Affiches d’antan.

Comme pour les marées d’équinoxe qui dévoilent des vestiges, le hasard d’une rencontre ou un tsunami de bibliothèque font ressurgir le passé !

Comme ces deux cartels et leurs histoires particulières.

Le stade de la Meinau évoque plus des derby célèbres avec Gilbert Gress avant qu’il intègre « l’Ohème », que des événements taurins.

Strasbourg, capitale de l’Alsace va voir, ce dimanche de Pentecôte 1949, les taureaux fouler la pelouse du Racing Club  dans une arène portative. Au cartel : Silvino Zafòn Rodriguez «El Niño de la Estrella» (localité éponyme près de Teruel) né en 1908.

De 1932 à 1935, il va toréer plus de 100 courses. Il prend son alternative à Barcelone le 16 mai 1937 des mains de Pedro Basauri, témoin Jaime Nohain, toros de Pellòn, sous les yeux de Don Ernesto Hemingway. Dernière alternative en zone républicaine !

Son inclinaison politique communiste lui confère le titre «d’ennemi du peuple» alias «le torero rouge». Il sera emprisonné deux ans, destitué de son titre de matador de toros. Il émigre en France début 1949 et s’établit à Marseille où il fera des courses de novillero, puis de banderillero. Il décède dans un accident de circulation à Orange. Il repose à Arles.

Il avait toréé plus de 20 fois à Madrid, il a donné son nom à un paso doble, à un anis et accessoirement à la plaza de Villafranca (Castellon) !!

Fernando Lara «Larita chico»

Il est certainement le plus modeste des Lara qui a porté cet apodo. Il a fait sa présentation en public en 1945 à Ecija en compagnie de Rafael Osuma et Rafael Garcia (toros Duero de Santa Maria), il a 18 ans.

Il se présente à Madrid le 31 août 1947 (deux jours après les obsèques de Manolete) en compagnie de Luis Alvarez «Andaluz » et Luis Peña, novillos de Manuel Arranz. On le rèpéte avec José Catalan, Vicente Fauro (toros de Vicente Muriel).

L’année 1949 sera une temporada essentiellement française, il fit partie intégrante du circuit de Jo Calais (arènes portatives). Le 3 et le 19 juin, il sera à Marseille avec Conchita Cintron ; le 12 il est à Roanne.

La caballera en plaza  est « Consuela Gageron ».

En l’occurence Denise Puget dite «Poupette», sœur de Françoise Yonnet.

Le détail de l’apodo dans le début du prénom et la fin de son nom feront se confondre phonétiquement avec Conchita Cintron (1).

Elle torée à la mode portugaise (sans mise à mort).

Le cabrer en haut à gauche est le travail d’Emma Calais, «créatrice du torero en Europe» (sic). Tragiquement disparue en août 1944, elle était la première épouse de Jo Calais.

On retrouve la partie course libre avec l’inévitable Teti Moran, Garic (Garrigues!) et le toro emboulé pour les amateurs.

Les toros croisés sont certainement à la charge d’Etienne Pouly. Ce dernier changera l’apodo de Denise Puget en «Perlita Morena» quand elle travaillera en spectacle pour lui.

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Cette seconde affiche propose un programme complet : rejon, tauromachie espagnole, course à la cocarde avec les inévitables Paul Garic et Teti Moran (2).

Le rejoneador catalan est Roger Cantaloup, natif d’Arles sur Tech (1920), sa mère est de Beauvais. Bel homme avec beaucoup de prestance à cheval. Il fera une courte carrière, il se retirera dans le négoce en Andorre. (3)

Il combat un novillo de Joseph Sol (Gamero Civico) à la portugaise (sans mise à mort). Arbore-t-il le costume français du XVème siècle ?

Raoul Albert dit «Raoulet» : torero français d’origine biterroise (1924). Cette année 1952 a vu sa présentation à la plaza madrilène de Vista Alegre où il a fait bonne impression. Cette temporada sera sa dernière. Le calvaire commence en juin à Arles, toros de Lescot, puis Gimont avec des Saurel et s’achève chez lui à Béziers (toros de Sol). Il se retire , il a 28 ans.

Pedro Goïta  Rodriguez dit «Pedro Romero»

Natif de Murillo Del Rio Leza (Logroño), il arrive à Arles en 1949, il a 27 ans. Après une carrière de novillero jusqu’en 1955, il se vêtira d’argent. Pilier de la tauromachie française pendant un demi-siècle, il est le père de la dynastie.

C’est une capea de muerte, sans picadors. Les novillos toros sont d’Etienne Saurel (le  frère de Pierre «le panard»).

C’est la première «corrida» à Gimont dans les arènes portatives sur la placette du Parc des Sports. Les rives de la Gimone verront se renouveler les spectacles taurins d’une manière chaotique jusqu’à la reprise formelle dans les années 1990. 

Le 25 juin 2000, Gilles Marsal «Marsalito» deviendra le 35ème torero français d’alternative et le premier dans la plaza gimontoise (unique à ce jour).

«Un peuple qui oublie son passé n’a pas d’avenir» W.Churchill

Jacques Lanfranchi «EL Kallista»
(dimanche 10 février 2019)

  1. à Plaisance du Gers, le souvenir d’une course en août 1953 avec Pedro Romero et Conchita Cntron alors que c’était Consuela Gageron ! (in toros n°1700)
  2. Paul Garic fut le tourneur d’Emile Dumas, Teti Moran fut aussi célèbre que son âne cocardier «Titi».
  3. CV fait par Dolores Amalia Vargas, cérétane et torophile…

photos DR

Remerciements à Richard Roigt (informations sur R. Cantaloup), à la famille Romero (affiche de Gimont 1952), à Albert Clavel pour l’affiche de Strasbourg (1949).

Bibliographie :

  • Deux siècles de Tauromachie à Marseille , Paul Casanova UBTF 1990
  • Histoire de l’élevage du Toro de Combat en France , Pierre Dupuy, renaissance du livre 2003
  • Toros de France, association des éleveurs français de Toros de combat 2010