Istres. 16 juin (matin). Un mexicain à Mexico.

La novillada de la feria présentait cette année six garçons en compétition pour un poste dans la Monumental de Mexico.

Baptisé « Camino hacia la Mexico », en référence au certamen « Camino hacia Las Ventas », le spectacle offrait donc un poste pour toréer dans la plus grande arène du monde, tous frais payés, au triomphateur de cette matinale. De quoi motiver les jeunes toreros qui ont fait de leur mieux à à des degrés divers, pour accéder à cette récompense.

Et c’est le novillero mexicain Hector Gutierrez (qui n’aura guère de trajet à parcourir) qui s’est vu attribuer le prix. Mais fallait-il inclure au cartel un mexicain qui avait déjà toréé dans cette arène où il avait l’an dernier indulté un novillo de Guadiana ? La question reste posée.

Maxime Solera avait le rôle de chef de lidia, un rôle qui lui fit donc débuter cette novillada matinale par la lidia d’un pupille de Jalabert plutôt soso qu’il accueillit comme à son habitude par une larga cambiada a porta gayola avant de se relever pour dessiner quelques gaoneras, une mise en bouche qui sortait un peu de l’ordinaire. Après une pique correcte, Maxime brinda au public une faena qu’il débuta de rodillas sur la corne droite et qui se poursuivit sur les deux bords par de correctes séries de muletazos où il apporta tout ce qui manquait au novillo, hélas sans trop de transmission vu le peu de présence de l’utrero. Le fosséen courut la main avec temple et douceur, signant une bonne prestation, vu le contexte ganadero, prestation qui lui valut une oreille après une entière contraire portée après un pinchazo. Mais peut-on dire « estocade contraire » pour quelqu’un qui tue de la main gauche ? A vérifier.

Cristian Perez accueillit lui aussi son novillo par une larga cambiada de rodillas, mais au fil des planches, avant de se relever pour quatre véroniques, gagnant ensuite le centre pour y terminer son introduction par une media. Unique ration de fer prise en poussant un peu pour cet animal qui fut ensuite convié à un quite de l’albaceteño par saltilleras, revolera et revolera inversée. Brindée au conclave, la faena ambidextre, débutée de rodillas, fut souvent intense du fait des réactions violentes d’un utrero que le garçon affronta avec beaucoup d’aguante et de courage. L’animal, qui se retournait comme un chat pour envoyer la corne, finit par attraper le garçon, la première fois sans conséquences, la seconde en provoquant une fracture ou une luxation au niveau de l’épaule (pas de précision à l’heure où nous écrivons ces lignes). Cristian mena cependant son combat jusqu’au bout, terminant par manoletinas précédant une quasi-entière contraire caidita portée en s’engageant en toute franchise. Oreille (avec pétition de la deuxième) puis passage par l’infirmerie d’où il ne ressortit pas.

Carlos Olsina toucha l’un des deux meilleurs novillos de cette matinale. Quelques véroniques et une revolera saluèrent la venue de l’animal qui prit ensuite en poussant une ration de fer correctement administrée. Ce bon novillo ne fut hélas pas toréé au juste niveau de ses qualités par un garçon certes volontaire mais qui ne sut pas lui donner la distance qui convenait. Alors qu’il fallait lidier ce noble utrero à la charge vive et régulière à la façon d’un César Rincon de la belle époque, Charles signa des muletazos corrects, bien qu’inégaux dans l’exécution, mais sans mettre en valeur les qualités du Jalabert qui resta en partie inédit. Final par série de bernadinas interrompue par un désarmé, puis tiers de lame de travers porté au second assaut sans la muleta et nécessitant l’usage du descabello. Charles était passé un peu à côté de son sujet. Vuelta tout de même.

Hector Gutierrez tomba lui aussi sur un bon novillo qui n’alla pas hélas au bout de ses intentions, baissant de rythme à la moitié du dernier tiers. Après correcte réception par véroniques, le jeune mexicain fit châtier son opposant à deux reprises, pique pompée en carioca lors de la première rencontre prise en poussant, picotazo sur retour dans le peto sans mise en suerte. Deux saltilleras et une revolera de l’aztèque conclurent ce premier tiers. Face à ce novillo noble qui galopait dans la muleta, Gutierrez signa une première partie de faena droitière de bon niveau, le jeune torero dessinant d’élégants derechazos templés en courant bien la main. Le ton baissa lors du changement de bord, affectant les naturelles qui furent de moindre transmission. Final encimista accompagné d’une bousculade sans conséquences puis une estocade dans tout le haut pour parapher le trasteo. Oreille légitime avec pétition de la seconde que le palco refusa justement (à mon avis) de valider. Double vuelta pour le mexicain.

Alfonso Ortiz ne laissera pas un grand souvenir de son passage au Palio. Quelques bonnes véroniques et demie précédèrent une unique rencontre avec le lancier qui plaça son fer sur l’épaule du cornu, lequel poussa un peu dans le matelas. Brindis a todos pour une faena sans transmission et guère convainquante, le garçon dessinant des muletazos ambidextres sans grand fond avant de conclure son trasteo, après pinchazo sur l’épaule, par un vilain bajonazo. Silence.

El Rafi débuta le dernier combat de la matinée par un bon enchainement véroniques, chicuelinas et revolera. Une pique correcte sanctionna le passage par le cheval. De forces justes, le Jalabert obligea le nîmois à ne pas trop baisser la main lors d’une faena qui transmit peu du fait de la faiblesse de l’opposition. Rafi s’appliqua, dessina des muletazos ambidextres de bonne facture, mais ne put vraiment s’exprimer car privé de matière première suffisamment conséquente. Entière caidita après manoletinas. Salut.

Le prix fut attribué à Hector Gutierrez. Dans un autre registre, Cristian Perez aurait pu y prétendre. Le prix de la meilleure estocade lui revint tout de même et c’est son apoderado, Denis Loré, qui le réceptionna à sa place alors qu’il était transporté vers une clinique de la ville pour examens. (Photo : Yves Porras)

Note : bonne prestation du trio présidentiel qui dirigea parfaitement les débats.

Reseña et photos : Paco.
Vidéo : feria TV.