Nîmes. 15 septembre (matin). Cinq oreilles, un rabo et un indulto.

Ce titre, volontairement provocateur, peut laisser penser que, comme souvent, la corrida nîmoise d’hier fut forcément triomphaliste puisque pléthorique en trophées.

Pour cette fois, on ne suivra pas ce raccourci car les récompenses accordées en cette matinale ont été assez proches de la justesse, notamment en ce qui concerne l’indulto. Ceux qui n’étaient pas présents diront : « encore un indulto, c’était prévisible, ou c’était écrit ». Ils ont tort. Car lorsque vous voyez un toro, en l’occurence ce « Devoto« , porteur du fer de « Toros de Cortés« , s’élancer dans le peto avec fixité, mettre les reins et pousser le cheval avec force et bravoure sur plus de 25 mètres, puis y revenir, après ce gros effort, pour mettre à nouveau les reins et pousser encore (sur quelques mètres cette fois), vous vous dites que vous êtes en train d’assister à un moment exceptionnel en l’état actuel de la Fiesta.

Quand en plus le bicho fait son boulot au second tiers, et termine avec une grande noblesse dans la muleta, chargeant sans se lasser et sans faiblir, vous ne pouvez contester l’apparition du mouchoir orange au palco. Certains diront encore qu’il n’est allé que deux fois au cheval, mais la première pique en valait bien deux, voire trois, et là les comptes sont bons. Pour ceux qui me connaissent, non je n’ai pas pris ma carte chez les toreristas, mais il faut appeler un chat, un chat !

Cette mise au point faite, on commencera, et c’est logique, par la lidia de « Devoto » qui ne permit pas à Enrique Ponce de s’illustrer au capote car difficile à fixer d’entrée (ce fut le cas de tous les toros de cette matinale). Ensuite vint l’épisode que nous venons d’évoquer face à un picador qui fit honnêtement son boulot par deux fois avant une faena sui generis de Ponce qui sut valoriser le capital qu’il avait à gérer. La faena du valencian, joliment débutée genou fléchi, prit corps sur la corne droite, s’étoffa sur le bord opposé avec des cites à pointe de muleta, pour redevenir droitière et très douce par la suite, comme la musique qui l’accompagnait. Final comme souvent par poncinas et un indulto unanimement plébiscité et accordé dans l’ambiance qu’on imagine. De tous les indultos auxquels j’ai pu assister (fantaisistes pour la plupart), c’est avec celui de « Pescaluno », novillo de Yonnet gracié à Lunel, celui qui m’a semblé le plus justifié, par les temps qui courent s’entend, mais à un degré moindre cependant, car avec l’utrero camarguais, on était plus dans un combat tel que je les aime, combat comme on en voit peu de nos jours et qui seul justifie l’existence de la corrida.

Et pour en revenir à ce spectacle matinal les trophées maxima pour Enrique Ponce qui doit dépasser, avec celui-ci, la barre des cinquante indultos (dont une grande majorité injustifiés).

Ponce hérita en quatrième position d’un Domingo Hernandez compliqué à parer qui prit ensuite le cheval par devant et qui le renversa, se faisant punir lors de la seconde rencontre par une pique pompée. Le Maestro de Chiva baissa la main d’entrée pour retenir le bicho dans l’étoffe puis lui garda la tête dans la muleta pour des séries droitières autoritaires en redondo. Le passage à gauche fut bref car le Garcigrande s’y avéra moins fréquentable. La mise à mort ne fut pas à la hauteur des attentes : entière de travers très tendida, lame sous-cutanée puis quasi-bajonazo complété par un descabello. Salut.

C’était un grand jour pour le novillero Antonio Catalan dit « Toñete » qui passait à l’échelon supérieur. RAS au capote at toro de la cérémonie qui prit une pique trasera doublée d’une seconde ration de fer de moindre intensité.

Après avoir fait voler quelques planches,  « Asustado« , porteur du fer de Victoriano del Rio, visita le callejon avant d’être convié à une faena majoritairement droitière de correcte facture à laquelle il se prêta avec une grande noblesse.

Final par circulaires à l’endroit et à l’envers avant une entière en place libérant deux mouchoirs (un de trop). Vuelta généreuse pour le toro.

Face au sixième, de Domingo Hernandez, RAS à nouveau au capote, puis une première pique trasera en levant le cheval et en poussant sur la corne gauche. Alors qu’au second assaut on pensait que le bicho s’endormait contre le peto, il s’alluma sous le fer et poussa le groupe jusqu’au centre. La faenita qui suivit fut cette fois encore bien construite, l’Hernandez s’y avérant meilleur sur la corne droite, ce qui n’empêcha pas Toñete de dessiner trois bonnes séries gauchères. Final encimista précédant une lame caidita. Oreille.

Ce n’était pas le jour du Juli. Son premier adversaire, de Victoriano del Rio, freina d’entrée dans le capote, puis désiquilibra cheval et cavalier lors d’une première rencontre chaotique doublée d’un second puyazo trasero en carioca. La faena qui suivit fut plus technique que brillante, le madrilène s’appliquant à mettre le bicho dans sa muleta et de l’y conserver. A peine trois naturelles car le Victoriano se retournait vite et un trasteo droitier bien mené mais un peu désagréable à suivre à cause des vociférations du torero. Semi-julipié pour laisser une entière contraire latérale. Salut.

RAS au capote face à un cinquième, de Domingo Hernandez, qui s’échappa ensuite vers le picador de réserve qu’il déséquilibra, le uhlan se faisant trainer sur quelques mètres, pied coincé dans l’étrier avant chute de l’équidé bousculé par le toro. Palo cassé lors de la deuxième rencontre avant une pique carioquée et pompée. Petit à petit ensuite Julian mit le bicho à sa main avec le métier qu’on lui connaît, signant quelques bonnes tandas ambidextres avant que l’animal ne se dégonfle et parte vers le toril après quelques luquecinas. Deux pinchazos, le second en prenant les boulevards extérieurs (julipié), puis une entière en place. Salut.

Côté toros, belle présentation des Victoriano del Rio. Plus commodes les têtes des Domingo Hernandez.

A l’issue du paseillo, El Juli reçut la médaille de la ville pour ses vingt ans d’alternative. 

Sortie par la Porte des Consuls pour Enrique Ponce et Toñete.

Reseña et photos : Paco.