Séville. 10 mai. Pablo Aguado, nouveau Prince de Séville.

Ce matin, Séville s’est réveillée « aguadista » après le triomphe conquis dans la Maestranza par Pablo Aguado hier face à des toros de Jandilla , bien présentés (malgré quelques pointes) et affichant une belle noblesse hélas un peu ternie par un manque de race et des forces justes.

Et bien sûr tout ce beau monde dira qu’il avait senti chez le garçon ce talent qui ne demandait qu’à s’exprimer. Mais pourquoi ne pas l’avoir programmé ? Et les empresas vont s’agiter pour le mettre à l’affiche des événements non encore dévoilés. Quant à ceux qui ont déjà anticipé les cartels de leurs ferias, tant pis pour eux, ils devront attendre la prochaine temporada ou un éventuel remplacement. Il est loin le temps où les organisateurs attendaient pour composer l’affiche de leurs ferias et où les contrats se gagnaient devant les cornes. Un retour en arrière serait bénéfique pour motiver certains toreros et les pousser à se dépasser au lieu d’attendre la prochaine sortie. 
O tempora O mores ! (autres temps, autres moeurs) diraient les latinistes.

Morante de La Puebla, chef de lidia du jour, laissa comme souvent quelques détails face au mansote premier qui humiliait peu. On en restera là. Demi-lame, six descabellos. Silence.

Des véroniques de qualité saluèrent l’entrée du quatrième qui fit son devoir face au uhlan. Début de faena genou au sol puis des derechazos de bon goût dont certains savoureux, le passage sur le bord opposé faisant un peu baisser la note, le Jandilla finissant aplomado. Estocade tendida. Oreille.

Andrés Roca Rey reçut le second a porta gayola, se couchant pour l’éviter avant de lui proposer deux faroles et une larga dans les tercios. Piqué avec modération, le bicho fut invité par Aguado à un quite par esthétiques chicuelinas, Roca Rey répondant à l’identique. Débutée de rodillas, la première faena du jeune péruvien fut de bonne facture, le garçon tentant d’allonger les charges d’un animal noble mais sans entrega qui lui fit faire une voltereta sans conséquences. Final près des planches avant une lame basse n’empêchant pas l’attribution d’un trophée.

Le quinto, bien fait, fut discret face à la cavalerie, puis se montra noble mais un peu brusque dans la muleta de Roca Rey qui débuta, comme souvent sa faena par des passes cambiadas avant de baisser joliment la main à droite. Hélas l’ensemble finit a menos. Salut après deux assauts avec la rapière.

Pablo Aguado signa de belles véroniques et demie face à un troisième qui fit son boulot face à la pièce montée mais sans s’y employer outre mesure. Il arriva ensuite dans la muleta avec noblesse bien que n’humiliant pas totalement. La faena d’Aguado, majoritairement droitière, eut les arômes sévillans qu’on apprécie ici, dans la lignée des Curro Romero et autre Morante dont on préfigure qu’il sera le successeur. Ce toreo subtilement fleuri, sans excès de métrage (la qualité l’emportant sur la quantité), valut au garçon les deux oreilles de son adversaire après une estocade tendida. 

Face au sixième, les véroniques furent sublimes, tant lors de la réception que lors du quite où Morante intervint pour son « galleo del bu » (voir la suerte en cliquant sur le lien suivant : https://www.youtube.com/watch?v=mbKdcExHkxk) auquel Aguado répondit par chicuelinas. La faena ambidextre qui suivit fut d’un goût exquis. N’y manquait ni le temple, ni le rythme, ni le fond, et le Jandilla, bien qu’un peu aplomado, y contribua par sa noblesse. Estocade trasera après des naturelles de face. Deux nouvelles oreilles et la sortie par la Puerta del Principe. 

Séville venait de se donner un nouveau petit Prince !

Photos : Maestranza de Sevilla