Garlin. 14 avril (tarde). Quand l’illusion laisse place à la déception.

La placita garlinoise affichait hier après-midi un « No hay billetes » à la taquilla.

Les bons résultats obtenus par les Pedraza en 2018, une météo agréable et une matinale riche d’illusions nous laissaient augurer le meilleur pour cette tarde.

Le ganadero, qui reçut à l’issue du paseillo les prix attribués à la meilleure novillada du Sud-Ouest par l’Association des Critiques Taurins de France (ACTF) et par l’Union des Clubs Taurins Paul Ricard (UCTPR), croyait en son encierro, comme nous tous, et la déception fut à la hauteur des attentes suscitées par la devise, l’ensemble manquant de race. Côté présentation, si les carcasses furent des plus avantageuses, quelques couvre-chefs nous parurent douteux.

Dorian Canton, qui débutait la campagne de novilladas qui le mènera à l’alternative prévue en juillet prochain à Bayonne, m’a surpris par la maturité dont il a fait preuve. Sûr de son métier, il a su conquérir l’estime des présents par la qualité de son toreo tout d’aguante, de bon goût et de temple. Nul doute qu’il est prêt à passer à l’échelon supérieur. Face au bon premier, il gagna le centre par bonnes véroniques, rématant son entame par chicuelina et revolera avant de confier le Pedraza aux bons soins de son picador pour une première ration de fer latérale qui fut doublée avec plus de précision et moins de durée. Quite de Manuel Diosleguarde par saltilleras, le garçon chutant devant le bicho à l’issue de sa prestation et bénéficiant d’un quite opportun d’El Santo. Dorian Canton répondit au novillero charro par chicuelinas et demie. Doublant bien avec lenteur et temple en début de faena, le palois composa une faena ambidextre juste, techniquement et artistiquement aboutie, mais hélas mal conclue, après manoletinas finales, par une lame sous-cutanée et une entière caida nécessitant l’usage du descabello. Vuelta.

Le quatrième fut salué par quelques véroniques templées avant d’être placé face au cheval pour y être châtié à deux reprises, la seconde fois en carioca. Peut-être piqué trop sévèrement, le Pedraza se mit très vite sur la défensive et réduisit ses charges. Dorian sut peu à peu le convaincre et le bicho se laissa faire sur les deux cornes en quelques séries inespérées au départ. Il joua toutefois des cornes et désarma le bearnais en derrotant en fin de passe. Final par dosantina et luquecinas avant entière tendida concluante. Deux oreilles, une de trop que le public salua par des sifflets et par une bronca au palco à l’issue de la vuelta de Dorian.

Le second novillo de la tarde se jeta dès son entrée contre un burladera et l’on pensa un moment qu’il ne pourrait pas poursuivre son combat. Mais il se reprit assez vite et permit à Manuel Diosleguarde de l’inviter à une entame par agréables véroniques. Deux rations de fer pour ce Pedraza qui traversa la piste à la seconde sollicitation mais qui se décomposa ensuite à la mi-temps du dernier tiers. Quite par delantales et demie d’Alejandro Mora. La faena du novillero salmantino fut d’inégale intensité, le garçon tenant le sitio sur quelques séries droitières puis se faisant manger le terrain par la suite. Certes il y a du temple et de la douceur dans le toreo du garçon mais il lui manque un peu de poder pour asseoir l’ensemble. La séquence encimista finale n’apporta rien à un ensemble qui ne méritait pas l’oreille concédée après une lame caidita.

RAS au capote face au quinto qui prit ensuite un picotazo sans mise en suerte, retournant par deux fois au cheval mais en sortant seul à chaque fois. La faena ambidextre qui suivit fut agréable mais entachée du défaut signalé pour celle du matin, à savoir un toreo un peu marginal visant plus à accompagner la charge qu’à la diriger. Plus d’esthétique donc que de mando. Entière tendida en trois assauts. Silence.

Alejandro Mora, neveu du grand maestro Juan Mora, a encore du chemin à faire avant d’atteindre la dimension du tonton. Son premier fut compliqué à fixer dans le capote. Lorsqu’il y consentit, ce fut pour trois véroniques et demie. Il parvint ensuite à faire chuter la pièce montée lors du premier assaut, sortant du second sans être piqué avant de retourner de loin dans le peto d’où il sortit seul très vite. Quite de Dorian par véroniques et demie. Mora gagna le centre pour y dessiner quelques séries de la droite, enchaînant ensuite sur le bord opposé mais jouant du pico d’un côté comme de l’autre. On retiendra de l’ensemble une somme de détails isolés face à un novillo mansote à la charge désordonnée. Entière tendida latérale. Oreille protestée.

Le dernier, après quelques capotazos, prit deux rations de fer, poussant un peu sur la première. La seconde faena fut plus ou moins à l’identique de la première face à un dernier utrero manifestant peu de race et sortant souvent suelto des muletazos. Final en toréant plus le public que le Pedraza. Trois-quart contraire pour la conclusion. Descabello. Silence.

Sortie a hombros un peu protestée pour Dorian Canton. 

Reseña et photos : Paco.