Mauguio. 23 juin. Puerta Grande pour Antonio Nazaré et El Adoureño.

La corrida qui s’inscrit dans la Romeria de Mauguio a vu une nouvelle fois deux toreros sortir a hombros. 

Pour ce spectacle, les organisateurs avaient renouvelé leur confiance à la ganaderia des frères Gallon, et le bilan de cette course leur a donné raison. Certes le bétail correspondait à la catégorie de l’arène, tant au niveau du volume (petits gabarits) que de la force juste, mais les bichos, tous monopiqués, ont mis du coeur à l’ouvrage avec les moyens qui étaient les leurs, leur grande noblesse permettant aux piétons de s’exprimer.

Côté toreros, on revit avec plaisir les belles attitudes d’un Antonio Nazaré très sévillan dans son toreo, aux côtés d’un Damian Castaño volontaire et plus rugueux, et d’un Adoureño appliqué mais encore perfectible.

Bref, une agréable tarde qu’on eut plaisir à suivre.

Face au toro d’ouverture, Antonio Nazaré mania le capote avec élégance, signant belles véroniques et demie en ouverture, puis quelques jolies chicuelinas après une pique trasera repositionnée. Suivit une faena ambidextre bien construite, le torero de Dos Hermanas parsemant son trasteo de quelques jolis détails, desprecio par-ci, trincherilla par-là, toujours à bon escient. Final par naturelles pieds joints avant trois-quart caidita et traserita. Oreille malgré un public un peu froid en ce début de course.

Entrée en matière à l’identique pour le second combat, puis, après une unique ration de fer, une seconde faena ambidextre débutée sur la corne gauche par un cartucho de pescado, joliment instrumentée par la suite avec un temple juste et un rythme qui l’était tout autant. Final encimista quand le bicho baissa un peu de ton, et une entière contraire et trasera décisive qui fit apparaître un mouchoir au palco. Un torero qu’on aura plaisir à revoir !

Avec Damian Castaño, on joue dans un autre registre, celui d’un toreo volontaire et populaire, moins soigné, moins élégant mais tout aussi efficace. Face au second, le garçon nous gratifia d’une entrée en matière par véroniques de bon son, certaines joliment dessinées genou fléchi puis, après une ration de fer prise en poussant un peu, d’une faena ambidextre de correcte facture mais un peu contrariée par un Gallon qui se dégonfla à mi-parcours. Certes le toreo du salmantino manque un peu de classe mais il est compensé par une grosse envie et une belle alegria. Final en terrain de proximité avec quelques séquences de rodillas avant une entière delantera efficace après pinchazo. Oreille.

Bonnes véroniques et demie à nouveau pour recevoir le quinto qui prit ensuite un puyazo trasero, le tiers s’achevant par un quite par tafalleras et revolera. Débutée de rodillas au centre, la faena fut à nouveau de correcte facture, dans le style précédemment décrit, mais hélas pour le garçon conclue par un bajonazo après pinchazo qui lui ferma la Puerta Grande. Silence.

El Adoureño, tout droit venu d’Espagne où il avait toréé la veille et coupé trois oreilles, fut à l’unisson de ses collègues, volontaire donc, mais souvent un peu brouillon. Son premier adversaire avait peu de parcours et s’arrêtait dans les passes. Après quelques véroniques de réception et une pique prise en poussant un peu, Yannis sut lui donner confiance et le bicho finit par se livrer dans de longs muletazos où le garçon courut bien la main, avec application à droite comme à gauche. On lui reprochera par moments une attitude trop penchée qui nuit à l’esthétique, mais dans l’ensemble Yannis est à créditer d’une bonne prestation. La bonne entière mettant un point final au trasteo fut décisive pour l’octroi d’une double récompense.

Après quelques véroniques volontaires et une pique sans histoires, El Adoureño se lança dans une seconde faena ambidextre de moindre transmission, l’ensemble de correcte facture s’avérant plus brouillon, le final encimista ne parvenant pas à relever le niveau global. Demi-lame traserita, descabello. Vuelta pour le toro (on se demande pourquoi) et vuelta également pour El Adoureño qui quitta la plaza a hombros aux côtés d’Antonio Nazaré.

Salut des frères Gallon pour un bétail qui aura bien animé cette agréable tarde.

Note : un azulejo, commémorant l’indulto d' »Opulente » par Javier Conde dans cette arène en 2018, fut apposé dans l’entrée. A l’issue du paseo, les faits furent rappelés au micro et le public invité à découvrir cette plaque commémorative.

Reseña et photos : Paco.