Saint-Sever. 23 juin. Sébastien Castella et Thomas Dufau a hombros.

Arènes quasi combles, petite chaleur, deux heures quarante de spectacle.

Trois toros de Victoriano del Rio et trois toros de Toros de Cortes, en troisième, cinquième et sixième position. Les deux premiers plutôt petits, les autres de gabarit acceptable ou normal. Les armures sans grande difficultés. Tous une pique, à l’exception du second, deux châtiments. Le fer a chaque fois été pris avec une certaine bravoure. Tous toréables à la muleta avec juste ce qu’il fallait de noblesse. Vuelta au quatrième.

  • Sébastien Castella (turquoise et or) : au premier, une demi-lame, une oreille ; au quatrième, un mete y saca, un quart de lame, une oreille. Vuelta au toro.
  • Thomas Dufau (bleu marine funèbre et or) : au deuxième, une entière, deux oreilles ; au cinquième, un mete y saca et une entière, une oreille.
  • Clément Dubecq «Clemente» (rioja et or) : au troisième une entière, silence ; au dernier, un quart de lame, une entière, quatre descabellos, avis, une oreille.

Apostille.  Cédric Viotti, de la cuadrilla de Castella, et El Monteño, de la cuadrilla de Thomas Dufau, ont salué pour leur pose de banderilles. Le paseo a été retardé de dix minutes en raison d’un nid de frelon dans un escalier pour le public. Le mayoral est venu saluer les deux toreros qui sortaient a hombros.

Excellente corrida de Victoriano del Rio dans les arènes de Saint-Sever avec un Sébastien Castella en belle forme, Thomas Dufau qui poursuit sa trajectoire victorieuse avec trois oreilles… et Clemente, qui a ressenti toute la chaleur du public. Et cela c’est bon pour le moral du garçon qui faisait sa première course en France après son alternative à Zamora, il y a trois ans.

Sébastien Castella est apparu avec son habituel visage triste et maigre. Le torero semble y cacher une technique et un beau courage. Certes les Victoriano n’étaient pas des monstres mais ils ne toléraient pas l’erreur. Après un élégant tercio de cape, il brindait au public et débutait avec une longue série de muletazos sur la main droite, avant de sauter avec grâce sur l’autre côté. Sur cette main, il s’approchait de la perfection en travaillant sur un terrain minuscule. Un peu plus d’imagination aurait donné plus d’ampleur. Il repartit ensuite pour un bon et sobre toreo de cape, ce qui ne l’empêcha pas un moment d’être en difficulté. Brindant à Richard Milian, il dessinait avec aisance sur le deux mains un intéressante faena avec toujours de beaux moments à gauche. Sébastien s’était installé au centre de la piste pour cette longue faena. Il était surtout porté par la volonté de couper une deuxième oreille, ne voulant pas laisser seul Dufau dans son triomphe déjà acquis.

Thomas Dufau, en ce début d’année, montre à chaque course un calme impérial qui lui permet de toréer ses adversaires avec justesse. Il allait souvent citer à mi-distance et réaliser l’essentiel avec la main droite… terminant toutefois sur la senestre avec temple et harmonie. Estocade imparable et déjà deux oreilles. Quel enchantement que son toreo de cape, surtout lorsqu’il conduit son deuxième adversaire vers le cheval avec des chicuelinas marchées. De façon totalement décontractée, il ouvre sa faena à genoux. C’est version décomplexée de Thomas Dufau  souvent élégant et parfois inventif. Rien ne manquera dans  ce deuxième combat qui, sans une hésitation à la mise à mort, lui aurait bien valu deux nouveaux pavillons. Il se contentera d’un seul.

Clemente a pu se rendre compte que le public des aficionados n’avait pas oublié l’excellent novillero qu’il fut. Chaque fois très bien à la cape, lors de cette dernière sortie, il s’est livré à fond, commençant par des muletazos à genoux, puis il accélère son rythme et déclenche les applaudissements du public et la musique. Piqué au vif, le jeune torero calme sa faena et lui imprime un rythme plus lent, il saupoudre quelques naturelles de classe. Malgré un mise à mort difficile, le public veut qu’il ait son oreille et la présidence se laisse convaincre. On avait vu arriver sur le sable de Saint-Sever un capeador de forte classe, se complaisant dans la chicuelina. Clemente, s’il décroche quelques contrats, semble être promis à un bel avenir.

Reseña et photos : Jean-Michel Dussol.
Reportage photos : Romain Tastet.