Dax. 9 septembre (tarde). Ponce triomphe. Alternative réussie pour El Adoureño.

Dernière corrida de la feria Toro y Salsa, temps dégagé, petite chaleur, arènes presque combles, deux heures quarante de spectacle.

Cinq toros de Victoriano del Rio et deux toros de Toros de Cortes (2° et 3°), le cinquième changé pour boiterie par un sobrero du même fer, le sixième honoré d’une vuelta. Tous deux piques prises avec une certaine bravoure. Toréables mais parfois difficiles à la muleta.

  • Enrique Ponce (tabac très foncé et or), au deuxième, une entière, deux oreilles ; au quatrième, un pinchazo et une entière, silence.
  • Alejandro Talavante (noir avec des nuances rouge et azabache), au troisième, une entière une oreille ; au cinquième, huit pinchazo, un entière, deux descabello, silence.
  • Yannis Djeniba « El Adoureño » (blanc et or), qui prenait l’alternative. Au premier, une entière basse, avis et salut ; au dernier, une entière et trois descabellos, une oreille et vuelta au toro.

 

Yannis Djeniba « El Adoureño » est devenu, de fort belle manière, le soixante-cinquième matador français de l’histoire de la tauromachie de fort belle manière, en perdant certes un trophée à l’épée au toro de l’alternative mais en coupant ensuite une oreille à l’ultime Victoriano de la course.

Pourtant beaucoup d’inquiétude régnait dans les arènes lorsque Enrique Ponce remit à Yanis muleta et épée. Et pourtant la suite fut comme un conte de fée, comme si un magicien s’était mis face à « Entretenado », ce merveilleux toro de Victoriano del Rio. Par moments le garçon écrivait une symphonie…

Il était très vite venu sur la main gauche et, les pieds rivés au sol, sans bouger, enchaînant les unes après les autres des naturelles qui formaient d’immenses séries que le public applaudissait avec enthousiasme. Sur la fin, sans l’épée, il alterna de la gauche à la droite, concluant une faena très tranquille. Malheureusement l’épée fut très vilaine et il perdit un trophée majeur au profit d’un salut. Alors qu’il revenait vers le callejon, Ponce lui dit quelques mots et l’encouragea d’une tape dans le dos…

Il termina la course avec un animal nettement plus compliqué, mais était régulièrement soutenu par le public… Et toujours ces séries très lentes dans un minuscule terrain avec un long recorrido pour chacune des passes. Adoureño, que parfois on avait vu mal à l’aise face à des novillos, était totalement un nouveau torero. Une oreille pour sa course d’alternative, voilà qui lui permet d’espérer une intéressante suite pour sa carrière.

Cette journée qui voyait l’avènement d’un torero fut aussi celle d’un ancien et toujours percutant Enrique Ponce. Avec un toro de Cortes il fit exploser la tauromachie. Il la propulsa à son plus haut niveau, au point de  «tutoyer les anges». Ce fut une faena extraordinaire, avec un toro tout aussi étonnant. Il multiplia les séries, toujours avec lenteur et beaucoup de duende. Les trincheras succédaient aux changements de mains avant de parvenir à un final genoux pliés. Coup d’épée tel un éclair. Ponce sautait de joie comme un jeune débutant et partageait de solides abrazos avec ses banderilleros.

La suite fut plus compliquée avec un toro moins intéressant et manquant manifestement de classe. Certes il y avait eu un beau brindis au peintre Loren… Mais il fut souvent obligé d’arracher sa faena, passe après passe. Ce moment manquait nettement d’intérêt. Le maestro en termina rapidement.

Alejandro Talavante peut être considéré comme le grand perdant du jour. Certes il coupe une oreille à son premier toro, mais après le grand moment de Ponce, difficile de se faire remarquer, même à l’issue d’une faena très belle mais très classique. Il y avait pourtant beaucoup de temple et de douceur. Ce fut un peu la même chose avec son deuxième adversaire, mais une conclusion dans un véritable effondrement lors de la mise à mort. Un catastrophe impensable.

Une belle journée et une belle alternative pour Yannis dont le chemin futur peut profiter de cette journée dacquoise.

Reseña et photos : Jean-Michel Dussol.
Reportage photos : Jean-Pierre Souchon.