Madrid. 7 octobre. Le triomphe majeur de Diego Urdiales.

Après Bilbao, c’est maintenant Madrid qui ouvre sa Puerta Grande à Diego Urdiales.

Il est des situations qu’on peine à comprendre. Comment un torero de la dimension du riojano a-t-il pu rester hors du circuit des grandes ferias ? Interrogés, certains vous diront qu’il ne triomphe que dans certaines plazas. D’autres parleront de son (mauvais) caractère. Quoiqu’il en soit, il est des choses qui ne trompent pas et on ne sort pas par hasard par la Grande Porte de Las Ventas.

L’aficion et le mundillo feraient-ils un retour vers les fondamentaux en reconnaissant la valeur intrinsèque d’un torero, non pas à des détails sur lesquels certains (et je ne citerai pas de nom) bâtissent une temporada, distillant au compte-gouttes un art tout aussi sévillan que rarement exprimé. 

Le toreo pur, le toreo vrai, celui où on met la jambe devant des adversaires qui ne sont pas que de simple faire-valoir, celui où en une vingtaine de passes on a tout dit, ce toreo qui puise aux sources de la tauromachie, Diego Urdiales le possède. Ce dimanche à Las Ventas, il a mis les arènes à l’envers, du pigeonnier au callejon, car il est des vérités qu’on ne peut nier.

Devant deux toros de Fuente Ymbro sérieux, tant en présentation qu’en comportement, le torero d’Arnedo a signifié aux empresas l’injustice de son absence des cartels. Face à un premier qui ne faisait aucun cadeau, il fut à la hauteur de bout en bout, des véroniques initiales aux profondes naturelles finales, en passant par les chicuelinas al paso pour mettre en suerte l’animal face au uhlan de service, une tauromachie mesurée, précise et authentique. L’estocade dans tout le haut parapha une oeuvre que la mort du toro sublima. Première oreille, de poids.

Face à un quatrième Fuente Ymbro dont on ignorait le potentiel en début de trasteo, Urdiales prit les trastos pour creuser le sujet, et sur la page blanche de la caste, il écrivit une autre belle histoire. On entra dans sa faena comme on entre en religion, à l’invite d’une série de naturelles d’anthologie, happés par une muleta basse et lente qui en délivra encore deux, plus belle l’une que l’autre. Réduire la faena à une simple description serait en ôter la magie. Contentons nous de dire que le toreo est beau quand il est simple et authentique. Deux oreilles et deux vueltas dans l’ambiance qu’on imagine. Un pur bonheur !

Raconter la suite vous fait retrouver les réalités. Octavio Chacon, face à un second compliqué, se joua la peau, comme souvent, en payant comptant. Il parvint ainsi à résoudre une équation meurtrière, à force de courage et de persévérance, signant une première faena « couillue » fort justement primée d’un pavillon.

Hélas le quinto ne lui permit pas de récidiver. Doté d’un mauvais caractère affirmé qui fit qu’il ne se livra jamais, mansote et dangereux, il mit en exergue les qualités du gaditano qui en tira ce qu’il put, faute de mieux. Salut.

Le troisième Fuente Ymbro était pétri des qualités qui font un grand toro, et si David Mora s’en aperçut (puisqu’il le brinda au public), il n’alla que très peu au fond des choses et resta en marge des possibilités offertes, tentant par moments de se ressaisir sans jamais y parvenir vraiment. Ovation à l’arrastre et sifflets pour le piéton.

Le sixième fut renvoyé aux corrales après lésion à une patte, et remplacé par un sobrero d’El Tajo aux charges désordonnées. David Mora profita de sa mobilité mais sans que son second trasteo décolle pour autant. Silence.

Photos : Ferdinand De Marchi.