Théorie du genre : Torero ou Torera.

Le genre est un concept utilisé pour désigner en sciences sociales, les différences non biologiques entre hommes et femmes.

Ainsi le genre serait une construction sociale qui permettrait d’attribuer des rôles, des tâches , des professions différentes à chaque sexe.

Le vocabulaire lui-même est en difficulté pour nommer une pilote de ligne, une cadre, une gendarme, une chirurgienne.

Le monde taurin, si macho soit-il, a très vite trouvé un féminin à Torero : Torera.

L’appellation date du 17ème siècle, elle s’employait pour le toreo à cheval, et perdura jusqu’au 18ème siècle.

La première dans l’histoire fut Nicolesa Escamilla «La Pajuelera», qui toréa à Madrid en 1776 et fut immortalisée par Goya (Tauromaquia n°22).

L’avènement de Dolores Sanchez «La Fragosa» (la fracassante) dans la deuxième moitié du 19ème siècle, correspond à la mise au féminin de l’habit de lumières. Gustave Doré immortalisa Teresa Bolsi dans un costume beaucoup plus folklorique

Teresa Bolsi

En 1908, le ministre espagnol Don Juan de la Cierva interdit purement et simplement le droit aux femmes de combattre les toros.

Le retour aux ruedos se fit assez rapidement et vit d’excellentes officiantes ; en 1930, on citera Maria Luisa Jimenez, Enriqueta et Amalia PalmeñoJuanita Cruz dont l’alternative mexicaine ne fut pas reconnue.

Dés 1973, la commission nationale du travail féminin officialisera l’exercice du métier de Torera.

La première alternative reconnue sera conférée à la colombienne Bertha Trujillo «Morenita de Quindio», des mains de José Ramon Tirado, le témoin (et mari !) étant Marcos Gomez «El Columbiano».

La cérémonie se déroula le 12 mai 1968 à Comalcalco (état de Tabasco, Mexique), le toro «Presumido» de la ganaderia Presillas laissant ses deux oreilles et son rabo. Ses débuts en Europe se firent à San Sebastian de Los Reyes, première matadora de toros à actuer en Espagne.

Après une carrière où elle tua 2700 toros, elle créera l’école de Tauromachie de Santiago de Cali, elle restera «Emperadora del Ruedo».

Bertha Trujillo  « Morenita de Quindio »

En France, l’aventure des diestras suivra l’histoire taurine .

Marthe Sabatier, native de Beaucaire, première torera à pied commencera sa carrière en 1891 à Arles, elle a 22 ans.

Elle travaillera dans les courses hispano-françaises dans les quadrilles Bayard, Racine et Étienne Boudin (Pouly I, père de la dynastie).

Après la deuxième guerre, une saint-gilloise d’origine espagnole ,Palmira Camacho, reprendra le flambeau.

Après un apprentissage à la manade Thibaut à Saliers, elle tournera dans les capeas avec la troupe «El Gallo».

C’est à Lunel dans un magnifique costume (robe portefeuille) confectionné par un tailleur local, le 1er novembre 1950, qu’elle signera un de ses plus grands succès devant des toros de Tardieu. Elle inaugurera également les tours de piste à la mexicaine (sens anti horaire).

Après un succès identique dans cette même plaza (toros d’Étienne Boudin) , elle se retirera.

Palmyre Camacho Saint-Gilles 1950 (ainsi que photo du haut)

Sa fille Corinne est l’épouse de Robert Pilés, doyen actuel des toreros français. Ces deux toreras furent les instigatrices de nombreuses vocations dans l’hexagone. 

Dans la théorie des genres, le seul personnage à tirer son épingle du jeu fut Maria Salomé Rodriguez «  La Reverte » qui toréa en tant que femme et arrêtera sa carrière à Madrid, sous le nom d’Augustin Rodriguez en tant qu’homme. 

Jacques Lanfranchi «El Kallista»

Remerciements à Mme Gauthier Marie d’Arles et à son fils Thierry pour le prêt des photos de Palmyre Camacho

Bibliographie :

  • Revue Corrida n°13 avril 1982.
  • Dictionnaire des Toreros Français UBTF 2003

Actualisation suite à son décès. Hommage à toutes les Femmes qui se mettent devant…

Jacques Lanfranchi « El Kallista » salue la mémoire de Madame Palmyre Camacho, torera.