillos de respect qui n’avaient jamais été lidiés à pied était un pari risqué. Michel Bouisseren, maître d’oeuvre de la feria Toros y Campo de Boujan-sur-Libron, l’a tenté et en partie réussi, les Silva du jour affichant une présentation haut de gamme mais manquant de race pour certains d’entre eux.

L’affiche avait attiré de nombreux aficionados toristas alléchés par les photos avantageuses d’un bétail dont le trapio était supérieur à celui de toros programmés dans des arènes de catégorie supérieure face à des figuritas qui en font leur quotidien. A Boujan, point de ces toreros et il fallut chercher sur la toile pour trouver qui étaient ces novilleros venus relever le défi de l’inconnu.

L’albaceteño Alberto Pozo, qui remplaçait Aquilino Giron blessé à Granada, est l’un de ces garçons qui essaie de maintenir vive la flamme de l’aficion en toréant tout ce qu’on lui propose, et si les contrats ne sont pas légion, il les assure souvent honorablement et de façon volontaire.

C’est ce qu’il fit ce jour à Boujan. Face au premier Silva, il dessina quelques bonnes véroniques, puis laissa son picador administrer trois rations de fer d’intensité décroissante, la dernière avec un bicho partant du centre. Brindée à Enrique Guillen (apoderado de Maxime Solera), la faena tourna court très vite du fait d’un novillo qui se dégonfla après quelques tandas droitières et qui rejoint le terrain du toril. Pas grand-chose à tirer de ce premier portugais mansote et sans grande race qui fut occis d’une entière contraire tendida. Silence.

Le quatrième, après quelques capotazos de réception, échappa aux piétons pour s’élancer sur le groupe équestre qui entrait en piste. Malgré un cheval à moitié effondré, le lancier administra à l’animal un  premier puyazo. Deux autres de moindre intensité suivirent, le cornu sortant seul du second contact. La faena, majoritairement droitière et de consistance relative, laissa le public sur sa faim. Quasi-entière contraire pour la conclusion. Salut.

Du cartel initial, seul restait Cristian Perez. Vu à son avantage deux semaines auparavant à Istres, le garçon a déçu pour son passage en terre biterroise. Desconfiado, il recula souvent et ne fut que l’ombre du novillero vaillant vu en d’autres lieux. Face au second, il dessina quelques véroniques isolées avant de laisser piquer son adversaire par trois fois, le bicho mettant un peu les reins lors d’une première ration de fer où il se fit enfermer par le uhlan de service. Salut de Julien Breton Merenciano pour ses bonnes poses de harpons. Brindée à Jean-Luc Couturier, ganadero de Valverde, la faena fut des plus hésitantes, l’albaceteño perdant du terrain face à un Silva compliqué qui prit très vite la direction des opérations. Trois-quart contraire et delantera pour une conclusion qui traina ensuite au descabello (plus d’une quinzaine). Silence.

Après une réception du quinto à l’identique du second, Cristian Perez laissa son second picador enfermer deux fois son adversaire pour deux rations de fer, la seconde plus conséquente. Brindée au public, la seconde faena ambidextre fut volontaire mais pauvre en contenu, la quantité de muletazos ne compensant pas le manque de fond.Le public le signifia au garçon en sifflant un desplante malvenu. Entière contraire complétée par une paire de descabellos. Silence.

Francisco Montero, qui remplaçait quant à lui Manuel Ponce, a fait couler un peu d’encre et de salive avant sa venue à Boujan. Les vidéos sur les réseaux sociaux le montrant en train de toréer des toros sur les places de village avaient attiré l’attention de quelques aficionados français, lesquels se mirent en devoir de lui donner un coup de main. Mais la lidia d’un bicho sur une place de pueblo et celle qui se joue dans une plaza de toros n’a rien à voir, et Montero a pu voir le chemin qui lui restait à parcourir, ce qui n’est pas une critique mais un constat, car le novillero de Chiclana fit étalage d’une envie qu’on aimerait voir plus souvent chez bon nombre de novilleros actuellement sur le marché. 

Il accueillit ainsi son premier par une larga cambiada afarolada de rodillas avant de signer quelques véroniques volontaires. Gabin Rehabi nous montra ensuite ses qualités de cavalier lors d’une première pique où le bicho poussa en rond le cheval qui  ne fut sauvé de la chute que par l’intervention d’un monosabio déjà remarqué à Vic dans ce genre d’exercice. La ration de fer résulta malheureusement trasera. Une deuxième rencontre avec la cavalerie résulta de moindre intensité. Sortie applaudi pour Gabin. Brindée au public et à son ami Geoffrey Calafell la première faena du chiclanero fut assez émouvante, le garçon versant quelques larmes lors d’une entrée en matière réussie. Hélas ce troisième Silva ne fut pas le collaborateur rêvé, l’animal ayant tendance à fuir le combat. Montero mit tout son coeur à le retenir, et même si les tandas ambidextres ne furent pas complètement abouties, l’ensemble sut capter l’attention du public qui aurait pu lui faire avoir une oreille si l’épée avait été au rendez-vous. Hélas la trois-quart contraire ne vint qu’au cinquième assaut, et la récompense se limita à une émouvante vuelta les larmes aux yeux.

Face au sixième, après quelques véroniques et demie, puis trois rations de fer d’intensité décroissante, pompée la première, Francisco Montero brinda à Manolo Vanegas une seconde faena tout aussi volontaire que la première. Débuté genou fléchi, le trasteo prit consistance sur la corne droite avant que le Silva ne s’arrête, obligeant le garçon à lui voler les derniers muletazos. Entière contraire au quatrième assaut. Salut.

Notes.

La ganadera Sofia Lapa était présente aux côtés de Victor Mendes.

A l’issue du paseillo, un hommage fut rendu à Manolo Vanegas.

Le prix au meilleur picador, remis par Bernard Mula, revint à Gabin Rehabi. Le picador arlésien l’a dédié à Anderson Murillo, grand picador disparu ce week-end des suites d’une longue maladie.

Celui du meilleur novillero, remis par Victor Mendes, fut décerné, en toute logique, à Francisco Montero. Un garçon à revoir…

Reseña et photos : Paco.