Le CFT à La Fragua. C’est en forgeant…

Connaissez-vous Pontonx, petit village de 2800 âmes, qui fleure bon le sud-ouest, à 20 km de Dax ?

Ce week-end s’y déroulait la sixième édition du « Certàmen La Fragua », imaginé par le Maestro Juan LEAL. Celui-ci, alors qu’il avait, à peine, 21 ans et qu’il venait, tout juste, de prendre l’ alternative, se souciait, déjà, du sort des jeunes toreros en devenir. Si ça c’est pas de la générosité ! 

L’idée est de faire concourir, le samedi, 12 jeunes talents, inscrits sur dossier, venant de tous les pays où se pratique la tauromachie, durant deux tientas éliminatoires de 6 vaches chacune et de sélectionner 4 finalistes. Ils s’affrontent, le dimanche après-midi, lors d’une Novillada sans picadores formelle, ce qui permet d’élire un vainqueur. Le tout est complété, le dimanche matin, par un festival, où participe le Maestro LEAL ainsi que le parrain de l’édition.
Les éliminatoires sont effectuées en public, en accès libre, autant dire que, même si le programme est dense, il est très intéressant, pour tout aficionado un peu curieux, de voir éclore les futurs espoirs à venir. Ce Certàmen se déroule sur un week-end, tout cela gratuitement, pour les concurrents, qui sont logés et nourris, ainsi qu’un accompagnateur. Autant dire que c’est une compétition très prisée, qui a très rapidement pris de l’importance et fait écho, dans le monde de la « Sin ».
L’édition 2019 avait pour parrain le Maestro Julio APARICIO, qui, arrivé en début d’après-midi le samedi, a tenu à suivre une partie des éliminatoires, avant de participer, le dimanche matin, au festival.
Rendez-vous était, donc, pris, vendredi soir, à l’espace thermal de Dax, car c’est une ville où le curiste est très prisé, donc très choyé ! Dans la salle à manger, on s’active déjà, nombreux sont les candidats qui sont déjà arrivés. On aperçoit déjà le Maestro Juan LEAL, qui veille sur les petits, pour savoir si tout se passe bien. Celui-ci, quand il aura des enfants, ce sera un vrai papa poule, c’est certain ! 

Dans le parking de l’hôtel, les plaques minéralogiques espagnoles témoignent que les voyageurs ont fait un grand chemin pour être là. Très vite, on reconnaît le style d’ambiance : des esportones, des valises à carreaux beige et noir de chez Fermin, des capes et des capotes qui dépassent, on s’affaire, on téléphone beaucoup, il y a des taurins pas loin ! 

A l’entrée de l’hôtel, se tient l’excellent Alexis DUCASSE, chargé d’accueillir et coordonner les participants, tout sourire, des papiers à la main. Il aiguille chacun avec autant d’efficacité que la discrétion qu’on lui connait. C’est déjà un plaisir.
Nous laissons ce petit monde à leur repas, ils ont bien mérité de se restaurer et de se reposer, demain la journée sera importante, longue et fatigante.
Dehors, il fait nuit, très humide et frais. Pas le moindre curiste à l’horizon, eux aussi sont fatigués, seules les arènes de Dax pointent leur fronton, face à nous, au bord de l’Adour, qui roule généreusement, tel un André DARRIGADE, à l’arrivée du Tour de France !

Samedi matin, 9 heures, nous retrouvons notre « mundillo » fin prêt, ils sont tous listos, bien beaux, bien peignés, (ah le peigne !) en traje corto, les professeurs sont attentifs à tout, il ne faut rien oublier. Toutes les voitures, malle-arrières ouvertes, font apercevoir une quantité astronomiques de valises sacs et autre matériel, un vrai baúl de la Piquer! 

Il fait toujours aussi froid et humide. Chacun rentre se chauffer, dans sa voiture, le convoi démarre et, façon « cloche tibétaine », nous voici, à la queue leu-leu, pour parcourir les 20 km, qui nous séparent de Pontonx.
Quand nous arrivons, dans ce charmant petit village, c’est une jolie arène que nous découvrons, comme il y en a tant, dans cette belle région. Elle a eu une autre vie, avant sa rénovation, qui, finalement, a été effectuée avec beaucoup de goût et d’astuce. Le béton a été habillé par du bois peint en rouge, façon barricade, un espace d’entrée convivial, organisé comme une petite cour sévillane, avec les chaises en bois sculpté et bariolé, un bar, des tonneaux en bois pour prendre les tapas, boire un verre et refaire la course, les farolillos au plafond et des têtes de taureaux accrochées aux murs. Les affiches nous rappellent des souvenirs heureux, de beaux après-midis taurins vécus, en France comme en Espagne.
Mais, ces arènes ont surtout un énorme avantage, non négligeable, par un petit matin de février, elles sont couvertes ET chauffées : Le luxe. On va donc pouvoir profiter de notre journée, dans des conditions extrêmement agréables, sans avoir à danser d’un pied sur l’autre, en tentant, sans y parvenir, de se réchauffer, les mains dans ses poches, en se maudissant de ne pas avoir préféré une passion comme le crochet ou le sudoku, assis dans un bon fauteuil, à la maison, plutôt que la tauromachie, dehors à tous les vents !
Alexis DUCASSE nous accueille, maintenant, devant les arènes, il est aussi omniprésent qu’actif et bienveillant à l’égard de tous. Tout le monde se presse, dans cette salle. On retrouve des visages connus, habitués de cet événement, vrais aficionados fidèles. Ici, une amie toulousaine, qui fait le tour du sud de la France, étant à mi-chemin entre l’est et l’ouest, là, une dame très sympathique, véritable vedette des gradins, qui jette toujours un petit billet ou plus souvent des sacs, remplis de bonbons et de friandises, aux jeunes toreros, pendant les vueltas…Bref, chacun veut être là, pour voir le début de « La Fragua ». 
Nous y voilà, c’est du sérieux, on va procéder au tirage au sort. La tension monte, le Maestro LEAL s’approche du micro et explique en espagnol et en français, le déroulement des événements. Son apoderado, le bon Maurice BERHO, un petit du pays dacquois, à la carrure de rugbyman qu’il fut de nombreuses années et à la barbe de père Noël, l’accompagne et va l’assister.
On se saisit de deux chapeaux andalous, les numéros sont notés sur du papier à cigarette, comme pour tout sorteo qui se respecte puis, suerte a todos y pa ‘lante ! Chaque candidat est appelé, il tire son numéro d’ordre et se place aux côtés du Maestro LEAL. Malgré tout, la tension est palpable, tout le monde est calme et respectueux. Les membres du jury sont à côté, chacun avec un dossier papier, pour avoir le Cv des 12 candidats et noter l’ordre de chacun. Le bombo est terminé, une photo est prise, pour la postérité et on peut maintenant démarrer.
Parmi ces 12 novilleros, quand on y réfléchit, l’avenir de la tauromachie est bien là. Être sélectionné est déjà un privilège.

On pénètre, dans les gradins, dont les bancs sont recouverts de bois, peint en rouge, c’est une ambiance chaude. On découvre une arène très joliment décorée, avec une exposition de photos et tableaux taurins et c’est maintenant confirmé, les arènes sont chauffées… Wiiiizzzzzzz !!!!!!
Malheureusement, c’est à peine une petite centaine de personnes qui s’installent, dans le public, une soixantaine s’affairant, dans le callejon, novilleros, mozos et professeurs. Là, c’est bien triste que ce genre de concours, en entrée gratuite, n’attire que peu de monde, car, c’est là que le futur se prépare. Comment croyez-vous que les ROCA REY, PERERA et autre LOPEZ SIMON sont arrivés au niveau où ils en sont ? Spontanément ? Eh bien non, ce sont des années de travail, d’entrainement, d’enseignement, de sacrifices, de compétitions, qui les ont menés au grade de Matador de toros, par petites étapes et surtout, avec le soutien de fidèles aficionados, qui les ont suivis, depuis leur plus jeune âge.
Alors, vous qui lisez ces lignes, s’il vous plait, allez dans ces rendez-vous de la passion, découvrez les futures figuras de demain, intéressez-vous à leur formation et venez apprendre avec eux, comment tout cela fonctionne !
Le cheval de picador est là, en piste, monté par le très professionnel GABIN. Les membres du jury s’installent. Tout le monde est en place. On peut y aller. 
Durant 2 bonnes heures, vont se succéder 6 jolies et bonnes vaches de Rekagorri, donnant beau jeu et permettant aux candidats de faire montre de leurs capacités. Chacun est très attentif, car il peut être appelé à tout moment, soit pour passer « de second », soit pour être revu, en cas de doute. Donc, dans le callejon, on est très concentré. GABIN sait comment faire, pour que tout se passe de façon très rythmée et même, quelques fois, il aide, de sa voix tonitruante, une vache, un peu capricieuse, à venir à la rencontre.
Mais, le spectacle est, tout autant, dans la piste, que dans le callejon. En effet, le Maestro LEAL, le même qui réalisa, à Madrid, voici deux ans, un faenon, resté dans les mémoires, aussi audacieux que généreux, est l’organisateur de cet évènement. Et, il l’est, jusqu’au bout du cœur. Constamment vigilant du déroulement des choses, du parfait traitement du bétail, de la sécurité des élèves, il replace une vache, fait un quite, saute dans les tribunes, pour régler une bafle qui grésille, personne à la technique, c’est pas grave, il résoud lui-même, il en a vu d’autres ! Ce garçon est partout et il est adorable, une vache se fait attendre, pas de problème, Juan va, dans le toril, la chercher, à mains nues !
Et c’est la même chose pour Maurice, qui a gardé son œil averti de photographe, il surveille tout lui aussi, aide à faire rentrer une vache, il est très vigilant et attentionné, vis-à-vis de son Maestro de gendre.
Malgré le côté concours et la pression, on n’a pas vu le temps passer, quand la 5ème vache sort ! Après la sixième vache, à 12h30, la première « manche » est terminée. La suite du programme, c’est déjeuner, dans le ruedo, eh oui !

Dès que nous nous levons, pour aller prendre un apéritif bien mérité, déjà, les énergiques bénévoles de la Peña Juan LEAL de Dax sont aux manettes : les tables et les chaises sont installées, tout cela est bien rôdé, l’organisation est parfaite, chacun reste à sa place et sait parfaitement ce qu’il a à faire : Donc c’est efficace ! Tout le monde met la main à la pâte et la famille du Maestro n’est pas en reste : le frère au bar et à l’installation des tables, la sœur en cuisine, le grand-père à la distribution des plateaux repas…C’est épatant. 

L’ambiance est festive, comme on sait si bien le faire, dans ce sud-ouest, toujours si accueillant. On est sollicité par deux jeunes filles, qui vendent les billets de la tombola : en jeu, un capote et une muleta, offertes par le Maestro CASTELLA, qui a tenu, à sa manière, à participer à cet événement. Lui aussi a toujours aidé les jeunes, probablement le souvenir d’une période de formation, qui a dû être rude. C’est un autre grand Monsieur.
Entre parenthèses, il y a, aussi, un autre prix à gagner et c’est une plancha, car, ici, on n’est pas des petits et c’est la patrie du bien boire et du bien manger, alors, on s’en souvient !!!
Lorsque l’on pénètre dans le ruedo, pour se restaurer, les jeunes toreros sont déjà en train de déjeuner et l’on va pouvoir se régaler d’une bonne axoa locale ou d’une excellente paëlla maison. Un bon vin de Madiran là-dessus et hop, ça repart !

La seconde partie débute. Elle se déroule, avec le même rythme et la même intensité que le matin. Tout est parfait, impeccable d’organisation. C’est un régal.
La dernière vache rentrée, l’animateur, au micro, annonce que, pendant que le jury délibère, une vache supplémentaire est prévue, cette fois-ci, pour les professeurs, venus soutenir leurs élèves! Le Maestro monte à cheval, car, maintenant, c’est lui qui va piquer. Ce garçon est un vrai phénomène, je vous dis, mais c’est surtout un grand Monsieur.
Parmi les enseignants, on se fait un peu tirer l’oreille, mais, quand même, une demi-douzaine se risquent. Et là aussi, c’est un moment très sympathique, où les profs, outre le plaisir de toréer, se mettent un peu la pression de devoir sortir, devant leurs collègues, mais, surtout, devant leurs élèves. Chacun y va donc de son toreo, la vache est pleine d’énergie, on peut s’amuser sans problème.
Cette récréation passée, c’est maintenant le moment de l’annonce de la décision du jury. 4 jeunes finalistes sont appelés dans le ruedo. Pour eux, l’aventure continue demain. Le niveau est haut, Les 2 « petits » français n’ont pas démérité, loin s’en faut, mais, ils ne sont pas qualifiés. Comme dit le proverbe chinois : « Le chemin est long, les racines sont amères, mais le fruit est doux ». Certains auront un avenir dans la tauromachie, d’autres garderont ce moment comme un beau souvenir, mais tous sont, assurément, animés de la même passion, c’est certain.

Assister à cette expérience a été plein d’enseignements.
La découverte d’un homme jeune, simple, ouvert sur le futur, d’une générosité exemplaire, n’hésitant pas à y mettre de ses deniers personnels est toujours une bonne nouvelle.
De généreux partenaires, qui aident, notamment, au financement et qui ont le courage de s’afficher, alors que la période ne s’y prête plus trop, est aussi une excellente chose. Alors, chers aficionados, s’il vous plait, quand vous verrez le Maestro Juan LEAL faire le paseo, pensez à ce qu’il fait pour les jeunes.

N’hésitez pas à l’épauler financièrement, par exemple.

Mais, surtout, venez à la prochaine édition de La Fragua, vous verrez, c’est là que se « forge » l’avenir du toreo !

Chanquete.
(Article paru sur le site du CFT : https://www.cftauromachie.com/)