Adieu au Colonel de Beauregard.

Le colonel de Beauregard avait du bec, de la tenue, le regard perçant, pénétrant, il en imposait !

Il avait des convictions, croyait en des valeurs, essentielles celles-ci. Cela faisait de lui un homme d’honneur ; la noblesse à l’état pur. C’était un gentilhomme…

D’une grande rigueur et d’une culture immense, c’était un fin écuyer, un homme de cheval. Discret à cheval comme en société, il avait la modestie des grands, celle que la pratique de l’équitation devrait apporter à chaque cavalier.

Il avait, en outre, le sens du devoir, de l’observation, de l’analyse. Cela lui permettait de porter sur le monde, sur les gens, sur la politique, sur les institutions, un regard juste, bienveillant mais critique, à la hauteur de son exigence, de son honnêteté, de sa fidélité, de ses compétences.

Nous nous sommes rencontrés à Paris, au Salon du Cheval en 1986. Il me souvient encore une phrase qu’il m’adressa et qui devait me marquer pour toujours. Me regardant droit dans les yeux, il me dit : «Freddy, si on vous change de costume, vous êtes des nôtres.»

En 1987, j’eus le privilège de fouler le grand manège des écuyers à Terrefort et d’y présenter trois de mes chevaux, alternant ainsi avec les prestations du Cadre Noir. Il en était le 33ème Ecuyer en Chef et conduisait à ce titre la reprise de manège. C’était l’époque de la «Polka des souris blanches», morceau musical qui accompagnait la partie trottée de la reprise. Les frissons me parcourent encore…

Le Colonel de Beauregard (à gauche) et Freddy Porte

Etait en train de naître une amitié qui ne s’est jamais démentie.

Lorsqu’il accepta de préfacer un petit ouvrage poétique dont j’étais l’auteur, il qualifia de «chance» le fait de m’avoir rencontré. Mon Colonel, c’est moi qui ait eu cette chance de vous rencontrer et que vous me fassiez l’honneur de m’accorder votre amitié.

Cette amitié, nous l’avons conjuguée durant 33 ans. 33 est bien un chiffre symbolique, voire magique.

Nous nous sommes revus régulièrement, pendant toutes ces années, soit à l’Aulnière où vous me receviez avec beaucoup de gentillesse et de générosité, soit en Provence où vous m’honoriez de vos visites avec Martine votre épouse.

Je me rappelle votre émotion récemment en Arles à la veille d’une Féria du Riz, alors que les artistes s’activaient à décorer la piste en vue de la Corrida Goyesque du lendemain, vous aviez souhaité vous remémorer l’amphithéâtre, le tunnel, écrin où quelques années auparavant vous vous étiez produit avec les dieux, vous, Grand Dieu, en tête, foulant le sable du ruedo arlésien.

De souvenirs en souvenirs : Kaboul d’Or, ce gris que j’ai vu finir ses jours dans votre propriété angevine, ce gris, dont les changements de pieds du tac au tac me firent tant rêver par leur aisance et la discrétion de vos aides. Vous quittiez la piste après avoir commandé la reprise des sauteurs en liberté. «C’est pour lui une cinquième allure»,  disiez vous.

Que de riches échanges avons nous eus, de vive voix ou au téléphone….Le château de Saumur, celui de l’Empéri et tant d’autres lieux dont nous avions partagé la visite.

Cultivé, ouvert, vous vous plaisiez à dire, question de nuances, «que l’ouverture ne devait pas aller jusqu’au courant d’air.»

«Si on n’aime pas les chevaux, il ne faut pas les monter» disiez vous encore, car c’est bien une histoire d’amour qui unit le cheval et son cavalier. C’est aussi une histoire d’amour qui vous a uni au Cadre Noir.

Me voilà ce dernier jour de mai en gare d’Angers où vous veniez si souvent me chercher ou me raccompagner. Il fait beau, doux, de cette douceur angevine dont parlait Du Bellay. Je vous cherche, mais déjà, à Fougeré, en l’église Saint Etienne, les cloches sonnent le glas. Adieu mon colonel !

Freddy Porte.
(
31 mai 2019)

Photo du haut : Portrait de François de Beauregard, peint par Guillaume Macaire.