Arles. 9 septembre. Tarde sans trophées mais non sans intérêt.


Changement de décor hier (au propre comme au figuré) avec une corrida de Baltasar Iban bien différente de celle de la veille avec cette fois le versant torista de la Fiesta.

Des toros de superbe présentation, astifinos, exigeants, solides et encastés, avec quelquefois le sentido qui prenait le dessus, et qui demandaient les papiers aux toreros. Bref des toros que bien des figuras préfèrent éviter, même si la plupart d’entres elles serait capable de s’y frotter. Bref l’éternel débat qu’on n’abordera pas aujourd’hui. Précisons que si la veille les châtiments furent souvent symboliques, les picadors du jour n’ont pas fait de cadeaux aux Baltasar Iban, à l’excès quelquefois. Deux poids, deux mesures !

Emilio de Justo fait partie de ces toreros habitués aux dures confrontations et la sérieuse adversité ne l’effraie pas. Il accueillit ainsi son premier adversaire par quelques bonnes véroniques et demie, puis le mena vers le picador pour une première pique dure et pompée administrée en carioca, laquelle fut doublée dans les mêmes conditions en partant de loin sans mise en suerte. Quite de Juan del Alamo par douves véroniques et demies. Brindée à Morenito d’Arles, son banderillero blessé aux adducteurs, la première faena majoritairement droitière de l’extremeño fut un modèle de domination dans un corte classique bien maîtrisé. Pas de fioritures, que de l’essentiel en se croisant, en courant la main et en tirant le bras au maximum. Bref une faena de deux oreilles que le garçon gâcha avec les aciers (entière en place après trois pinchazos, puis … dix-huit descabellos). Bronca au retour au callejon puis palmas.

Le quatrième fut reçut par véroniques et demie genou fléchi, puis piqué à trois reprises, sortant seul de la troisième rencontre. Salut des banderilleros Juan Manuel Perez et Juan Sierra pour un second tiers bien mené. Bien doublé en début de faena, le bicho afficha une charge désordonnée sur la corne droite, ce qui fit que très vite Emilio prit la main gauche où son trasteo se révéla plus abouti. Entière caidita au second assaut et des longueurs à la puntilla qui indisposèrent le public. Salut.

Juan del Alamo signa quelques bonnes véroniques, chicuelinas et demie face à son premier qui prit une première ration de fer pompée, puis vint une seconde rencontre où le lancier troua le cuir à deux reprises avant une troisième visite en partant du centre. Brindée au public, la première faena fut contrariée par un bicho trop piqué qui réduisit ses charges après une paire de tandas droitières, forçant le torero à arracher les naturelles qui suivirent. Entière caida en deux temps. Palmas.

Le cinquième toro freina d’entrée dans le capote du salmantino qui ne put dessiner que quelques véroniques isolées. Bonne intervention du picador Juan Francisco Peña qui piqua par deux fois avec beaucoup d’honnêteté et une certaine classe, dans un style qui me rappela un certain Anderson Murillo (que les plus anciens ont connu il y a quelques lustres) dans sa façon de laisser tomber le palo vers le morillo du toro. Hélas, si la faena du garçon connut quelques moments de bonne facture, elle fut beaucoup trop longue et l’intérêt sur les étagères se perdit progressivement. De plus Juan del Alamo eut le tort de dessiner des séries là aussi trop longues, le bicho accrochant l’étoffe après trois muletazos. Final par manoletinas avec perte de muleta, puis demi-lame en place nécessitant un brelan de descabellos. Silence.

Juan Leal ne put river ses pieds au sol lors de la réception du troisième qui prit deux rations de fer latérales, trasera la première. Muleta en mains, l’arlésien débuta par des passes cambiadas au centre qui firent rugir les gradins. Les trois séries ambidextres qui suivirent furent de bonne facture avant que le garçon ne tombe dans ses travers en raccourcissant la distance pour des circulaires inversées alors que l’Iban aurait demandé de la distance. Final par bonnes naturelles de face et bernadinas serrées avant entière dans les côtes complétée par pinchazo hondo et descabello. Salut. A mon avis (et ça n’engage que moi) le garçon est un peu passé à côté du meilleur toro de la tarde.

Juan faillit se faire enfermer dans les planches par un sixième manso et débordant d’énergie. Il se dégagea très vite pour le mener vers le centre avant un épisode chaotique à la pique, le lancier piquant une première fois dans les reins avant de rectifier le tir, puis une seconde fois où le toro sortit seul puis revint une troisième fois pour un puyazo muy trasero avant une quatrième rencontre en allant chercher l’animal dans les medios. Sortie sous la bronca. Brindée à Jean-Luc Couturier, la seconde faena de Leal connut une entame correcte par trois bonnes séries sur la corne droite, puis une série gauchère à l’identique. Il chiffonna ensuite sa première circulaire inversée avant une seconde mieux maîtrisée suivie d’un desplante. Demi-lame tendida après deux pinchazos hondos, descabello. Silence.

A l’issue de la course, le prix au meilleur picador fut remis en toute logique à Juan Francisco Peña qui avait piqué le cinquième toro.

Reseña et photos : Paco.