Carnet de voyage (3). Las Ventas.

Quel aficionado n’a pas rêvé d’assister à une novillada ou une corrida dans le callejon de Las Ventas ?

Grâce à le gentillesse et à l’amitié de Gilles Vangelisti et Robert Pilès, j’ai eu l’opportunité de réaliser ce rêve le vendredi 17 août dernier en suivant depuis la contre-piste la novillada de Dolorés Aguirre, double satisfaction car c’est une ganaderia que j’affectionne.

Arrivé très tôt (comme à mon habitude), j’ai pu me rendre au patio de cuadrillas où j’ai assisté à la préparation des chevaux et à l’arrivée des novilleros, non sans échanger avec le personnel des arènes.

Enfin vint l’heure du paseillo. Au cartel, le sévillan Javier Velasquez, le murciano José Manuel et le catalan Abel Robles. Côté bétail, six superbes utreros de Dolores Aguirre, charpentés (de 502 à 537 kg), solides, qui rencontrèrent à quinze reprises la cavalerie pour une majorité de puyazos que ne supporteraient pas la majorité des toros actuels, et notamment ceux que rencontrent quotidiennement nos « figuras ». Bref un régal pour l’aficionado « a los toros ».

Javier Velasquez, chef de lidia du jour, a été à la dérive toute la soirée. Le sévillan erre dans la catégorie depuis son passage en piquée à Malaga en … juillet 2003. Oui, vous avez bien lu ! Seize temporadas, et on suppose bien peu de contrats car il ne fut pas capable de dessiner une seule passe correcte de toute la soirée. Ses prestations consistèrent à agiter les étoffes devant  ses adversaires tandis que ses pieds dansaient la gigue. N’importe quel autre novillero volontaire pour affronter la devise aurait fait mieux. Face au premier novillo, RAS au capote, puis après trois piques dures (pompées et en carioca), pas mieux avec la muleta avant rapide renoncement. Demi-lame à la course en prenant les boulevards extérieurs, deux descabellos. Sifflets.

Face au quatrième, même scénario. Rien au capote, puis une première rencontre (pique trasera)où l’Aguirre envoya au sol la pièce montée avant une seconde ration de fer où le lancier de service transforma le dos du novillo en passoire. Déroute au dernier tiers où son peon assura une partie de la lidia, et un final par trois-quart au second assaut (en contournant le cornu) complétée par un descabello. Sifflets à nouveau. Heureusement pour nous (et pour ses adversaires), le sévillan fut assez chanceux dans ses estocades, vu la façon de les porter !

Suite à la cogida de José Manuel, il dut tuer le cinquième. Notre pensum se résuma à une demi-lame de travers en deux temps. Silence compatissant.

José Manuel (début en piquée en octobre 2007) hérita d’un premier Aguirre agressif qui pesait dans les étoffes. Après quelques véroniques de correcte facture, le bicho poussa lors d’une longue rencontre dont il sortit fragilisé, effectuant à la sortie une vuelta de campana, ce qui n’empêcha pas le garçon de le représenter face au lancier pour une courte seconde ration de fer où il poussa le cheval jusqu’aux planches. Salut des banderilleros pour un second tiers bien mené.  La faena qui suivit fut assez décousue car le garçon, en manque de pratique, s’envoya le novillo dessus et se fit bousculer au sol après avoir trébuché devant l’animal. Quelques derechazos volés ça et là avant que l’Aguirre ne se dégonfle. Tiers de lame a recibir. Salut pour le courage et la volonté.

Le cinquième novillo prit quelques véroniques en cherchant la sortie, puis il s’alluma sous le fer où il leva le groupe à la première rencontre et poussa à la seconde. Après une paire de séries droitières, le garçon changea de main et dessina quelques naturelles. Peut-être trop en confiance, il foula le terrain du novillo qui le cueillit et l’envoya très haut dans les airs. Inconscient après sa réception, il fut évacué vers l’infirmerie dont il ne ressortit pas.

Abel Robles (début en piquée en avril 2014) fut le plus en vue de cette soirée. C’est un novillero qui m’a paru capable de fonctionner pour peu qu’on lui en donne l’opportunité (mais n’est-il pas un peu âgé ? 28 ans). Il avait toréé à Céret il y a deux ans sans se montrer à son avantage. Il semble avoir acquis plus de métier. Il accueillit le troisième par quelques correctes véroniques et revolera, puis le présenta à son uhlan pour deux rations de fer bien administrées. Brindée à Ivan Vicente, la première faena ambidextre du catalan, débutée par passes cambiadas au centre, fut un peu contrariée par le vent. Quelques bonnes tandas droitières, entrecoupées de deux séries de naturelles dont certaines aidées, puis un final un peu compliqué par un toro en phase d’extinction qui força le garçon à lui arracher les derniers muletazos. Entière contraire concluante. Vuelta.

C’est par une larga cambiada de rodillas que le dernier Aguirre de la soirée fut reçu par Robles qui dessina trois véroniques avant que le bicho ne quitte le débat. Deux piques sur le picador de réserve, puis un picotazo et une courte pique sur le titulaire eurent raison des forces de l’animal qui fit son chemin de croix au dernier tiers, allant de génuflexion en génuflexion. Robles tenta de le citer de loin, puis il leva les bras pour quelques tandas ambidextres avant conclusion par trois manoletinas (serrée la 3°). Trois-quart delantera. Palmas.

Une novillada des plus intéressantes qui manqua de piétons suffisamment solides pour la mettre en valeur.

Reportage : Paco.