Arles. 22 avril (tarde). Une oreille pour chacun.

Pour la corrida de clôture de la Feria de Pâques, les organisateurs avaient choisi de mettre à l’affiche deux arlésiens, Thomas Joubert et Andy Younes, une opposition de styles arbitrée par des toros de Pedraza de Yeltes, El Tajo y La Reina (Joselito), et Torrestrella.

Les deux garçons furent appelés à saluer à l’issue du paseillo.

Thomas Joubert avait choisi d’affronter en premier le Pedraza. Piqué à deux reprises, légèrement la seconde fois, ce premier toro permit au garçon de signer un premier quite par saltilleras et revolera. A signaler que Thomas réalisa un quite à chacun des six bichos. Brindée à l’équipe médicale des arènes de Bayonne, la faena du retour dans les ruedos débuta près des planches par des passes hautes, puis se poursuivit sur la corne droite par des derechazos lents et templés conclus par arrucina et pecho. Malgré un extraño, le passage à gauche fut de qualité, Thomas alternant ensuite les deux bords avec beaucoup de quiétude, toréant avec cette verticalité dont il a fait sa signature et qui donne beaucoup d’élégance à chacune de ses prestations. Final par manoletinas avant entière au second assaut libérant le premier pavillon de la tarde.

Le second adversaire de Thomas portait le fer de Torrestrella, une ganaderia qui a connu un bache de plusieurs lustres et qui depuis quelques années revient avec force sur le devant de la scène. La prestation de ce bicho en témoigne. Accueilli par esthétiques véroniques genou ployé et demie, « Almanaque » fonça vers le lancier et mit les reins dans une première rencontre dont il sortit vainqueur en envoyant la pièce montée au sol. Après un quite de Thomas par chicuelinas et revolera, il récidiva et fit mordre la poussière au lancier pour la seconde fois. Une troisième pique en s’élançant du centre conclut le tiers. Quite d’Andy Younes par saltilleras et revolera. Débutée par statuaires, la seconde faena de Thomas prit son envol à droite avant changement de main initié par un cartucho de pescado, les naturelles péchant quelquefois par défaut de temple. Hélas la conclusion avec l’estoc fut un peu longuette (cinq assauts pour laisser une entière en place), gâchant l’impression d’ensemble. Vuelta fortement plébiscitée pour le toro et salut pour Thomas, lequel y convia son picador.

Le troisième opposant de Thomas arborait la devise de La Reina. Abanto de salida, ce cinquième toro ne se fixa pas dans le capote avant d’être canalisé dans le cheval en deux puyazos, le premier pris en poussant, appuyé le second, les deux entrecoupés d’un quite de Thomas par gaoneras. Face à un bicho défensif et d’embestida courte, le garçon usa de sa science pour parvenir à ce que l’animal se livre et consente à allonger un peu sa charge. Il parvint ainsi peu à peu à composer quelques séries ambidextres de bonne facture qui n’étaient pas gagnées d’avance. Final par derechazos cités de face suivis de bernadinas serrées avant trois assauts avec l’estoc (entière caidita) réduisant la récompense à un salut.

Personnellement j’ai un peu de mal à adhérer au toreo d’Andy Younes où (à mon avis) la quantité prend souvent le pas sur la qualité. Face à un premier adversaire d’El Tajo abanto de salida (comme le 5°), le garçon laissa quelques capotazos avant deux piques sans grand relief. Quite de Thomas par cordobinas et farol. Avec cet animal qui s’avéra noble mais soso et qui finit un peu parado, Andy signa une première faena ambidextre inégale (brindée à son compagnon de cartel), alternant trop longuement le bon et le médiocre et finissant par un toreo encimista qui ne parvint pas à faire monter la température dans les tendidos. Demi-lame contraire et tendida au second envoi. Quelques sifflets à l’arrastre et silence pour le piéton.

C’est dans quelques véroniques un peu sèches que le Torrestrella sorti en quatrième position débuta sa vie publique. Il garda ensuite la tête haute dans le peto lors des deux rencontres avec le uhlan avant d’être convié par Thomas à partager un quite par zapopinas et revolera. Brindée au public, la seconde faena du blond arlésien débuta par un cambio por la espalda au centre du ruedo, puis se poursuivit sur les deux bords, les séries droitières s’avérant de meilleur niveau, la corne droite se prêtant davantage à l’exercice. Face à ce toro noble qui s’employait avec alegria, Andy éleva le niveau de sa première prestation mais sans toutefois réduire la quantité de muletazos. Final encimista avant une entière en place libérant le second (et dernier) trophée de la tarde.

Andy avait gardé le Pedraza pour la fin. Accueilli par véroniques, demie et revolera, le dernier toro de la feria prit deux rations de fer, la seconde en venant du centre sur le piquero positionné (comme en concours) à l’opposé du toril. Quite de Thomas par véroniques et larga. Brindée au public, la troisième faena du garçon débuta sur la main droite en faisant venir le bicho de loin. Andy alterna ensuite les deux bords lors d’un trasteo de mas a menos (ponctué de cris désagréables) et qui s’acheva par des manoletinas avant faillite avec les aciers, le palco indulgent laissant un peu filer le temps pour éviter un troisième avis. Silence.

Le prix décerné à la meilleure faena revint à Thomas Joubert.

Un hommage fut aussi rendu à Serge Louis, Président du Comité de la Feria et officiant ce jour au palco.

Reseña et photos : Paco.
Photos remise des prix : Philippe Gil Mir.