Regard de Freddy Porte sur la Foire de Golega 2018.

Quand j’ai quitté Golega, la ville était endormie. Amante fatiguée, elle s’était offerte avec passion à qui savait l’aimer. Les rues  étaient désertes, le dernier visiteur parti, les derniers chevaux avaient quitté leurs stalles….. Haletante quelques heures auparavant, la jolie petite cité ribatejana reprenait son souffle.

Huit jours de fête, de liesse, où gens de tous bords se côtoient et partagent avec le cheval Lusitanien un demi-millénaire de complicité.

La Foire a été instituée en 1571 par le Roi Don Sebastiao ; elle se tenait longtemps un seul jour, le 11 novembre, pour la Saint Martin.

L’odeur des châtaignes grillées nous enveloppe et nous colle encore à la peau comme la fumée qui l’accompagne et qui donne ce flou aux images immortalisant cet événement hors du commun.

L’agua-pé s’est laissé déguster à petites gorgées comme la sopa de piedras qui réchauffe nos corps engourdis par l’humidité. Cette année, il pleuvait à Golega, le dimanche 11 étant le jour le plus arrosé.

Le destin de Golega est étroitement lié à celui de la famille Veiga : José Veiga Maltez préside la Camara Municipal avec un cinquième mandat à son actif.

Soucieux du bien-être de sa ville, de ses administrés, du cheval, le maire a souhaité réglementer cette belle manifestation qui s’étale à présent sur deux week-end et qui est observé par toute la Planète Equestre.

Cette année, 3242 chevaux ont été répertoriés, cela implique un peu de discipline. Quelques dents ont grincé mais le premier magistrat a tenu bon, soutenu par la majorité de la population. Le bien-être du cheval et la sécurité des personnes sont une motivation suffisante. La circulation des chevaux est dorénavant interdite entre 2h et 7h du matin.

Dans la journée, des sens de circulation et des sens interdits sont imposés aux cavaliers, tout comme la tenue vestimentaire ou le comportement responsable envers le noble animal. Aucun débordement, aucun mauvais traitement ne sont tolérés…

La première caseta que l’on rencontre lorsqu’on aborde par la gauche, après le commissariat de la Foire, est celle de Manuel Tavares Veiga, cousin du premier cité. Pas moins de sept générations de Manuel se sont succédées à la Quinta da Broa…

Libre da Broa remporte une médaille d’argent et une seconde place dans la catégorie des 3 ans.

Impulsivo da Broa prend la 3ème place des 5 ans et plus. La première place étant attribuée à Gitano de l’élevage d’Arsenio Cordeiro. Le titre de champion de la race lusitano revient à Jasmin Plus, 1er dans la catégorie des 4 ans. Liberal da Agoalva obtient une première place des 3 ans avec une médaille d’or.

Pendant ce temps, non loin de là, à Torres Novas, ville jumelée avec Rambouillet, on faisait sonner les cloches afin de s’accorder avec les commémorations françaises. Ici, là-bas, se fêtait le centenaire de l’armistice du 11 novembre 1918. Une manière de souligner  l’attachement du Portugal à la France, et de partager la souffrance liée à ce premier conflit mondial qui vit mourir beaucoup d’hommes et de chevaux.

La France était honorée à Golega cette année en la personne de Sylvain Massa, président d’honneur de la Foire 2018. Ce dernier nous avoue avoir découvert le cheval lusitanien dans les années 70 grâce à son ami Gérald Pellen.

Devenu lui-même éleveur, Sylvain Massa a créé il y a 20 ans le lusitano-sport issu du croisement entre des juments lusitaniennes et des étalons allemands ou hollandais dans le but de produire le cheval de dressage idéal. Animé par une vraie passion, il s’est entouré des conseils de deux généticiens qui l’ont l’aidé dans sa démarche : garder les qualités exceptionnelles du cheval des Rois auxquelles il souhaite apporter la puissance et la force de propulsion.

Mais notre ami Massa ne réussit pas seulement dans l’élevage. Avec un doctorat en sciences-économiques obtenu à la Faculté de Nice, Sylvain est un homme d’affaires accompli. Il excelle dans l’immobilier, le commerce, l’industrie, l’agriculture, le vin (une note de 94  lui a été accordée par le célèbre guide Parker).

L’écurie Massa, c’est 350 têtes, 120 juments poulinières, de 40 à 70 naissances par an et d’excellents résultats obtenus sur les rectangles de dressage.

Lorsqu’il prit la parole pour remercier l’honneur qui lui était fait, notre compatriote, s’exprimant dans la langue de Marialva, rappela son amitié avec Guillerme Borba, Felipe Graciosa, Fernando Palha, Jose Veiga Maltez, Manuel Veiga, …

Visiblement ému, il eut le privilège de remettre les récompenses et autres prix à Jasmin Plus cité plus haut comme vainqueur des 4ans et Champion de la Race Lusitane. Son épouse Anne-Sophie de La Gâtinais partagea les honneurs et la chaleureuse ovation que leur fit les Golegans.

En milieu de semaine, le jeudi soir, dans la carrière centrale un hommage était rendu aux cavaliers  tauromachiques. Alvaro Domecq y était attendu. Un empêchement nous priva de sa présence.

C’est autour de José Samuel Pereira dit Lupi (86 ans) que le défilé se forma : on reconnut entre autres Francisco Palha, Ruy Fernandes, Antonio Ribeiro Telles, et plus d’une trentaine de chevaliers tauromachiques qualifiés ainsi selon l’expression portugaise.

Parmi les moments forts nous retenons le spectacle donné par l’Ecole Royale Portugaise d’Art Equestre ainsi que l’hommage rendu à Luis Valença…

Une délégation de la FFE conduite par son président Serge Leconte venu incognito, se plongea volontiers dans le dépaysement culturel, sans doute pour essayer de percer l’âme de cette fête du cheval si particulière.

La pluie gâcha la dernière journée, compliquant la procession des pèlerins de San Martinho et la finale de la maniabilité du Championnat National d’Equitation de Travail qui suivit. Mais comme son nom le sous-entend, l’équitation de travail se pratique par tous les temps. On pataugea donc dans l’Arneiro da Feira et l’épreuve eut lieu devant quelques courageux parapluies.

Golega, amante fatiguée, s’était offerte à qui savait l’aimer…

Reportage : Freddy Porte.