Istres. 16 juin (tarde). Tous a hombros.

La première Corrida Charra célébrée dans les arènes du Palio a connu un beau succès, tant au niveau de la fréquentation que du résultat artistique.

Débutée par un défilé charro et une exhibition en piste du maniement du lasso, ce spectacle inédit dans cette plaza de toros fut agrémentée de sonorités sud-américaines grâce à un groupe de mariachis effectuant un mano a mano musical des plus agréables avec l’orchestre Chicuelo II.

Côté toros, point de surprise, les figuras étaient là et donc accompagnés des partenaires qui leur sont habituels, même si le lot du jour porteur du fer de Victoriano del Rio fut un poil supérieur en présentation à celui du vendredi, toutes proportions gardées. Un trapio « agréable », des armures qui le furent tout autant, et des bichos qui remplirent le rôle auquel ils étaient destinés, mis à part le lot échu à Sébastien Castella et qui fut tout aussi fade qu’un plat sans assaisonnement. Le biterrois usa de la coutume en vigueur outre-Atlantique qui consiste à offrir le sobrero pour parvenir à triompher.

El Juli, chef de lidia de cette corrida de gala, ouvrit les débats en dessinant de belles véroniques et demies lors de la réception du premier Victoriano monopiqué latéralement dans la foulée, le madrilène signant ensuite un quite par chicuelinas et demie.Débutée joliment par passes hautes pieds rivés au sol, la première faena du Juli fut un modèle de maîtrise et de technique, le toreo du garçon ne laissant aucune place à l’à peu près. Tout chez le madrilène est millimétré, tracé au cordeau. Précision du geste au service d’une tête bien faite, un toreo d’inspiration castillane qui fonctionne mais qui manque un peu de l’émotion qu’apporte le souffle du sud. Face à ce toro d’une belle noblesse, le trasteo abouti, agrémenté de jolis détails, fut paraphé par un coup de rapière porté de façon plus orthodoxe que d’habitude. On ne contestera donc pas les deux pavillons accordés.

Face au quatrième, RAS lors de la réception au capote avant la piqûre traditionnelle. Brindée au public, la seconde faena de Julian, joliment débutée par doblones genou ployé, alterna les deux bords avec toujours les recours techniques précédemment cités, un ensemble propre et bien construit mais qui pécha un peu par manque de transmission. « Julipié » cette fois (chassez le naturel…) et une oreille quémandée par un public festif et non averti avide de trophées.

Sébastien Castella n’eut pas la main heureuse au sorteo avec deux adversaires dont la soseria n’eut d’égale que le manque de présence. Un brelan de véroniques pour accueillir le second qui ensuite prit une ration de fer d’intensité moyenne en poussotant. Débutée genou fléchi par d’élégants doblones, la première faena ambidextre du biterrois fut bien construite mais de peu de transmission face à ce toro si noble mais si fade.Trois-quarts de lame en arrière et à plat au troisième assaut. Salut poli.

Face au cinquième, Sébastien gagna le centre par véroniques, puis lui fit administrer un petit vaccin par son picador avant de clore le tiers par un joli quite par chicuelinas et demie. Suivirent deux bonnes paires de Rafael Viotti appelé à saluer. Débutée par une passe cambiada, la seconde faena fut quelque peu à l’identique de la première, certes plus inégale du fait d’un bicho qui derrotait, le biterrois s’appliquant cependant à le toréer avec temple et douceur. Mais aucune émotion dans ce trasteo où l’opposition était si insignifiante que tout effort pour transmettre semblait vain. Entière caida après pinchazo. Nouveau salut.

Alors que la lidia du sixième avait débuté, on annonça au micro que Sébastien offrait le toro de réserve. Sortit donc en septième position un sobrero du même fer que le biterrois reçut par belles véroniques, deux demies et revolera. Courte et unique ration de fer pour l’animal qui poussa un peu. Débutée par cambios por la espalda alternés avec passes hautes, la troisième faena de Castella fut un modèle de précision, de temple et de douceur, la version actuelle d’un torero en voie de renouvellement dans sa façon de toréer, un toreo moins convenu, moins prévisible, plus intuitif, bref plus agréable à suivre qu’auparavant. Entière caidita et une grosse pression populaire pour l’obtention des trophées maxima à laquelle le palco céda (à tort). Deux oreilles auraient suffi. Vuelta ridicule pour un toro monopiqué.

Luis David Adame, blessé l’an dernier ici même, débuta son retour par un toreo de cape un peu brouillon avant de laisser son picador (mal) piquer l’année en une ration de fer trasera et pompée. Quite du titulaire par chicuelinas et revolera. Brindée à Bernard Carbuccia, directeur des arènes, la première faena du jeune mexicain fut un peu contrariée par la mansedumbre d’un bicho vite réfugié près des tablas. Après avoir vainement essayé de l’en sortir, le cadet de la famille Adame dut se résoudre à toréer l’animal dans sa querencia, ce qu’il fit avec volonté et courage, signant de belles séquences ambidextres, souvent en redondo, qui, bien qu’inégales, eurent le mérite d’exister dans un contexte où d’autres auraient laissé tomber l’affaire. Entière en place portée a recibir et deux oreilles pour Luis David.

Face au quinto, bien reçu au capote et monopiqué comme ses frères; le mexicain nous proposa un quite fleuri par zapopinas, demie et revolera. Débutée par statuaires, le deuxième faena ambidextre de Luis David fut de bonne facture, le bicho mettant bien la tête dans l’étoffe et chargeant avec une belle noblesse. Final par manoletinas puis deux-tiers de lame. Oreille.

Sortie a hombros pour les trois toreros dans une belle ambiance festive.

Note : à l’issue du paseillo, le jeune novillero mexicain Hector Gutierrez reçut le prix gagné le matin même et les trois toreros de la tarde un cadeau souvenir de cette première Corrida Charra.

Reseña et photos : Paco.
Vidéo : feria TV.