Carnet de voyage (1). Cenicientos.

Le site a fait une petite pause de presque deux semaines cet été. Pour autant, les toros n’ont pas disparu de mon quotidien, du moins la première semaine.

Première étape : Cenicientos, à une centaine de kilomètres au sud-ouest de Madrid, petit village de près de 2000 habitants, un endroit que j’affectionne et où je me rends régulièrement depuis une quinzaine d’années après avoir découvert le lieu en 1996. Cenicientos, située dans la vallée du Tietar communément appelée Valle del Terror (vallée de la terreur)à cause du trapio du bétail qui y est lidié et qui donne le frisson à ceux qui doivent l’affronter. Je devrais employer l’imparfait car la situation a bien changé.

Certes on y voit encore des bichos de fort tamaño, très armés, mais les choses ont tendance à évoluer vers le « regular », vers le toro qu’on peut voir ailleurs. Bref la situation se « civilise ». Mais dans l’esprit des toreros, la réputation du lieu reste pourtant relativement vivace. Aussi beaucoup ont-ils tendance à faire « assagir » l’opposition par leurs picadors montés sur de véritables forteresses équines (voir photo ci-dessous) contre lesquelles les bichos viennent se fracasser.

La situation ne cencerne pas uniquement Cenicientos, mais aussi les autres villages de la vallée : Piedralaves (nous le verrons par la suite), Almorox, El Tiemblo ou Cebreros entre autres.

Le matin des corridas (à 10h00), le débarquement attire toujours autant de monde mais les exigences du public sont moindres qu’auparavant.

Le 14 août, première corrida avec des toros de Peñajara de Casta Jijona pour Morenito de Aranda, Javier Cortes et Angel Sanchez.

Côté trapio, deux toros correspondant aux exigences locales (4° et 6°), les quatre autres « normaux », tous sosos et manquant de race, à l’exception des 5° et surtout 6° un peu au-dessus du lot. Neuf rencontres avec la cavalerie.

Morenito de Aranda n’a guère forcé. Peu aidé par une opposition guère conséquente, il se retira par deux fois en silence en ayant assuré le minimum syndical.

Javier Cortes s’est battu face à un premier Peñajara qui se défendait et auquel il vola une faena droitière, la corne gauche s’avérant peu fréquentable. Le quinto évoluait dans un registre compliqué et le garçon s’arrima avec volonté pour composer quelques tandas ambidextres de bonne facture. Un bajonazo porté au troisième assaut fit s’envoler tout espoir de trophée Silence aux deux.

Angel Sanchez vit son premier adversaire se casser une corne. Le sobrero, du même fer, se laissa faire à dextre mais s’avéra plus court à senestre. Quelques séries de derechazos correctes et des naturelles sur le voyage, puis une entière caida complétée par trois descabellos. Silence. Brindée à l’ancien matador local Jeronimo Pimentel, dont les arènes portent désormais le nom, la seconde faena d’Angel Sanchez fut de meilleur niveau. Dessinée sur la corne gauche (le bicho coupait le terrain à droite), elle eut le mérite de la sincérité et parfois de la profondeur lorsque le torero parvint à baisser la main. Entière en place au second assaut. Vuelta très généreuse pour le Peñajara et oreille pour le garçon.

Le 15 août, un lot du Conde de la Maza de belle présentation, surtout au niveau des armures, de corpulence normale voire supérieure pour certains. L’un des sobreros, sûrement le plus beau des toros débarqués durant cette feria, ne parut pas en piste. Dommage ! Neuf rencontres avec la cavalerie. Tous manquèrent de race à des degrés divers et quelquefois de forces (à leur décharge, comme la veille, les lanciers, montés sur leurs chars d’assaut ne leur firent pas de cadeaux).

Face à ces bichos, Octavio Chacon qui s’est forgé sa carrière dans le secteur, Alberto Lamelas et José Carlos Venegas.

Octavio Chacon a un peu déçu en n’assurant, comme Morenito la veille, que le minimum syndical. Il laissa assassiner son premier adversaire par son picador (hué à sa sortie) au point que l’animal se coucha après quelques muletazos sans pouvoir se relever. Il dut être puntillé sur place. Bronca majuscule. Le quatrième ne permit qu’un bon début de faena avant de se serrer sur l’homme, à gauche d’abord, à droite par la suite. Octavio fit face avec le courage qui le caractérise (et sûrement un peu aussi pour se faire pardonner sa première sortie). Sa volonté lui valut de faire la vuelta après une lame en place (petite pétition).

Alberto Lamelas s’est battu face à son premier qui se défendait de la tête et qui lui vint dessus à la première tentative gauchère. Le garçon lui arracha des derechazos et lui vola trois naturelles avant de l’occire d’un quasi-bajonazo au troisième assaut. Salut. Le quinto avait tendance à fuir. Alberto s’arrima pour lui imposer une faena droitière de bonne facture conclue par une estocade contraire foudroyante après manoletinas finales. Oreille.

José Carlos Venegas s’imposa face au troisième, signant quelques tandas ambidextres de bonne note. Final par entière tendida concluante. Oreille. Le sixième mit les reins et provoqua la chute de la pièce montée. Une pique pompée et carioquée à la seconde rencontre le punit. Au dernier tiers, Venegas dut tourner autour du toro pour lui arracher des muletazos. Une entière contraire portée en deux temps mit fin à la vie publique de l’animal. Silence.