Istres. 14 juin. Oreille pour l’alternative d’Adrien Salenc.

Beaucoup de monde hier pour assister à l’alternative d’Adrien Salenc qui est devenu le 66ème matador français des mains de son professeur El Juli en présence d’Andrés Roca Rey.

Hélas une invité indésirable s’invita à la fête et gâcha en partie cette tarde, ne permettant pas aux trois toreros de discipliner les étoffes. Côté bétail, des toros de Zalduendo quelque peu anovillados et commodes d’armures et qui ont dans l’ensemble joué la partition attendue pour ce genre de spectacle, mais sans transmettre grand chose. Bref le quotidien des figuras…

Adrien Salenc a bénéficié lors de sa première lidia d’un moment de bienveillance d’Eole qui a été clément lors de la lidia du toro de la cérémonie. Reçu par une larga cambiada afarolada de rodillas près des planches, « Zafarrancho » se laissa ensuite mener par correctes véroniques vers le centre où Adrien le fixa par une demie.

Bonne première et unique poussée sur le picador qui fut jeté au sol avant cérémonie d’échange des trastos avec El Juli, un moment toujours important dans la vie d’un torero qui entame là la dernière étape de sa carrière. Suivit une première faena qu’Adrien brinda à son papa visiblement très ému (on le comprend !).

Doublant joliment genou fléchi, le néo-matador enchaîna les séries ambidextres avec bonheur, le noble Zalduendo se prêtant volontiers à l’exercice. Travail de bonne facture avec quelques muletazos main basse du plus bel effet et conclu par manoletinas serrées avant entière contraire traserita et tendida qui se révéla suffisante. Première oreille de la tarde et de la nouvelle carrière d’Adrien auquel on souhaite bien sûr une suite des plus heureuses.

Au sixième, Eole avait rompu la trève et nous avait apporté avec ses rafales quelques vilains nuages susceptibles de se transformer en pluie avant la fin de la course. Heureusement il n’en fut rien. Toujours aussi motivé, Adrien visait la Puerta Grande et il ne fut pas loin de l’obtenir. Après quelques véroniques et demie servies isolément (Eole toujours !), puis un quite par véroniques et revolera après l’unique ration de fer, le garçon se lança dans une faena ambidextre puissante avec la volonté d’arracher au moins un second trophée qui lui aurait ouvert la voie du triomphe. Alors que la récompense semblait acquise, les aciers firent défaut, ruinant tout espoir de succès. Silence après deux avis.

El Juli recula d’entrée sur les premiers capotazos, suite aux violentes rafales de vent qui malmenèrent les étoffes. Après deux rencontres avec la cavalerie (première pique en carioca, seconde trasera), nouvel échange des trastos avec Adrien qui lui rendit muleta et épée. Le madrilène se lança ensuite dans une première faena ambidextre qui mit en évidence tout le métier du garçon, malgré les bourrasques qui mirent un peu à mal le rythme de l’ensemble. Tout ce que fait le Juli est millimétré et ne laisse aucune place au doute ou à l’improvisation. Hélas au final Julian retomba dans ses travers et tenta d’estoquer en usant de l’habituel « julipié ». Un pinchazo sanctionna ce premier assaut. Une demi-lame en place, complétée par deux descabellos, mit ensuite fin au débat. Salut du callejon.

Face au quatrième, pas moyen de faire mieux que deux véroniques et une demie sans continuité. Deux rations de fer pour la forme, légère la seconde, puis une nouvelle faena tout aussi technique que la première mais composée avec beaucoup plus d’envie et d’engagement. On sentait que le Juli ne voulait pas repartir les mains vides. Il courut ainsi la main avec un métier consommé, distillant trincherillas par ci, molinetes ou desprecios par là, avec un naturel qui nous avait fait l’aimer il y a quelque temps.

Hélas le côté tricheur refit surface avec retour des estocades en « julipié » pour deux assauts infructueux avant entière caida. Salut au tiers.

Andrés Roca Rey ne put discipliner son capote pour recevoir le troisième. Rien donc à se mettre sous la dent avant un puyazo correct, puis une première faena brindée au conclave où le jeune péruvien vit son adversaire se dégonfler (rajarse) après seulement trois tandas et chercher l’abri des planches. C’est dans ce terrain que le garçon dut lui voler les derniers muletazos avant de l’occire au cinquième assaut d’une demi-lame nécessitant usage unique du descabello. Sifflets à l’arrastre et silence pour le piéton.

Le quinto vit enfin Roca Rey retrouver l’usage du capote lors de la réception par quelques bonnes véroniques, chicuelinas, demie et élégante larga avant un quite par chicuelinas, demies et cordobinas du plus bel effet après passage par le cheval pour un picotazo. Le déjà faible toro fit ensuite deux vueltas de campana qui n’arrangèrent pas sa déficiente condition physique, ce qui fait qu’il vacilla (perder los manos) à plusieurs reprises. Habitué à rencontrer ce genre d’opposant, Roca Rey sut ménager l’animal lors d’une faena ambidextre de bonne facture mais un peu longuette et s’achevant en terrain réduit. Entière caidita et oreillette protestée par une partie du public.

Reseña et photos : Paco.
Vidéo : feria TV.