Alès. 1er juin. Oreille pour Alberto Lamelas.

Première corrida de la Feria de l’Ascension d’Alès avec un défi ganadero opposant le fer de Concha y Sierra à celui du Marquis d’Albaserrada, une confrontation qui a tourné, au niveau de l’intérêt seulement, à l’avantage de l’élevage andalou.

Dans l’ensemble les six toros ont manqué de fond à des degrés divers, les Albaserrada ayant suscité plus d’attention au premier tiers par un comportement plus marqué par la violence que par la bravoure. Lors de la course, les Concha y Sierra sont sortis en première partie et les Albaserrada en seconde.

Marc Serrano, venu en substitution de Cayetano Ortiz qui a quitté la profession, est passé par Alès sans y laisser de grands souvenirs. Il accueillit ainsi son premier par des véroniques hésitantes lors desquelles on vit que le bicho se réservait. L’animal, porteur d’une magnifique robe dorée, prit cependant deux rations de fer traseritas et latérales, la seconde repositionnée au centre. Brindée à Manolo Vanegas, la première faena du nîmois débuta par d’élégants doblones genou fléchi avant de se déliter par la suite du fait du comportement toujours réservé et dangereux d’un Concha y Sierra qu’il fallait aller chercher dans son terrain, ce que le garçon ne fit pas. Le débat fut donc abrégé par une entière atravesada habile portée en prenant les extérieurs qui mit fin à un dernier tiers inexistant. Le bicho, couché dans un premier temps, faillit attraper le puntillero venu remplir son office, la corne passant sous le chaleco heureusement sans dommage. Quatre descabellos furent nécessaires pour en venir à bout. Silence.

Après quelques véroniques de note moyenne, le quatrième provoqua la chute du groupe équestre lors de la première charge, fuyant à l’autre bout de la piste en sentant la morsure du fer. Ramené vers le lancier, il fit à nouveau mordre la poussière à la pièce montée, blessant le cheval au passage et mettant en danger Gabin Rehabi coincé sous la monture. Grosse faute du banderillero Rafael Gonzalez qui, au lieu d’éloigner l’Albaserrada, l’envoya vers le cheval toujours au sol qu’une poignée de monosabios tentait de relever, lesquels durent s’éparpiller comme une volée de moineaux pour éviter de se faire prendre. Le second picador Jean-Loup Aillet vint compléter le travail. Muleta en mains, Marc Serrano ne put trouver en lui les ressources pour affronter l’animal qui resta donc inédit au dernier tiers. Mais dernier tiers possible y avait-il ? Les avis sont partagés. Demi-lame concluante et quelques sifflets pour le nîmois lors de son retour au callejon.

Francisco José Palazon salua l’entrée du second par quelques jolies véroniques, chicuelinas et revolera avant de laisser échapper son opposant vers le uhlan qui lui administra une première ration de fer traserita. Le second puyazo s’éloigna encore plus du point d’impact idéal. Quite un peu brouillon d’Alberto Lamelas par chicuelinas et revolera. Débutée élégamment par doblones genou fléchi, avec joli changement de main en sus, la première faena du torero d’Alicante fut plus esthétique que profonde, le garçon soignant le geste et toréant dans un premier temps avec temple mais en restant un peu sur la bordure. Par la suite il perdit un peu le rythme et fut désarmé à plusieurs reprises par l’animal qui marcha sur la muleta. Un ensemble ambidextre décousu avant que le Concha y Sierra ne se fige. Pinchazo hondo à plat suivi d’une entière contraire. Quelques applaudissements.

La cinquième toro de la tarde, après quelques capotazos sans grand intérêt, mit les reins lors de la première rencontre où il poussa sur sa corne droite jusqu’à obtenir la chute du groupe. Suivit une longue pique où l’Albaserrada poussa encore, sur la corne gauche cette fois, avant troisième courte ration de fer prise en venant du centre. Belle prestation du picador Luis Alberto Parron qui salua sous l’ovation.

Brindée au performant lancier, la seconde faena de l’alicantin, débutée à nouveau par jolies doblones genou fléchi, connut quelques séquences droitières de correcte facture avant de tourner à la chiffonnade après un désarmé sur un derrote. Suivirent quelques derechazos arrachés au compte-gouttes et tout autant de naturelles inabouties. Point final par pinchazo sans s’engager (on peut  comprendre les hésitations du torero vu l’ampleur des armures), entière trasera très à plat et quatre descabellos. Silence.

Alberto Lamelas accueillit le troisième Concha y Sierra par une larga cambiada de rodillas près des planches suivie par quelques capotazos enganchés. Ce bicho au tempérament violent prit une première pique latérale et pompée puis une seconde ration de fer à l’identique. Brindée à Palazon, la première faena ambidextre du jienense (de Jaen) fut (comme souvent) volontaire mais un peu décousue, le torero alternant le bon et le médiocre et aguantant courageusement les derrotes en fin de passe, dont un porté vers le visage qui aurait pu être grave si le piton avait fait mouche. Final par manoletinas avant un bajonazo qui fut, je pense, involontaire. Salut.

Après quelques bonnes véroniques et demie, puis deux piques prises avec plus de violence que de bravoure, Alberto Lamelas se lança dans une faena guerrière qui, à mon avis, ne s’imposait pas face à un bicho qui demandait une main ferme mais plus douce. Les muletazos brusques eurent pour effet de décomposer un toro qui permettait toute autre faena que celle qui nous fut proposée. Mais le garçon habitués aux rudes confrontations est-il capable d’adapter son toreo à ce type d’adversaire ? On peut en douter. Entière caida et une oreille pour la volonté et le courage affichés. 

Reseña et photos : Paco.
Vidéo : feria TV